‹ Études de médecine clinique faites avec l'aide de la méthode graphique et des appareils enregistreursChapitre 24 sur 101 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Il n’est personne qui ne sache qu’il faut un long exercice pour arriver à se servir convenablement des instruments de physique. On ne devient pas micrographe sans une longue éducation. Il semblerait que l’on pût se dispenser de cet exercice préparatoire pour le maniement du sphygmographe ; mais en réalité, il n’en est rien, et cet instrument suivant qu’on l’applique et qu’on s’en sert bien ou mal, donne des résultats très-différents; il y a des observateurs consciencieux, mais malhabiles ou mal renseignés, qui ont attribué au sphygmographe lui-même, des défauts dont leurs mains seules étaient coupables. En jetant les yeux sur les tracés de pouls, déjà nombreux, qui figurent, soit dans des recueils scientifiques, soit dans des publications particulières, on reconnaît facilement que quelques-unes de ces figures ont été obtenues par des opérateurs peu exercés. Cette défectuosité des tracés entraîne à des erreurs d’interprétation où le fond est encore plus lésé que la forme. Du reste, la diversité de

106 COMMENT ON DOIT SE SERVIR DU SPHYGMOGRAPHE. provenance et de fabrication des instruments employés, la vitesse plus ou moins grande suivant laquelle se meut le chariot, le degré de frottement de la plume ou de la pointe qui enregistre, la longueur du levier, et une foule d’autres circonstances, qu’on n’apprend à bien connaître que par l’expérience, entraînent des variations notables dans les tracés.

Il résulte de ce qui précède, que l’uniformité n’existant ni dans les appareils, ni dans l’habileté des expérimentateurs, les graphiques ne sont pas comparables. Il serait désirable que les instruments fussent réglés ,comme cela a lieu pour tous les autres instruments de physique ou d’optique dont on veut comparer les résultats. '

Nous n’insisterons pas sur la partie mécanique de, l’appareil; nous prierons le lecteur de se reporter, pour les détails de cette question délicate, aux travaux allemands insérés plus haut. M. Marey avait lui-même indiqué et résolu plusieurs de ces difficultés.

Précautions 'préliminaires pour appliquer le sphygmographe. — D’ordinaire le malade est couché; c’est la posture qui convient le mieux pour différentes raisons : la première, c’est, que le malade est ainsi dans l’état de repos ; la seconde, c’est qu’aucun obstacle ne s’oppose à la souplesse du bras où l’instrument doit être appliqué, ni au libre jeu de l’artère radiale qui doit elle-même enregistrer ses mouvements. Si l’on opère sur le bras droit, comme c’est l’habitude, on fera légèrement incliner le malade du même côté.

Quelques auteurs (ainsi qu’on en peut juger par les

PRÉCAUTIONS PÉLIMINAIRES. 107

citations faites précédemment) ont insisté minutieusement sur les précautions à prendre pour disposer l’avant-bras de la façon la plus favorable à l’expérimentation; quelques-uns ont imaginé des appareils spéciaux, oreillers, coussins, planches, etc., destinés à maintenir en place l’avant-bras dans la posture voulue. Il n’est pas sans utilité de consulter ce qui a été écrit à ce sujet; mais en réalité, dans la pratique journalière, il n’est pas nécessaire de tant d’apprêts. Quant à moi, je dois dire que j’ai toujours évité ces accessoires embarrassants; il suffit d’appuyer l’avant-bras presque étendu, quelquefois un peu fléchi, plus ou moins incliné, etc., sur le lit même, ou de s’aider des couvertures roulées en forme de coussin, quelquefois de l’oreiller du malade, pour obtenir une posture qui soit peu fatigante pour .le malade et favorable à l’expérimentation.

Il y a aussi des auteurs qui ont blâmé le mode de constriction par lequel on fixe l’instrument sur le poignet et qui ont proposé un autre système de liens. Ce sont là de petits détails sur lesquels il ne convient pas de s’étendre. J’ajouterai encore, ici, que je n’ai cru devoir rien modifier à cette partie du manuel opératoire et, poiir tout dire en un mot, je pense que ces minuties ne sont pas faites pour encourager les médecins à apprendre l’usage pratique du sphygmographe.

, Ayant formé moi-même un certain nombre d’élèves au maniement de l’appareil enregistreur du pouls, j’ai pu observer quels étaient les défauts communs à

108 COMMENT ON DOIT SE SERVIR DU SPHYGMOGRAPHE. la plupart de ceux qui ne sont point encore habitués à bien se servir de l’instrument.

Le premier défaut est la précipitation ; il faut que tout soit disposé avec méthode, que le malade et l’opérateur soient également à leur aise. Il faut être bien convaincu qu’il n’existe point de règles absolues et applicables indistinctement à tous les cas. Il y a des malades effrayés, il faut les calmer et les instruire du but de l’opération; d’autres sont émus, agités, difficiles à contenir, etc.; il en est qui ont les membres plus souples que d’autres ; le bras calleux d’un terrassier n’est en aucune façon comparable au bras mince et souple d’une jeune fille. L’application de l’instrument ne sera pas la même dans ces variétés de cas qui se multiplient à l’infini.

Les bras maigres, gras, infiltrés, présentent des.eonditions toutes différentes pour l’opération. Il en est de même de l’artère qui est plus ou moins profonde, droite, flexueuse, souple, dure ; plus ou moins éloignée, plus ou moins rapprochée du bord radial, plus ou moins masquée et protégée par les tendons, plus ou moins accessible soit au voisinage du poignet, soit au contraire plus près du muscle carré pronateur.

Je ne parle, ici, que d’une très-petite partie des difficultés pratiques dont il faut que l’opérateur se rende un compte exact par la vue et par le toucher avant même de commencer l’expérience. Cette application étroite de l’observateur à l’examen de la région du pouls fait que quiconque s’est exercé à la sphygmographie s est du même coup exercé à bien tâter le pouls.

Page 1