GERIN LAJOIE DIX AN- AI CANADA
ment, on pouvait espérer que rien n'entraverait plus la marche des affaires. Dans le cas contraire sir Charles devrait demander son rappel.
La longue dépêche où le Gouverneur général fait part de ce plan à l'administration centrale indique lia certain manque de sang-froid, et. en tous les cas, une singulière façon de comprendre le gouvernement responsable. Néanmoins sir Charles Metcalfe le reconnaissait implicitement, malgré le coup d'Ktat du 27 novembre — un véritable 16 mai — puisque luimême, Gouverneur général, se déclarait impuissant à lutter contre la volonté de l'assemblée, si elle se manifestait avec quelque ténacité, et si le pays la partageait.
Le Gouverneur, qui voulait être l'arbitre des partis, se trouvait donc jeté dans la lutte politique et, malgré lui, devenait le chef des tories, l'adversaire de la coalition franco-réformiste. Il ne pouvait rencontrer dans la Chambre d'éléments suffisants décidés à le soutenir, et sa personne se trouverait nécessairement discutée. Les illusions qu'il avait pu conserver sur Fefficacité du concours que lui apportait M. Viger devaient se dissiper bien vite, car la popularité du vieil homme d'état ne résistait pas à ce que certains Français appelaient son apostasie. Une brochure publiée à Kingston par le nouveau ministre ne lui ramena pas ses anciens amis.
C'est qu'on ne gouverne pas le Canada comme les Indes ou la Jamaïque. Ce n'est pas à une popula-
tion blanche, consciente de ses droits politiques, capable de les défendre, ayant goûté un an les douceurs du self government que l'on peut retirer tout à coup les libertés lentement conquises au moment où elle croit les tenir. La déclaration que fit sir Charles aux habitants du district de Gore, ne laissa pas le moindre doute sur ses intentions.
« Si vous entendez, disait-il, que chaque parole, chaque action du Gouverneur doive subir l'examen du Conseil, cela est tout à fait contraire a l'expédition des affaires... Un tel abandon des prérogatives de la Couronne est, à mon sens, incompatible avec l'existence d'une colonie anglaise. »
Lord Stanley, en Angleterre, exprimait les mêmes idées presque dans les mêmes termes, et les divers hommes d'États qui, au Parlement impérial, discutèrent la question, ne différèrent point d'avis. Ils semblaient, du reste, peu au courant des affaires canadiennes, et ne comprenaient pas la véritable question. Ils auraient pu s'en informer en lisant les remarquables articles publiés à cette époque par M. Chauveau dans le Courrier des Etats-Unis, dirigé par notre compatriote Frédéric Gaillardet, l'ancien collaborateur de Dumas père, avec lequel il eut, lors de la Tour de Nesle, de si retentissants démêlés, qui se terminèrent par un duel (i). M. Chauveau montrait que l'illusion n'était plus permise, que le long malentendu se dissipait une fois de plus, et qu'il s'agissait de savoir, non pas « qui a le mieux respecté les cou-
(i) Voir les amusants Mémoires de Dumas.
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tûmes parlementaires, de M. La Fontaine ou de M . Viger //. mais « qui est pour le principe de la responsabilité réelle du gouvernement, et qui est contre //.
Cependant le cabinet n'était toujours pas constitué. Après neuf mois d'interrègne et de provisoire, le Gouverneur compléta tant bien que mal son Conseil, en y adjoignant MM. Morris, Smith, et D. B. Pa pineau, frère du grand patriote toujours exilé, Louis Papineau. Les nominations eurent lieu le 2 septembre. Encore le gouvernement était-il tellement certain d'être mis en minorité, qu'il préféra dissoudre la Chambre immédiatement, et ne nommer les ministres manquants qu'après les élections.
Les manœuvres à la Sydenham recommencèrent. Il fallait à tout prix une majorité. On ne négligea rien pour arriver à ce résultat. Les élections se faisaient ouvertement pour ou contre le Gouverneur, dont la haute valeur morale et la loyauté reconnue souffraient de cet état de choses. A Montréal, les candidats officiels , triomphèrent des députés sortants. Presque partout ailleurs, en Bas-Canada, les partisans de M. La Fontaine furent en majorité. Mais en Haut-Canada où l'on avait fait des élections une question d'attachement à la Couronne, le parti conservateur remporta la victoire — à quelques voix seulement. Difficilement. M. Baldwin put conserver son siège.
Cette défaite des réformistes , par un jeu de bascule analogue à celui des élections anglaises, entre whigs et tories , assurait au ministère une
faible majorité, qui ne dépassa point une voix, dans certaines circonstances. Le Gouverneur et son Conseil étaient donc sûrs de vivre quelque temps encore. L'ancien parti ministériel, le grand parti Baldwin-La Fontaine , coalition des libéraux anglais et des Canadiens-Français, devenait le parti de l'opposition, et MM. Baldwin et La Fontaine prononcèrent pendant cette période , quelques-uns de leurs plus beaux discours.
Mais le Gouverneur, s'il était l'adversaire résolu du self-government, ne voulait point néanmoins opprimer les Canadiens-Français. Il se faisait un devoir d'humanité de leur témoigner sa bienveillance. S'il acceptait à contre-cœur la proposition D. B. Papineau, tendant à faire abroger l'article 41 de l'acte d'Union ( 1 ), il employa toute son influence à faire amnistier les condamnés politiques de 1838. L'adresse présentée par M. La Fontaine et transmise par le Gouverneur, fut accueillie favorablement, grâce au crédit de sir Charles Metcalfe, et le 31 Janvier 1845, la clémence royale s'étendait sur tous les Canadiens déportés ou en exil.
Vers la même époque, sir Charles Metcalfe fut créé Lord Metcalfe de Fern-Hill, en récompense de ses efforts plus que de ses réels succès, car si la session de 1 844-1 845 apporta quelques résultats pratiques, la politique du Gouverneur subit plus d'un échec, et devant l'opposition grandissante s'amoin-
(1) Emploi exclusif de la langue anglaise comme langue officielle.