‹ Études de littérature canadienne française. Précédées d'une introduction "La Langue et la littérature françaises au Canada, la famille française et la nation canadienne"Chapitre 39 sur 67 · GÈR1N LAJOIE — DIX ANS AU CANADA · texte numérisé non relu

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lettre du 24 avril peut donner une idée de leurs prétentions. Ils se regardent comme un ministère responsable, et attendent que la conduite et la politique du Gouverneur se plierait à leurs vues et à leurs fins de partis. //

Dans une dépêche à son ministre, il étudie attentivement la situation des partis, et montre de grandes préventions contre les Canadiens-Français, qui peuvent être l'appoint d'une majorité, mais s'opposent énergiquement à toute tentative pour anglifier la population. Les réformistes, dont beaucoup sont d'anciens rebelles de 1837, ne lui inspirent pas plus de confiance; c'est dans le parti conservateur seul que l'on trouve le dévouement aux intérêts anglais. Or, ce parti, l'ancien Family Compact, est écarté des affaires, et, malgré la sympathie que sir Charles éprouve pour les tories, il doit se passer d'eux, et par là, leur devenir suspect. Sir Charles Metcalfe, prisonnier de son Conseil, des réformistes, et des Français, écrit à Lord Stanley, ministre des colonies : « Le Gouverneur doit-il être simplement un instrumententre les mains du Conseil, ou doit-il exercer son jugement privé dans l'administration du gouvernement? La question qui devra se décider sous mon administration, c'est de savoir si le Gouverneur aura ou non une voix dans le Conseil, ou s'il sera un instrument passif entre les mains d'un parti, pour proscrire les adversaires de ce parti, ces adversaires formant la classe la plus sincèrement attachée à l'Empire, et le Gouverneur chargé de les proscrire étant un gouverneur anglais. »

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Sir Charles Metcalfe était assez découragé; dans une dépêche que Gérin-Lajoie cite in extenso, il examine à son tour la théorie du gouvernement responsable, tel que Lord Durham l'a rêvé, que Lord Sydenham la organisé malgré lui, et que sir Charles Bagotl'a établi. Sa doctrine se résume en ces quelques lignes :

« Dans une colonie subordonnée à un gouvernement impérial, il peut arriver que le parti dominant soit hostile aux sentiments de la mère-patrie, ou qu'il ait des vues incompatibles avec ses intérêts. On devrait considérer cela attentivement, avant d'établir le système que l'on a désigné sous le nom de gouvernement responsable. >/ ( i )

Remarque très judicieuse; mais le gouvernement responsable s'établit par la force des choses dans une colonie parvenue à l'âge de majorité.

L'attention fut détournée pendant quelques temps, par la discussion sur le siège du gouvernement ; mais une fois Montréal choisie comme capitale, au lieu de Kingston, les rapports entre le Gouverneur et les Conseillers devinrent de plus en plus tendus. Une rupture était imminente : elle se produisit, plus brusquement encore qu'on ne l'avait prévu, le lundi 27 novembre 1843.

A l'ouverture de la séance, M. La Fontaine se

(1) Peut-être verrons-nous quelque jour, malgré les rêves impérialistes de M. Chamberlain, cet antagonisme se manifester entre les intérêts de la Grande-Bretagne et non seulement du Dominion, mais encore du jeune Commonweallh australien.

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leva, et annonça que le ministère tout entier, à l'exception de M. Daly, avait donné sa démission, et que le Gouverneur l'avait acceptée. Remettant à plus tard ses explications, il quitta son banc, ainsi que ses collègues. On se perdit en conjectures. Mille bruits couraient sous le manteau. Enfin, à la demande de l'Assemblée, sirMetcalfe publiâtes documents relatifs à la crise — on pouvait presque dire au coup d'État.

Les documents comprenaient un mémoire des ministres démissionnaires, et une réplique du Gouverneur général, contradictoires naturellement.

M. La Fontaine et ses collègues avaient compris que le Gouverneur général n'était pas d'accord avec eux au sujet du principe même de la responsabilité, garanti par les fameuses Résolutions du 3 septembre 1841 :1e Gouverneur tenait que l'accord n'était pas nécessaire entre son Conseil et lui, et entendait être seul responsable de ses actes devant la Couronne. Son Excellence était d'ailleurs, depuis quelques mois, obligée de suivre une marche politique qu'elle désapprouvait.

A cette question de principe, le Gouverneur opposait une question de fait. Il se déclarait — hypocritement si nous en crovonsles dépêches officielles dont nous avons donné des extraits — partisan du gouvernement responsable, mais il désirait garder le droit de faire certaines nominations par lui-même, sans prendre l'avis du Conseil. En outre, le Gouverneur voulait réserver à la sanction royale un bill de M. Baldwin, frappant les sociétés secrètes, et en particulier

les Orangistes. Les ministres prétendaient donner le change à l'opinion, soulever en leur faveur la Chambre, et mettre dans une fausse position le Gouverneur qui, sur quelques points de détail seulement, était en désaccord avec eux.

M. La Fontaine protesta. Jamais, dit-il, il n'avait réclamé le droit de donner des avis au Gouverneur : ce droit, il le tenait des Résolutions du 3 septembre 1841. Il avait réclamé, non le droit, mais son exercice, et, soucieux de faire respecter les prérogatives constitutionnelles du Conseil, dissipé un malentendu.

Une adresse favorable aux ex-ministres, fut votée par 46 voix contre 23, et la réponse insolente de sir Charles Metcalfe (un avis de passer à l'ordre du jour) considérée comme «ne pouvant constituer un précédent dans la suite».

Mais il fallait former un nouveau ministère. Tâche ardue. Seul, M. D. B. Viger, un Canadien-Français universellement estimé, avait bien voulu, avec M. Daly, ancien membre de l'administration Draper- Ogden, assurer son concours au Gouverneur, mais sans entraîner ses amis. Sir Ch. Metcalfe espérait réunir un ministère de concentration, réformistes, français, tories, dont il serait le chef véritable. Il ne put constituer que le triumvirat Draper-Viger-Daly. Il résolut alors de compléter ce cabinet tant bien que mal, puis de réunir la Chambre de nouveau. Si la majorité suivait le ministère, tout était sauvé; sinon, une dissolution prématurée s'imposait. Si les élections tournaient en faveur du gouverne-

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