GÉRTN-LAJOIE DIX ANS AI' CANADA
drissait de jour en jour l'autorité du Conseil exécutif, dont les membres n'avaient que peu d'influence personnelle.
Lord Metcalfe ne se faisait point d'illusions. Ses longues et nombreuses dépêches au ministre des colonies en font foi. 11 y étudie soigneusement l'état et la position des partis, et ne manque pas d'attribuer aux Canadiens-Français toutes les difficultés qu'il rencontre. Ce parti, « il faut le briser » il faut lui refuser obstinément « ce système de gouvernement appelé responsable». Ses efforts tendent à détacher de jour en jour le Canada de la Grande- Bretagne. Il ne faut pas compter sur le loyalisme de cette colonie. Telles sont les conclusions de Lord Metcalfe.
C'était sans doute aller trop loin. Mais Lord Metcalfe vovait la situation sous tes plus noires couleurs et ne disait pas que l'obstacle à tout gouvernement régulier résidait, non dans les Franco-Canadiens, mais dans sa personne même. Malgré ses grandes qualités il ne comprenait pas les exigences de son époque. Il voulait résister à cette évolution du Canada — et de toutes les colonies anglaises — vers la situation d'États mi-souverains, en attendant plus. Il se croyait toujours Gouverneur général des Indes, et obéissait aux instructions de Downing street. Mais les lois qui président au développement des sociétés sont plus fortes que les chefs d'État et que les Gouverneurs, car ce sont les lois biologiques, et le Canada continuait son développement normal dans une voie où il ne devait point s'arrêter.
L'incendie terrible qui, à deux reprises, dévasta Québec, détourna quelque temps les esprits de ces questions ; mais c'est alors néanmoins que prit naissance l'idée première du système de la double majorité.
Les tories formaient la majorité de la députation haut-canadienne ; les Français occupaient la même situation en Bas-Canada. Abandonnant leurs anciens alliés les réformistes, alors quantité négligeable comme nombre, sinon connue talent, les Canadiens-Français ne pouvaient-ils promettre leur concours à l'ancien parti du Family Compact, pour les affaires concernant le Haut-Canada, en échange d'un service analogue dans les questions relatives au Bas-Canada? Ainsi, chaque partie de la Province s'administrerait elle-même, chacune retrouvant sa liberté pour les questions d'intérêt général. Le principe était excellent. Il diminuait les inconvénients de l'Union, dont il démontrait, soit dit en passant avec M. Chameau, la parfaite absurdité. Il préparait la voie à la Confédération actuelle. C'était déjà l'embryon de cette autonomie provinciale, la plus précieuse et la plus originale conquête du Canada contemporain. C'est à cette double majorité que M. Baldwin sacrifia son portefeuille, à la fin de son second ministère. Mais il répugnait à beaucoup de bons esprits d'abandonner les allies de la première heure au moment où la majorité leur échappait, et le système ne fut pas tout de suite mis en pratique.
Lord Metcalfe ne devait pas voir son développe-
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ment, car la terrible maladie qui lui rongeait le visage ayant empiré, il dut demander son rappel, et quitter ce Canada où, avec les intentions les plus louables, il laissait le pays en proie au malaise et divisé profondément, alors qu'il avait reçu des mains de sir Charles Bagot un ministère puissant pour le bien, et des affaires en pleine prospérité.