‹ Études de médecine clinique faites avec l'aide de la méthode graphique et des appareils enregistreursChapitre 23 sur 101 · SANDERSON · texte numérisé non relu

SANDERSON

Ÿ Le mode d’application employé par M. Marey est défectueux, en ce que l’instrument, au lieu d’être fixé solidement sur le squelette, est seulement assujetti par des bandes pour le temps trèscourt où il sera possible d’obtenir l’immobilité des muscles du malade. Pour remédier à cet inconvénient, j’ai essayé successivement divers appareils qui avaient pour but d’immobiliser l’instrument de façon qu’il fit corps avec le poignet.

Le dernier auquel je me suis arrêté consiste dans les dispositions suivantes : ajuster à la terminaison de l’instrument une plaque rectangulaire en cuivre qui s’applique sur le tendon du fléchisseur long du pouce et occupe l’espace compris entre ce tendon et l’épine du radius : cette plaque est maintenue solidement à l’aide d’une forte bande de caoutchouc qui entoure le poignet. Par ce moyen, la charpente du sphygmographe est appuyée fermement sur une surface osseuse, et l’axe du levier est maintenu à une distance constante de l’artère.

Le seul reproche à. faire à cette disposition est que le point d’appui n’est plus îe radius mais l’os scaphoïde, dont la position par rapport au radius le long duquel est placée l’artère, varie suivant que le poignet est fléchi ou étendu. Mais cette difficulté est surmontée si l’on maintient la main dans la supination, l’avantbras reposant sur un coussin. (L’auteur propose un coussin spécial et décrit minutieusement les précautions à prendre pour maintenir le bras dans la posture la plus favorable.)

« On doit comprendre, dit-il, qu’il est très-important de pouvoir faire varier la pression, car c’est en comparant les effets des différentes pressions connues qu’on peut juger de la compressibilité du pouls. Dans ce but, le sphygmographe est muni d’une vis à l’aide de la pression de laquelle on peut faire varier l’inclinaison du ressort.

Si l’on se sert de la plaque dont j’ai parlé, ce mode d’ajustement n’est pas indispensable; pourtant la vis est toujours utile, en ce qu’elle donne le moyen de fixer le ressort dans la position que l’on trouve la plus favorable pour l’investigation d’un pouls d’une résistance ordinaire. Pour cela, j’ai adopté les moyens suivants. Ayant trouvé par expérience, qu’il n’est pas convenable d’opérer avec une pression moindre que 100 grammes, et que la plus grande distance entre le levier de bois et le ressort que permette l’instru-

iojH sànderson.

meht est de ^ de pouce, je m’attachai à tendre: la vis à un degré suffisant pour que la force requise pour porterie ressort à la distance indiquée fut de 100 grammes, etc...

L’autre modification que je recommande est la substitution du papier noirci avec la fumée, au papier ordinaire.

L’auteur décrit minutieusement le procédé qui est connu. L’auteur pense que dans la pratique, le sphygmographe ne peut pas être considéré à l’égal du laryngoscope et de l’ophthalmoscope comme un moyen de découvrir une maladie organique, attendu que les maladies les plus diverses donnent le même tracé. L usage de cet instrument aiderait seulement le médecin à éprouver l’état de la circulation et celui des organes circulatoires, dans des maladies dont la nature est déjà connue, Comme par exemple :

La durée et le mode de contraction du cœur ;

L’état anatomique des artères ; et l’auteur ajoute (d’après des idées qui lui sont personnelles), la quantité comparative de sang contenue dans les artères et dans les veines... •

Dans une autre partie de son manuel intitulée : Lecture, on the mode and duration of the contraction of the heart, etc... (mode et durée de la contraction du cœur dans leur rapport avec les artères du pouls artériel en santé et dans l’état de maladie), l’auteur développe de nouveau cette pensée.

Valeur pratique du sphygmographe. —Elle ne diffère pas, quant à sa nature de celle de l’exploration du pouls par la méthode ordinaire. Il n’est pas probable, sauf le cas de certains anévrysmes, que cet instrument doive jamais servir à découvrir des lésions organiques. Son mérite, à mon sens, consiste principalement dans l’exactitude et la précision qu’il apporte aux notions que nous possédons aujourd’hui sur la signification pratique des différentes formes du pouls. Tout le monde convient que nos connaissances relativement au pouls sont vagues et ne peuvent guère se traduire par des mots, quoique d’une façon générale, ces connaissances ne manquent pas d’une certaine exactitude pour les choses importantes. Ceux qui ont acquis 1 habitude d’apprécier instinctivement les qualités du pouls, habitude qui, je le crains, est bien plus rare aujourd’hui que jadis, en tiraient des déductions utiles pour la pratique, mais combien il est difficile à un praticien instruit de transmettre à de # plus jeunes cette expérience personnelle et ses

BÉHIER. 401

sensations tactiles ! Combien sont confuses et arbitraires les classifications du pouls, et combien sont différentes les opinions qui s’y rapportent ! Sous ce rapport, le sphygmographe donne une clarté inconnue jusqu’ici (1).

M. Béhier.

Variétés nouvelles-du sphygmographe (2). — M. Béhier a donné la description d’un sphygmographe qu’il a imaginé et qui présente, sur celui deM. Marey, les avantages suivants :

1° Le levier a été rendu indépendant, de façon à ne plus porter

Fig. 26. — Sphygmographe Béhier. —1. AB, Levier modifié de façon à ne s’appliquer que par la pression de la vis. — C, Vis de pression à ailettes commandant la plate-forme D.—D, Plate-forme graduée (division en grammes). — E, Aiguille folle destinée à indiquer le point de départ de la pression et la quantité de grammes qui la représente. — F, Support rendu fixe pour éviter

l’application simultanée du levier et de l’instrument.-2. Coupe simulée

du bras, destinée à montrer l’isolement du levier.— B, Extrémité du levier dont la vis C détermine l’application à une pression déterminée. — F, Support rendu immobile et fixant l’appareil sur le bras. — G, Coupe du bras.

(1) L’auteur, appliquant la méthode, donne différents types du pouls tracés par le sphygmographe pour démontrer la force ou la faiblesse de la circulation artérielle ; mais ses tracés sont peu démonstratifs. M. Burdon Sanderson a tenté de graduer la force de la tension artérielle et d’en tirer des indications pour la pratique. 11 n’a pas réussi à donner sous ce rapport des preuves concluantes. C’est qu’en effet il ne faut pas chercher dans le sphygmographe des indications auxquelles se refuse l’instrument. D’ailleurs, ce n’est pas l’instrument qui est en faute, c’est l’idée de la méthode qui est défectueuse. Malheureusement cette idée tend à se propager, et il est à craindre qu’on ne fasse quelque tentative pour graduer la thérapeutique d’après ces données fausses. L’auteur est plus heureux dans ses explications des troubles fonctionnels du cœur. (Note du trad.)

(2) Béhier, Description de modifications apportées au sphygmographe (Bull, de l’Acad. de médecine, séiance du 11 août 1868, t. XXXIII, p. 1/6).

102 BÉHIER - LONGUET,

sur le bras, au moment de l’application de 1 appareil, et à n être pas influencé par cette pression première dans des proportions inconnues; 2° la vis armée d’ailettes commande au plateau gradué, qui permet de mesurer la pression du levier sur l’artère, et, par conséquent, de comparer les diverses expériences entre elles; 3° le chariot est plus long que dans l’appareil primitif et sa course assurée par une tige à poulie ; 4° le support de l’appareil sur le bras a été rendu immobile.

M. Longuet :

Sphygmographe de Longuet (1).—M. le professeur Bèhier a présenté en ces termes, à l’Académie de médecine, l’instrument nouveau, imaginé par son élève M. Longuet (fig. 27) :

« Les avantages que cet instrument présente sur celui de M. Marey sont les suivants :

« 1° Le bras n’éprouve de pression qu’en trois points très-limités : la plaque terminale de la tige passe sur l’artère et les deux supports sont pressés par les apophyses inférieures des os de l’avant-bras. La circulation veineuse ne peut donc être entravée par ces trois points comprimés; 2° le mode de soutien du bras permet d’appliquer l’appareil aux artères radiales des enfants trèsjeunes ; 3° la pression sur l’artère se faisant perpendiculairement est beaucoup plus limitée que dans l’appareil deM. Marey : le tracé doit pour cela être plus précis; 4° la plume est beaucoup plus maniable que celle de M. Marey ; non-seulement on peut l’enlever sans que l’instrument soit dérangé, mais encore sa branche fixe peut être allongée ou raccourcie ; de là résulte que les arcs de cercle décrits peuvent être, en raison directe, allongés ou raccourcis quoiquela pulsation soit toujours la même ; 5°le dynamomètre employé permet non-seulement d’indiquer la pression générale (comme le dynamomètre adapté par M. Béhier au sphygmographe de M. Marey), mais encore de mesurer la force de la pulsation; 6° le système d’horlogerie permet d’employer une bande très ; longue ; 7° la tige est complètement indépendante du bras avant l’application (avantage introduit déjà dans le sphygmographe Marey, modifié par M. Béhier); 8° la crémaillière qui supporte tout l’appareil

(1) Longuet, Bulletin de VAcadémie de médecine, 1868,t.XXXUI,p. 962. '

Fig. 27. — Sphygmographe de toiiguet. — L’instrument a pour pièce principale une tige verticale A, .terminée à son extrémité supérieure par une potence E, supportant un fil'qûî's’enroule autour d’un axe mobile B, et à son extrémité inférieure , par une très-petite plaque qui doit être en contact avec la peau. Un double,ressort’çc, appuyé sur cette tige, la ramène de haut en bas quand le choc artériel*l’a soulevée de bas en haut. Sur l’axe mobile F est fixée une roue H, à laquelle chaque mouvement vertical de la tige \ fait décrire un arc de cercle en rapport avec la hauteur du mouvement prinei-.. -JL pal. La tige A transmet à une aiguille mobile I un mouvement par lequel est *

indiquée la pression de la plaque sur l’artère e,t la force de projection de la pulsation. Une plume ordinaire G, tenue par une tige articulée et soudée à une pince à pression continue, s’applique sur la roue et suit son mouvement, Elle décrit un trait horizontal quand la tige principale A décrit un mouvement vertical. Le papier sur lequel est inscrit le tracé passe entre deux cylindres qu’un mouvement d’horlogerie il fait tourner l’un sur l’autre.

La bande de papier a 1 m ,04 de longueur ; sa vitesse est un peu plus considérable que celle du chariot de M. Marey. La partie graphique de l’appareil est fixée sur le mouvement d’horlogerie, et celui-ci est mû par une vis K plantée dans un socle en bois D; sur ce socle, deux supports mobiles NN servent à maintenir le bras sans que ce dernier subisse aucune pression. Le mode d’application est très-simple : le bras est placé et maintenu entre les deux supports de manière que l’artère soit au-dessous de la plaque terminale de la tige. Avec le bouton de la crémaillère, tout l’appareil est abaissé; aussitôt que la plaque presse un peu sur la peau, la tige monte de bas en haut, l’aiguille du dynamomètre indique la pression, la roue décrit un arc de cercle. En tâtonnant, on arrive à trouver le plus grand arc de cercle que peut produire la roue en variant la pression : l’instrument est-alors en bonne position. La plume est en ce moment posée sur la roue et maintenue par la pince à pression continue : la pointe trace son trait de va-et-vient que le papier, par sa progression, transforme en ondulation.

^04 CZERMAK.

est mobile, de façon telle qu’on peut appliquer la plaque en dehors du socle en bois.

« Les pulsations du cœur, de l’artère fémorale, etc., peuvent être ainsi prises en appliquant le socle sur la poitrine, la cuisse, etc. (1).

Czermak. — Études de sphygmographie.

L’inertie entre toujours pour quelque chose dans les défectuosités du levier sphygmographique, en outre l’application du ressort sur l’artère ne peut pas toujours se faire d’une façon exacte et irréprochable. L’auteur, réfléchissant à ces inconvénients, a imaginé un appareil sphygmographique qui présente les avantages suivants :

1° Absence complète de poids ;

2° Nul frottement dans l’enregistrement;

3° Nul changement dans l’état naturel de l’artère pour son application.

Il s’est servi pour cela des rayons de la lumière. En effet, les rayons de la lumière réunissent toutes les particularités susdites :

1° Ils ne pèsent pas ;

2° Ils écrivent sans flottement et instantanément sur un papier préparé au collodion, comme pour la photographie. La plaque photographique se meut horizontalement, comme dans l’appareil de Marey, avec un mouvement d’horlogerie et avec une vitesse uniforme (2).

(1) L’auteur de cet instrument a été récompensé par un prix décerné par la Faculté de médecine, en 1869. Le nouveau sphygmographe est d’une forme différente de ceux qui ont été imaginés depuis que M. Marey a fait connaître son instrument enregistreur du pouls. Il est vertical, d’une construction délicate, très-sensible, et d’un maniement assez difficile. Il porte un appareil spécial destiné à donner, si cela est possible (nous ne croyons pas à cette possibilité) des indications sur la tension du sang.

(Note de fauteur.)

(2) Ce mémoire ne contient pas de faits applicables à la médecine clinique.

Page 1