D0CTE1 R CHOQUETTE — CLAUDE PAYSAN
palonniers. les anneaux des traits, fit jouer les ardillons des boucles, et la charrue devenue libre, se pencha, se coucha sur le sol, s'appuyant le long de son mancheron comme sur un coude pour le froid repos de la nuit. »
N'y a-t-il pas dans ce passage, quelque chose de comparable à l'émotion qui se dégage des plus belles toiks de Millet? Et dans celui-ci encore :
Les cloches vibrent sur la campagne.
" Ils déposèrent alors leurs faux sur les andains, tirèrent leurs larges chapeaux de paille, et la tête inclinée, ils se mirent à réciter l' Angélus.
« Tous les jours, du petit campanile de leur vieille église, des sons joyeux de cloche s'échappaient ainsi par volées sonores, qui allaient égayer les alentours. Le matin, avec l'aurore, avec les buées pâles qui flottaient partout, avec le bruissement général des choses; le midi, au milieu des chansons des cigales et des grillons, le soir, avec les flèches pourpres du soleil couchant, à l'heure des lentes mélopées campagnardes, on entendait cet égrènement de notes puissantes qui s'éparpillaient en cadences harmonieuses
« Alors les paysans dispersés partout sur les plaines où les coteaux s'arrêtaient subitement dans leur travail, leur fourche, leur râteau, leur faux à la main, immobilisés dans le geste où l' Angélus les
surprenait...
« A ce moment, les vieux, les jeunes qui demandaient à la terre le pain quotidien, prosternaient un instant leur esprit devant ce quelqu'un de grand et
de puissant qui peut faire les moissons abondantes ou les anéantir à son gré. »
Cela me semble très beau. Tout le passage, d'ailleurs est à lire et à savourer, car je n'ai pu ici qu'en découper quelques phrases. Nous devons remercier M. Choquette de l'avoir écrit.
Un peu plus loin la rencontre de Fernande et de Claude qui a dans son chapeau toute une récolte de cerises est quelque chose de délicieux par son charme ingénu et frais d'idylle enfantine. Il s'y mêle une pointe de fin comique, de par la gaucherie de ce grand garçon brun, tout intimidé du joyeux « Bonjour, Monsieur Claude! // que lui a lancé la jeune fille. Pour accroître son trouble, elle continue à lui parler; et lui, le coeur trop plein, ne sait que dire.
Bien d'autres pages mériteraient d'attirer notre attention. L'une des plus poignantes, c'est celle où la neige va recouvrir de son tapis immaculé la tombe encore fraîche du père Drioux, tandis que son fils entend « le vent et le grésil susurrer leur musique grêle. » Et la scène de la veillée, et celle des batteurs en grange, et presque toutes car, je le répète, ce livre est charmant malgré sa tristesse.
Il nous reste à rechercher les parentés littéraires de M. Choquette, car on a beau vivre d'une vie personnelle, en littérature aussi le mot de Brid'oison est vrai : « On est toujours le fils de quelqu'un. // Deux noms nous venaient sans cesse à l'esprit, en lisant Claude. Paysan : Daudet et Loti.
A Daudet, l'auteur doit sa préoccupation du mal