‹ Études de littérature canadienne française. Précédées d'une introduction "La Langue et la littérature françaises au Canada, la famille française et la nation canadienne"Chapitre 16 sur 67 · INTRODUCTION LXXXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXXXIX

santés, arrêtées pour nous dans le cadre où elles ont passe.

Dans une famille, on met tous les frères en même ligne, avec la seule différence d'âge, qui est encore un signe d'égalité. Mais ne les revoit-on pas toujours à l'âge qu'ils avaient la dernière fois? Le coeur a ce privilège de porter les objets aimés avec lui. à travers la destinée, comme les anciens portaient leurs Dieux Lares; et l'affection est le viatique de la vie.

Vitalité française. — Nos auteurs nationaux du Canada. — L'Avenir du Français Nord-américain. — Les prophéties de nos concitoyens. — V indépendance nécessaire de l'âme canadienne. — Enrichissement de notre patrimoine par sa diversité. — Tenons-nous hors des luttes canadiennes. — Le respect mutuel.

Difficulté de pénétrer la vie réelle de la mère patrie. Xos hôtes nous ignorent. - Se défier des auto-critiques de Français. — Le flot des étrangers chez nous. Nécessité de rapports étroits avec nos compatriotes d'outn du i . La Société l'Alliance française, son objet et ses services. Les Comités. — La mise en relations et l'échange <les services, problème de toutes sociétés.

L'accélération des mouvements humains. L'intérêt bien entendu est de faire le bien. — Mission des Français dans l'autre monde. — Révélation de la puissance productive du Canada en iqoo, éi Paris. Ses destinées proclamées dans le concours des nations. — L'œuvre de la civilisation qui se déroule. Dénouements et commencements. -- L'aurore du XX' siècle.

L'Exposition Universelle de Saint-Louis dans l'ancienne Lousiane. Nouvelle rencontre en Amérique. Fraternisation française, fraternité humaine. La vraie grande famille, l'humanité.

Comment ne serions-nous pas émus de notre vitalité française au Canada? L'eau seule nous sépare de lui; et selon, le mot d'un navigateur « elle rapproche maintenant plus qu'elle n'éloigne. *

Egoïsme altruiste, celui de la famille. Notre cœur se gonfle lorsqu'un Canadien loue la France. Enten-

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dant parler celui qu'elle aimait, une femme s'écriait : « Ses paroles me résonnent dans la poitrine. » — C'est par tendresse familiale, vibrant en sa prose comme en ses vers, que Fréchette, s'est fait des deux parts poète national, français à tel point que lorsqu'il écrit en anglais, il nous semble se traduire. Il est si français d'aimer ! Notre gaieté est communicative, parce qu'elle est altruiste. Ennuyer les autres est le secret de finir par s'ennuyer soi-même.

Prétendrions-nous tirer l'horoscope précis des Fronces américaines, et décider comment elles s'associeront avec les autres exportations ou transplantations d'Europe? Mieux vaudrait consulter nos propres compatriotes, par exemple M. l'abbé Bourassa, qui sonde l'avenir de cette communauté, si heureusement prolifique. Sous quelques institutions que s'organise dans l'avenir le Français Nord-américain, il a droit à un patriotisme propre, où ses traditions se combinent avec le sol natal d'aujourd'hui. La patrie nouvelle, qu'il partage avec d'autres familles nationales, n'est pas resserrée comme la nôtre, qui a dû se former et se défendre derrière d'étroites frontières contre les incursions voisines.

Mais nous ne nous sentons pas moins vivement les compatriotes des Canadiens. Pas plus n'a été oublié chez nous le Canada que Jeanne la Lorraine et l'Alsace. La séparation fait que chacun de ceux dont le bourg n'a plus la qualité de Français acquiert droit de cité partout où il s'arrête en France. Ne confondons pas le silence avec l'oubli, dont il peut

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être la négation même. Les grandes douleurs ont leur pudeur, comme les grandes affections.

Dans un sanctuaire, une veilleuse suffit à garder le feu perpétuel. Elle suffirait à allumer un incendie. Du cercle de luttes où la jalousie d'autres nations a si longtemps enfermé les Français, comment auraient-ils pu agir au delà de l'Océan? Mais qu'est-ce que cent ans pour un peuple adulte? Dans mon enfance, j'entendais des témoins du.temps de Louis XV 1 en parler comme de choses vues hier. Lorsqu'on a perdu ceux qu'on aime, n'est-ce pas toujours comme d'hier?

En plein milieu du XIX1' siècle, notre digne ami Rameau Saint-Père donnait, sur les destinées du peuple français de l'Amérique du Nord, des aperçus si lucides, que son livre apparaît encore prophétique. Œuvre de souvenant et tout ensemble de voyant; car le cœur a sa double vue, que n'arrêtent pas plus les brumes de l'histoire que les brouillards de l'horizon.

Que les Canadiens ne se trompent pas à l'ignorance relative, à l'indifférence apparente de gens qu'absorbent les soucis personnels et l'esclavage de la tâche journalière. Victor Hugo étant témoin d'un mariage, l'employé de la mairie lui faisait répéter son nom et lui demandait : «Comment écrivez-vous ça? — » « Ça » était pourtant une gloire plus que française.

Rameau Saint-Père est-il connu de ceux que son affection mettait si haut? Et pourtant, lorsque les uniformes français, oubliés depuis tant d'années au bord du Saint-Laurent, avaient reparu en 1885 sur la

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Capricieuse, quel enthousiasme populaire! La voix de Cre'mazie n'a-t-elle pas semblé celle d'un peuple entier, quand il a salué « le retour de nos gens »?

Que nos Liens retournent donc outre-mer autant qu'ils peuvent. Qu'ils nouent, qu'ils renouent lesaffections. les entreprises, les affaires avec là-bas. Créer ensemble, sur moyen de s'aimer mieux. Sachons ne pas tout rapporter, même en ce qui nous concerne, à notre point de vue. A la prudence que pratiquent les Anglais en laissant quand il le faut leur famille ou leur clientèle s'émanciper, ajoutons la tendresse persistante des parents français pour leurs proches, m:ùs sans la rendre exigeante, égoïste en son désintéressement même.

Nous ne comptons chez nous que trop de rejetons habitues à s'abriter sous l'aile maternelle, casaniers et routiniers par habitude du bien-être. Laissons » pleine indépendance d'esprit et d'action au Français qui a épousé la terre d'Amérique. Qu'il diversifie notre famille pour la fortifier et pour l'étendre. Aimons-le pour lui-même, tel qu'il est, en songeant à tous les congénères qui se font autres dans les autres parties du monde, et qui rendront à la souche maternelle la sève dont elle s'est appauvrie pour faire boutures et cultures au dehors.

Non, le Canadien n'a pas à s'enfermer dans le monde métropolitain. Il est l'enfant adoptif de la terre canadienne, le concitoyen forcé des Anglais, l'associé d'une immense confédération. Gardonsnous de nous immiscer ans ses luttes intérieures.

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Ni conservateurs, ni libéraux! Tous parents, réunis autour de la vieille mère comme en un lieu sacré d'asile où l'on ne doit verser ni sang ni fiel, jeter ni boue ni encre.

Par là, nous engagerons nos frères à la même tolérance rendue si douce par l'affection. Sans nous offusquer de leurs observations, nous leur suggérerons combien il est aventureux de se prononcer de loin, et même de près, sans être sûr d'avoir tout considéré. Car tout est si complexe en notre vieux monde, et tant de crises ont troublé nos existences nationales !

N'est-ce pas aux épreuves dont nous subissons les contre-coups que les Canadiens doivent la vie nouvelle dont ils jouissent? Ces embarras, ces troubles, ces heurts et ces malheurs dont ils s'étonnent, comment se les expliquer sans avoir vécu notre pleine histoire? Quel est le point de notre sol où le soc de la charrue ne peut s'ébrécher sur quelque débris du passé? Qu'on ménage, qu'on réserve donc les condamnations contre nous. Qu'on nous fasse crédit d'estime et d'amitié. Il suffit de lire Crémazie, ayant comme lui vécu à Paris le siège de Paris en 1870-1871, pour noter combien il est malaisé de saisir le fond des choses et des gens auxquels on est venu du dehors et depuis peu se mêler.

Si l'on connaît la vie française du travail et du mérite, de la famille et de la société véritable, on se demande aussi comment des visiteurs et même des résidents étrangers pourraient pénétrer les ca-

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ractères exacts de notre monde, de nos mondes parisiens. Pour n'être pas submergés par le flot d'indifférents, de désœuvrés, de malveillants, d'ennemis parfois, qui affluent, le Parisien s'enferme en cette politesse sur laquelle tout glisse, et n'ouvre ni ses confidences, ni son intérieur, ni ses cercles intimes.

Le passant, l'habitant même, non adopté par les familles, se trouve toujours comme dans la rue ou sur la place publique. Dix ans plus tard, il aura chance de n'être guère plus avancé dans ses investigations, quoiqu'avant entendu les doléances et les récriminations que les Français lancent sans peine sur eux-mêmes et les uns sur les autres. Encore souriraient-ils de l'étranger qui croirait que « c'est arrivé, // et protesteraient-ils s'il en disait autant, puisqu'il n'est pas chez lui.

L'esprit critique est, grâce à l'idéalisme même, notre faculté favorite. Jamais rien et nul n'est assez bien pour ce que nous voudrions qu'il fût. Mais des vertus, des travaux et des préoccupations les plus sincères de sa vie individuelle ou familiale, professionnelle ou publique, le Français ne parle que rarement. Il faut que ce soit entre gens reconnus capables de se comprendre, sans danger de se faire « blaguer * ou « démolir „. Quant au Parisien, n'ayant jamais assez de temps pour tout ce qu'il voudrait faire, il se gare des fâcheux et des oisife, des ennuveux et des importuns, et il se défie des individus qui se mêlent à ces vastes catégories.

Aussi neut-on séjournera Paris, y « aller partout. /• ne voyant que des dehors et des surfaces, ne péné-

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trant presque rien de ce qui fait la valeur des individualités, des collectivités variées dont se compose notre Cosmos national.

De là l'utilité des relations à fournir aux 'frères et cousins d'Amérique, qui risquent d'être pris pour des Anglais et qui peuvent désirer s'établir à tout autre titre dans notre grande ville et dans les autres.

C'est un des services qu'on peut demander à des Sociétés telles que l'Alliance française pour la propagation de notre langue, fonctionnant avec succès dans toutes les parties du Monde et ayant récemment installé son siège central dans les anciens locaux de l'Académie de médecine, i86, boulevard Saint-Germain , à Paris.

La propagande et les réunions de cette Société, qui ne demande qu'à fortifier et multiplier ses ramifications, sont souvent consacrées aux relations francocanadiennes. Les œuvres françaises du Canada sont applaudies comme elles pourraient l'être à Montréal ou à Québec; et leur éloge était célébré tout récemment dans une séance générale sous la présidence du Ministre de l'Instruction publique et des Beaux- Arts.

Une section canadienne est présidée par un des champions les plus dévoués du Canada, le distingué professeur et historien Mr K. Salone. Secrétaire général adjoint de la Société dont le Président éminent et le premier initiateur est M. l'Inspecteur général Foncin, le Secrétaire général, M. Dufourmantelle, que connaissent si bien nos compatriotes.

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M. Salone a été précédemment chargé de mission dans ce Canada dont la formation et les faits lui sont familiers. Son désir, à lui aussi, serait fréquemment de pouvoir passer l'eau.

Un comité de Dames « France-Canada-États- Unis » s'est dernièrement formé à Paris et un autre fonctionne à Calais, de même qu'une œuvre spéciale est annoncée comme prochaine à Rouen, pour donner un gracieux patronage et un appui féminin aux relations familiales entre gens des deux mondes. Des séances et des réunions charmantes se tiennent à cet effet; ctY Alliance, à des jours réguliers, ouvre les salles du siège central à ses adhérents et amis venant, on peut le dire, de tous les points et coins du globe.

Car on sait quelles sont l'importance et la difficulté de t la mise en relations » pour ceux qui résident ou passent à Paris, désirant tirer de ce foyer de connaissances et d'activité en tous genres, de cet asssemblage de talents, de cet amas de ressources apportées de partout et entassées durant tant de siècles, ce que chacun peut utiliser le mieux pour son avantage, pour le bien des tâches auxquelles il se consacre et des groupes, des pays auxquels il appartient.

Parmi nous, voilà donc bien les Canadiens chez eux.

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