LXXXII INTRODUCTION
Cherchez quelles solutions il a données aux problèmes de la colonisation, de la formation d'une société, de l'éducation et même du culte, de l'agriculture, du commerce et de la navigation. Ses tenanciers, colons, fermiers, sont bien des Français, citoyens canadiens. Eux et leurs enfants n'ont pas même l'intonation normande. C'est un pur rameau de France qui pousse dans cet extrême-occident du monde habitable.
Administrateur, médecin, chapelain, instituteur, — toutes les fonctions sociales sont remplies. Au nom éminent de M. H. Menier, «le propriétaire, » se trouvent associés ceux de ses collaborateurs, de M. Martin Zédé et de M. le D'' Schmitt. Chef de peuple; voilà un titre qui semblait démodé depuis l'antiquité et qui vaut bien celui de monarque. Mieux que chef, père et créateur, celui qui façonne une terre, la féconde en êtres humains et en fait un domaine du travail et de la production, de liberté et de bonheur.
Salut à ceux de nos frères qui restent nos compatriotes en devenant les concitoyens des Canadiens.
En ces chers Canadiens qui font visite et séjour chez nous, nous apparaît l'image grandissante d'une nation vraiment sœur. L'écho de la voix française se répercute de là-bas après plus d'un siècle, avec
IXTRODUCTIOX LXXXIII
quel grossissement! Ces marins, ces explorateurs, ces soldats, ces défricheurs, ces laboureurs, ces forestiers, partis au XVII'' et au XVIIP siècles, reviennent en la personne* de leurs descendants, identifiés avec eux, donc avec nous, par l'affection et par le souvenir fidèle, par la conscience héréditaire.
Ils reviennent combien plus nombreux, mieux munis, s'étant formés et élevés sans secours, vieux d'expérience et jeunes de confiance. Ils sont pour nous des ressuscites ; ils seraient des revenants pour la rivale d'outre-Manche, si elle prétendait encore absorber ou détruire tout ce qui n'est pas « de son bord. 7> Car rien ne s'efface plus mal que les taches de sang. Macbeth aurait pu l'apprendre à la politique britannique, et Shakespeare aux gouvernants qui savent certainement ses vers par cœur. ' Après tant d'efforts atroces, la politique d'exclusivisme anglais se retrouverait donc es face des mêmes problèmes aggravés, avec faillite inévitable des expédients de la force et de la ruse. En sorte que les seules solutions pratiques se retrouvent celles de la justice et du bien général, celles de l'humanité, cette puissance qui monte sans cesse, qui se sert des États comme des individus pour frayer sa voie, mais qui les rejette et les brise s'ils lui font obstacle.
Place donc pour ces Français qu'on a rendus, en voulant les dominer, plus maîtres d'eux-mêmes, mieux en garde contre leurs propres erreurs, plus complètement dotés des qualités utiles. Il faut devenir équitable par intérêt et généreux par