‹ Études de médecine clinique faites avec l'aide de la méthode graphique et des appareils enregistreursChapitre 8 sur 101 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les jeunes gens qui entrent aujourd'hui dans la carrière médicale voient s’ouvrir devant eux largement une voie qui n’était pas encore frayée au moment où les hommes de ma génération ont commencé leur initiation à la médecine. A ce moment, la physiologie expérimentale n’avait pas encore forcé la main aux préjugés ni conquis de vive force sa place dans la médecine; le microscope était à peine appliqué en France, du moins à l’étude de l’anatomie pathologique. Pourtant un grand fait s’était produit; les bases d’une médecine nouvelle avaient été posées; l’espace resté vide entre Morgagni et notre époque avait été comblé.

Loralw ’— Pouls. 1

-2 généralités sur la méthode.

L’auscultation et l’anatomie pathologique s étaient 1 ejointes et fondues ensemble ; la médecine échappait à l’art et devenait science.

Ce grand mouvement s’était accompli en peu d’années. L’œuvre de Laennec, d’Andral, de Bouillaud, de Louis était comme un arbre qui a porté ses fruits ; lorsque nous naissions à la vie médicale, la récolte était faite, et le terrain presque épuisé. La médecine clinique venait d’atteindre un degré si élevé, par rapport au passé, qu’on pouvait le croire voisin de la perfection.

Pourtant chaque génération d’hommes a son œuvre à faire; on ne recommence plus ce qui est fait. Il est possible que la perfection ait été atteinte dans le domaine de l’art et que tout ait été dit sur les formes du beau. Il n’en est pas de même dans le domaine de la science. Le progrès n’y est pas un simple changement, une vérité n’y prend pas la place d’une autre vérité, elle s’ajoute à celle-ci. Car les vérités et les méthodes scientifiques ne périssent pas. Quant à ceux qui ne se contentent pas de la jouissance des biens acquis par d’autres, et tentent d’ajouter à l’œuvre commune, ils doivent être encouragés dans leur entreprise* et plus plaints que blâmés s’ils échouent.

On ose à peine se demander ce qu’était la médecine avant la découverte de l’auscultation, delà percussion, et avant les enseignements de la physiologie et de l’anatomie pathologique. L’appeler un art conjectural .n’est pas trop dire. A part quelques remarquables individualités qui jalonnent l’histoire de la médecine,

qu’était la masse des médecins ? Là où une sorte d’intuition particulière, un sens exquis servi par une expérience consommée n’intervenaient pas, quels diagnostics devaient être portés ! On est pris d’une sorte de sentiment douloureux, en pensant que la médecine a traversé tant de siècles avant d’arriver à mériter d’être considérée comme une science, et l’on éprouve plus que de la surprise quand on voit la tranquille assurance de Bordeu exposant le roman de ses conceptions sur le pouls, ou le fanatisme dangereux de Broussais soumettant à la saignée et à l’abstinence un malade accusé par lui d’une gastrite imaginaire.

Eh bien, ce qui a été fait pour la médecine par l’auscultation et par l’anatomie pathologique, loin de calmer la curiosité médicale, l’a au contraire surexcitée. On a d’abord, et c’était le plus pressé, déterminé avec exactitude et avec une minutie, de détails excessive, les moindres signes locaux des maladies.

Bouillaud a pu annoncer à coup sûr quelles lésions sur un homme vivant, si minimes qu’elles fussent, altéraient la fonction d’un orifice du cœur (1). Louis, par ses patientes recherches, a donné aux médecins le goût et l’habitude d’une observation méthodique et rigoureuse des malades. Entre les mains de Piorry, la percussion a donné une exactitude de mensuration presque incroyable pour le volume des organes intérieurs (2).

L’école dite à’observation ou organo-pàthologique a

(1) BouiUaud, Tr.ailé clinique des maladies du cœur, 2 e édition, 1841.

(2) Piorry, De la percussion médicale et des signes obtenus par ce nouveau mode d'exploration dans les maladies. Paris, 1828.

formé tous les médecins contemporains. C’était l’école de Paris ; les médecins de tous les pays y sont venus apprendre la pratique de ces méthodes nouvelles. Aujourd’hui la diffusion s’est faite. Notre science n’est plus en un seul point du globe ; elle procède moins directement de la clinique et emprunte davantage à la physiologie et au microscope. Peut-être faut-il voir dans la facilité avec laquelle l’auscultation et la percussion ont été adoptées par les médecins en France, l’influence de la clinique même. Ce n’était pas dans un laboratoire, c’était dans une salle d’hôpital que ces grandes découvertes avaient été trouvées et qu’elles étaient enseignées. C’était sur le terrain même de la médecine, sur l’homme malade qu’elles s’exerçaient.

Un peu plus de défiance attend les produits de la physiologie pure importés dans la médecine. Cependant l’enthousiasme qu’ont inspiré légitimement les grandes découvertes des physiologistes de notre époque peuvent nous rassurer sur l’accueil que les médecins feront à des travaux cliniques poursuivis à l’aide de procédés mécaniques propres à la physiologie expérU mentale.

<• Les méthodes et les procédés dont se servent les physiciens, les chimistes et les mécaniciens, pour faire leurs observations, peuvent et doivent être utilisés également pour l’étude de la médecine. Les médecins qui se refuseraient à reconnaître la vérité de cette assertion se condamneraient eux-mêmes à n’engendrer que des œuvres éphémères. Frappé depuis le début de mon éducation professionnelle de l’infériorité que

présentaient les descriptions médicales comparées aux descriptions qui ont pour objet les phénomènes physiques ou mécaniques, j’ai mûri, avec les années, cette conviction que la médecine ne pouvait regagner son rang légitime qu’en réformant ses moyens d’observation. Les physiologistes nous fournissent aujourd’hui ces moyens qui nous faisaient défaut. Sachons en profiter sans plus tarder; cessons de nous immobiliser dans cette médecine littéraire qui se plaît aux controverses, et entrons résolûment dans la voie nouvelle qui nous est ouverte.

Depuis huit ans, j’ai consacré tout le temps dont j’ai pu disposer pour l’étude à faire l’épreuve des méthodes scientifiques dont je parle, en les appliquant à l’homme malade. Ce n’est qu’un essai encore; le sujet est vaste, il ne sera pas épuisé de sitôt.

La complexité des appareils et la difficulté de leur application, l’encombrement que cette sorte d ’impedimenta amène dans les services d’hôpital, et dans la pratique particulière, sont des arguments de peu de valeur. Les instruments servent aux découvertes, les découvertes restent, et les instruments se simplifient, se font supporter, ou disparaissent sans dommage pour la science, après avoir donné leur résultat. Les musées sont remplis de curieuses machines ayant servi à l’astronomie et à la mécanique ; elles ont eu leur raison d’être. Qui pourrait faire aujourd’hui le catalogue immense des appareils qui ont été imaginés, combinés, perfectionnés et abandonnés tour à tour par les grands observateurs?

Un homme éminent de notre époque a dit du microscope qu’il servait à l’éducation de l’œil, et qu’un micrographe savait mieux qu’un autre reconnaître, à l’œil nu, la nature des lésions anatomiques. Qu’est, devenu le cylindre de Laennec? que deviendront les instruments de percussion trop minutieux? En tout cas, l’auscultation et la percussion restent comme moyens usuels, simplifiés, et l’on ne renoncerait pas volontiers à toutes les découvertes qui se sont faites à travers le tube acoustique de Laennec, ni même aux renseignements que nous ont donnés le plessimètre de Piorry et le marteau de Skoda. Il ne faut point demander à un médecin s’il reconnaît une pleurésie par la percussion avec une main, avec deux mains, avec un plessimètre, ou avec un marteau, ou s’il sait la reconnaître simplement par la main mise à plat sur le dos quand le malade parle (Monneret) ; ce qu’il faut lui demander, c’est de reconnaître et de mesurer, s’il est possible l’épanchement, dût-il même se servir du f^cirtomètre.

j A supposer qu’on voulût aujourd’hui renoncer au | sphygmographe, ne doit-on pas convenir que, par cet instrument qui est comme quelque chose d’ajouté à | nos sens, des découvertes importantes ont été faites et ont si bien passé déjà dans la pratique, qu’elles sont j maintenant du domaine commun et pour ainsi dire anonymes. Mais les instruments enregistreurs sont loin de la décadence ; ils naissent à peine, pour le plus grand progrès de la physiologie médicale, et de plu- V sieurs autres sciences.

La tendance de tous les hommes savants de nos jours, dans quelque spécialité que le hasard les ait jetés, est la même, et c’est une grande consolation pour les médecins qui suivent avec attention les progrès de la science, de voir avec eux et comme eux les physiciens et les chimistes armés du pendule, de la balance, du manomètre et du thermomètre, renoncer à l’excès des vues spéculatives, et attachés à déterminer, sans parti pris et sans découragement, les conditions objectives saisissables dans tout phénomène physique :

La durée,

Le poids ou la pression,

La chaleur.

Quelle que soit, la défiance que pourra inspirer le genre d’études inauguré en France et surtout en Allemagne par quelques physiologistes et à leur suite par quelques médecins, elle ne dépassera pas, à coup sûr, celle qui a accueilli, à son début, la méthode de Laennec, et plus tard l’introduction du microscope dans les études cliniques. De ce dernier point je ne dirai rien, pour ne pas évoquer des souvenirs encore trop récents. Sur le premier point je m’arrêterai un instant, afin de mettre le lecteur en présence d’un fait historique dont je lui laisse le soin de tirer la moralité.

Broussais (1) s’exprimait ainsi : « M. Laennec est un homme patient et minutieux ; mais rarement ces

(-1) Broussais, Examen des doctrines médicales. 5 e édition. Paris, 1829-34.

travailleurs utiles ont des vues larges et profondes, des idées-mères propres à faire faire de grands pas à la théorie... C’est un manœuvre qui recueille et apprête des matériaux, mais ce n’est pas un architecte... M. le docteur Laennec est l’inventeur d’un cylindre creux destiné à perfectionner, par le moyen de l’auscultation de la poitrine, le diagnostic des maladies de cette cavité viscérale..... C’est un auteur difficile à lire. » •

A quoi Laennec répondait : « Je n’ai pas prétendu faire un livre récréatif, mais j’espère qu’on en pourra tirer quelques fruits en vérifiant les signes auprès du lit des malades, et les faits anatomiques sur les cadavres. »

C’est ce que pourraient répondre aujourd’hui les hommes éminents qui nous ont tracé, dans la direction de la physiologie médicale, le chemin ou nous nous engageons avec confiance derrière eux(l).

(T) Marey, Du mouvement dans les fonctions de la vie, avant-propos, p. v, 1868.

« La méthode graphique est la meilleure qué l’on puisse employer dans la plupart des recherches biologiques. La création des nouveaux appareils, la correction des défauts que-présentaient les instruments que l’on possédait déjà, telles ont été mes principales préoccupations dans ces dernières années. Les appareils enregistreurs permettent maintenant d’aborder des recherches qui autrefois eussent été impossibles, et de reprendre les expériences anciennes dans des conditions de simplicité et de précision toutes nouvelles. Par l’emploi de la méthode graphique disparaissent les illusions de l’observateur, la lenteur des descriptions, la confusion des faits. Ces deux qualités dominantes, clarté et concision, devenaient chaque jour plus désirables en présence du développement énorme que prennent les publications biologiques...

« L’école allemande à la plus grande part dans ce progrès ; c’est elle qui a montré, la première, que la biologie pouvait, dans ses recherches, attein-

Marey, Physiologie 7nêdicale de la circulation du sang.

Un savant Allemand a dit de ce livre, qu’il « faisait époque. » Ce qui nous touche particulièrement dans le'livre de M. Marey, c’est que l’auteur est médecin, élève de nos hôpitaux, et qu’il a conçu le plan de cet ouvrage dans un hôpital. C’est sur l’homme malade qu’il a appliqué sa méthode. Ce n’est pas .un physiologiste théoricien qui a imaginé un système sans en prévoir l’application prochaine; c’est un observateur qui, en pratiquant la médecine au lit du malade, a trouvé un obstacle, s’y est arrêté au lieu de le tourner, et a demandé à la physiologie son appui pour la solution d’un problème médical. 11 est des personnes qui redoutent l’intrusion des physiciens et des mécaniciens dans le domaine de l’art

dre à cette précision qui semblait n’appartenir qu’aux sciences physiques.

« D’autres difficultés tiennent à l’insuffisance de nos sens, auxquels échappent les objets trop petits, trop grands, trop rapprochés, ou trop éloignés, les mouvements trop lents ou trop rapides. L’homme a su se créer des sens plus puissants pour atteindre la vérité qui le fuit ; il a rendu sa vue plus perçante à l’aide du télescope, qui sonde l’immensité de l’espace, et du microscope, qui explore l’infiniment petit. La balance et le compas en main, il estime avec précision le poids et le volume des corps, ce que son toucher ne lui indiquait que d'une manière grossière . Plus une science a progressé plus il lui a fallu d’instruments, car elle a dépassé les horizons qu’embrassaient les regards de nos devanciers. Elle a franchi les limites du cercle dans lequel s’est agité longtemps l’esprit humain, s’épuisant à contempler la superficie des mêmes objets, usant, dans une dialectique stérile, la puissance qu’il emploie aujourd’hui à des observations rigoureuses.

« Les instruments sont les intermédiaires indispensables entre l’esprit et la matière; le physicien, le chimiste, l’astronome, ne peuvent rien sans leur secours. L’anatomiste, le physiologiste, le médecin, ont aujourd’hui recours. à l’emploi d'instruments, au grand profit des sciences qu’ils cultivent... Le microscope a inauguré une ère nouvelle pour l’anatomie ; les manomètres, les thermomètres, des machines électriques variées, les appareils enregistreurs, permettent au physiologiste de substituer l’expérimentation proprement dite à l’observation, toujours plus lente et souvent impuissante à découvrir les lois qui régissent la vie. »

Appareils enregistreurs. — La machine de Poncelet et Morin est construite de telle façon que le corps, en tombant, trace lui-mème une courbe

médical. Qu’elles veuillent bien considérer que c’est ici la physique qui se met au service de la médecine, en lui fournissant les moyens de noter plus exactement les phénomènes physiques dont l’organisme humain est le siège, d’éviter certaines erreurs de diagnostic, de ne plus perdre un temps précieux à disserter sur de prétendues lois vitales qui ne sont que des lois physiques pures. En acceptant cet heureux secours, nous aurons plus de temps à consacrer à la guérison des maladies, laquelle est notre raison d’être. N’est-ce pas un immense bienfait pour la médecine que ce progrès des sciences plus exactes, s’employant à nous épargner la recherche pénible et incertaine d’un fait matériel? Il ne faut négliger aucun moyen de connaître, et tout l’esprit du monde ne vaut pas une bonne loupe quand il s’agit de regarder un objet très-petit. Où

qui exprime le mouvement dont il était animé, en frottant contre un cylindre vertical mis en marche.

Ancienneté.de Vidée. — Dans les Mémoires de l'Académie des sciences en 4734, Ons-en-Bray, décrit un anémographe écrivant sur une feuille de papier enroulée autour d’un cylindre.

En 1785, Changeux publia la description d’un barométographe ; huit autres instruments destinés au même but furent imaginés peu de temps après.

Avant 1794, Ruthefort publiait la description d’un thermométrographe écrivant avec une pointe sur une bande de papier noircie.

J. Watt avait imaginé d’enregistrer sur un cylindre tournant les variations de tension de la vapeur aux différents instants de la course du piston des machines à feu.

Enfin Thomas Young modifia le cylindre enregistreur ; afin d’éviter la superposition des figures successivement inscrites, il imprima à l’axe du cylindre un mouvement d’hélice. Grâce à cette disposition, le graphique n’est plus limité à la circonférence du cylindre, mais il s’écrit sous forme d’une hélice qui peut avoir une très-grande longueur.

Du graphique, p. 82. — « Cette langue universelle que nous appelons de tous nos vœux, elle existe pour la science, ou du moins elle se forme ; elle devra bientôt se répandre dans toutes les publications scientifiques'. C’est du graphique que je veux parler. Aussi ancien que l’homme, le graphique comprend tous les signes de représèntation “naturelle des objets, de leur forme, de leur changement d’état... Tout ce qui est conventionnel est variable ; le langage et l’écriture des différents pays se modifient avec le temps, tandis que la représentation graphique des objets est restée immuable, parce qu’elle était naturelle. »

GÉNÉRALITÉS SUR LA MÉTHODE, l’esprit reprend tous ses droits, c’est lors de l’interprétation des résultats physiques.

L’instrument dont M. Marey a enrichi la médecine fournit des autographes écrits par le cœur et par l’intermédiaire du pouls artériel. Il en résulte des renseignements précieux et des preuves palpables, relativement aux troubles de la circulation, provenant soit d’une maladie du cœur, soit de quelque autre maladie. C’est le pouls auquel on ne croyait plus et qui, réhabilité par une méthode nouvelle, reprend dans la pratique médicale le rang qu’il y avait occupé autrefois.

L’auteur, dans eon Introduction, s’exprime ainsi : « Si l’on vou- lait caractériser les tendances du dix-neuvième siècle, dans les sciences médicales, et résumer les principaux progrès qu’il a inaugurés, on pourrait dire que nous appartenons à l’époque qui a donné la plus forte impulsion à la science du diagnostic physique des maladies... »

« La recherche de la lésion est, de nos jours, la préoccupation dominante.. Si la physiologie était aussi avancée que l’anatomie, si l’on pouvait, sur le vivant, interroger la fonction comme on interroge l’organe, sans doute le trouble fonctionnel serait recherché comme l’est aujourd’hui la lésion, avec la même ardeur et le même succès. A côté de Y anatomie pathologique on cultiverait la physiologie médicale qui nous apprendrait à quelles lois est soumis l’enchaînement des phénomènes morbides. Telle est la pensée qui a présidé aux travaux que nous publions (1).

Le titre du livre est suffisamment clair : Physiologie médicale *(2). Cela veut dire l’exactitude physique dans la médecine. Si nous

(1) II existe encore, malheureusement une ligne de démarcation entre les médecins purs et les physiologistes.' Il est désirable, et le fait se réalise déjà, que les médecins destinés à occuper dans la pratique nosocomiale et dans l’enseignement, des positions éminentes, se recrutent parmi les anatomistes et les physiologistes, et pour cela il faut que l’on ouvre dans les hôpitaux des écoles pratiques et des laboratoires. Ainsi l’on formera de jeunes savants qui passeront de la salle d’hôpital aux cabinets de physiologie et d’histologie. Il faut que l’on ne divise plus les médecins en deux catégories. ( Note de l'auteur.)

(2) Marey, Physiologie médicale de la circulation du sang. Étude graphique des mouvements du cœur et du pouls artériel. Application aux maladies de l’appareil circulatoire. Paris, 1865. in-8.

GÉNÉRALITÉS SUR LÀ MÉTHODE, prenons au hasard quelques grands noms parmi les représentants de la physiologie et de l’anatomie : Sanctorius, Borelli, Harvey, Ilunter, Haller, Spallanzani, les Bell, Müller, et parmi nos contemporains, Magendie, Cl. Bernard (1), Brown-Séquard, Ch. Robin, Longet, Rouget (de Montpellier), Helmholtz, Virchow, nous trouvons que ces noms appartiennent à l’histoire de la médecine.

M. Marey a appliqué la méthode physiologique à l'étude du pouls. Le pouls est un signe infidèle. Le tact est insuffisant. D’ailleurs les théories sur ce sujet sont erronées et les conclusions fausses. Il fallait tout oublier ou tout réformer.

Au moment où le pouls, en tant que moyen de reconnaître la nature et les phases d’une maladie, tombait dans le discrédit et était réduit, entre toutes ses qualités, à celle qui répond à la montre à secondes, le nombre, un nouveau moyen, apparaissait qui ache vait de déconsidérer l’art de tâter le pouls. Nous voulons parler de la thermométrie appliquée à la connaissance du degré de la fièvre, de la nature des maladies et de leur évolution. Le pouls devenait dès lors tellement accessoire que, pour désigner la fièvre, un certain nombre de médecins contemporains disaient non plus, le pouls bat 120 fois par minute, mais : le thermomètre dans l’aisselle marque 40 degrés centigrades. Il n’en devenait que plus urgent de chercher par quel moyen on rendrait aux médecins le droit d’avoir confiance dans les données du pouls.

Voici par quels principes s’est dirigé M. Marey dans ses études sur le pouls :

Le physiologiste trouve dans la vie les lois physiques générales et communes.

La cause des mouvements est æ, mais le mouvement est le même quelle que soit sa source.

La pierre lancée par l’homme suit la même trajectoire que celle lancée par la poudre.

Déjà Magendie avait écrit en tête de ses leçons : « Phénomènes physiques de la vie. »

Il faut des instruments pour étudier mieux les phénomènes... et rendre certains les signes douteux.

(1) L’influence des admirables travaux deM. Claude Bernard se fait puissamment sentir dans la médecine contemporaine.

SPHYGMOGRAPHE DE MAREY.

C’est à cet ordre qu’appartiennent :

L’ophthalmoscope,

Le laryngoscope,

Le stéthoscope,

Les appareils graphiques destinés à inscrire le mouvement des organes et les appareils enregistreurs à indications continues, lesquels sont d’origine récente; c’est.à ces derniers appareils que M. Marey a eu recours.

Description du sphygmographe de Marey (1). — « La figure 1 montre l’instrument appliqué sur le poignet, autour

duquel il est fixé par un lacet jeté alternativement d’un côté à l’autre sur de petits crochets. Ceux-ci sont placés, trois de chaque côté, sur les bords d’un cadre métallique qui constitue le support de l’appareil. Le lacet complète donc, en arrière du poignet, une sorte de bracelet que forme en avant'le cadre métallique, et le tout est fortement assujetti.

Dans l’intérieur du cadre QR, dont la figure 2 nous montre le

Fig. 2. — Détails du levier du sphygmographe de Marey et du mécanisme de transmission des mouvements.

(1) Marey, Physiologie médicale de la circulation du sang, p. 179-181.

14 SPI1YGM0GRAPHE DE MAREY.

profil, se trouve un ressort d’acier très-flexible qui descend obli quement et porte à son extrémité libre une plaque d’ivoire K. Cette plaque doit reposer sur l’artère ; elle la déprime, grâce à la force élastique du ressort. On sait en effet que, pour tâter le pouls, il faut que le doigt déprime le vaisseau avec une certaine force. Chaque pulsation de l’artère va donc imprimer à la plaque K des mouvements très-petits, il est vrai, mais qu il s agit maintenant d’amplifier et d’écrire.

Pour amplifier ces mouvements, on se sert d’un levier trèsléger, fait de bois et d’aluminium. Ce levier pivote autour du point c (fig. 2); il reçoit l’impulsion très-près de son centre de mouvement, et cela par une pièce intermédiaire BE que nous allons décrire.

BE est une pièce de cuivre mobile autour du point E ; la figure 2 en montre le profil. Un couteau vertical BD termine cette pièce, et une vis T la traverse verticalement. — Quand l’extrémité N de la vis repose sur le ressort au-dessus de la plaque d’ivoire, tout mouvement de cette plaque se transmet à la pièce BE, et de là au levier, si le couteau D est en contact avec ce levier. — Comme ce contact pourrait n’avoir pas lieu lorsque l’artère est trop profondément située, et comme, d’autre part, si l’artère est très-saillante, le levier pourrait être soulevé trop haut, il faut qu’on puisse à volonté augmenter ou diminuer l’intervalle ND qui établit la transmission du mouvement. Ce résultat s’obtient en tournant la vis T dans un sens ou dans l’autre, ce qui fait plus ou moins saillir sa pointe N.

Supposons le contact bien établi, le levier exécute des mouvements alternatifs d’ascension et de descente qui seront trèsgrands à son extrémité. En effet, si la distance qui existe entre le couteau D et le centre de mouvement G est cent fois plus petite que le reste du levier, la pulsation sera grandie cent fois à l’extrémité du grand bras. Pour que le levier ne soit pas projeté en l’air par les soulèvements brusques,- et pour que, d’autre part, sa descente ne soit plus entravée par les frottements qui existent à son extrémité a contre le papier, un petit ressort appuie sur la base du levier et tend constamment-à le faire descendre.

L’extrémité a du levier est- celle qui doit écrire le tracé. Elle est terminée par un bec rempli d'encre qui frotte contre une plaque

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