Dii Souverain ou de la République
L'uÉGKMOME littéraire de la FRANCE 291
Déjà Rivarol notait que l'emploi de notre langue « scnrichit, à la révocation de Fédit de Nantes, de tout ce que perdait l'État ». Les réfugiés emportèrent dans les diverses contrées de l'Europe leurs tristesses et leurs rancunes, mais du moins « ces regrets et cette haine s'exhalèrent en français ». Aux portes de la France, la révocation créa des colonies scientifiques et littéraires — tels le refuge de Londres ou l'Académie royale de Prusse, — qui répandent dans le monde entier notre langue, nos idées, nos livres et nos mœurs '. Antoine Vadé, par la plume de Voltaire, en faisait l'aveu dans son Dhcourx aux Welchcs : « Vous vous applaudissez , disait-il à ses compatriotes, de voir votre langue presque aussi universelle que le furent autrefois le grec et le latin. Vous devez surtout ce triomphe de votre langue dans les pays étrangers à cette foule d'émigrants qui furent obligés de quitter leur patrie vers l'an 1G8.^ : les Bayle, les Le Clerc, les Basnage, les Bernard, les Ràpin-Thoyras, les Beausobre, les Lenfant, et tant d'autres, allèrent illustrer la Hollande et l'Allemagne... Ce sont les malheurs de nos compatrioles qui ont étendu votre lanf/ue chez tant de nalions. »
Le xviir siècle hérite donc d'une situation créée par le xvn% mais il accroît Ihéritage et, sur certains points, il le répudie tout en en profitant.
Du xvii" siècle, il développe la sociabilité, caractère si essentiel de la littérature de ce temps que M. Brunetière s'est demandé si elle n'est pas le caractère fondamental de notre littérature, celui qui, décidément , la distingue de toutes les autres , — et
1. Vuir Vii'gile Rossel, La Ullérature française hors de France
comme, pour une fois, le jugement des étrangers se trouve ici d'accord avec le notre, nous pouvons bien croire que nous ne nous sommes pas trompés sur nous-mêmes.
IMais enfin la France n'a pas été également « sociai)le » en tout temps : elle l'a été éminemment au wiii*^ siècle. Elle n'a donc jamais été plus française. <c L'arbre ne diffère pas autant de la graine et l'animal du fœtus, que l'homme social de l'homme primitif. » Oui donc contredira Rivarol ? Le seul des grands écrivains de ce temps qui, justement, ne soit pas Français, ce Rousseau pour qui un Français des classes moyennes est un être essentiellement variable et malléable, au hasard des influences sociales : « Donnez-lui tour à tour, dira cet AUobroge, une longue perruque, un habit d'ordonnance et une croix pectorale ; vous l'entendrez successivement prêcher, avec le même zèle, les lois, le despotisme et l'inquisition. « Dans le Paris de 1760, on rit de ces boutades, quelques-uns haussent les épaules, d'autres applaudissent avec fureur; au fond, personne ne croit le prêcheur malencontreux, et bientôt on le renverra dans sa Thébaïde ou dans ses Alpes. Que nous veut ce gêneur? <> La France — dira celui qu'on a appelé « l'anti-Rousseau » ' — a la politesse et la grâce : et non seulement elle a la grâce et la politesse, mais c'est elle qui en fournit les modèles dans les mœurs, dans les manières et dans les parures. Sa mobiiitd ne Umsc pm à l' Europe Ir Icmps dr si- lasscr d'cllc. » Due cela est joliment diti Et comme cet enfant gûté de Rivarol, qui a joui en voluptueux de