‹ Études de médecine clinique faites avec l’aide de la méthode graphique et des appareils enregistreurs; Le pouls, ses variations et ses formes diverses dans les maladiesChapitre 111 sur 117 · C. Paul, id. id · texte numérisé non relu

C. Paul, id. id

Hankel (Ërnst), De l'utilité de l'emploi de la digitale dans la lièvre typhoïde, Archiv der Ucilkundc, I8G9.

Voyez la bibliographie complète dans la thèse de Legroux et dans le Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, article Digitale, 1869.

beaucoup à dire sur ce sujet. Sans vouloir formuler en aphorismes les résultats des observations nombreuses qui ont été faites par différents auteurs, nous donnons simplement ici la preuve que la digitale a plusieurs effets bien distincts, suivant les cas.

Nous pourrions résumer les observations qui suivent en disant que la digitale a deux effets :

1° Elle ramène la force du cœur, et en ralentit et régularise les battements lorsqu'elle est administrée avec modération ;

2° Trop de digitale trouble le cœur.

Un "homme, âgé de 70 ans et atteint d'une insuffisance mitrale avec anasarque, fut soumis à l'usage de la poudre de digitale à doses modérées (0gr,15 par jour) ; son pouls était d'abord fréquent et faible avec les irrégularités propres à l'insuffisance mitrale .

Fig. 435. — Insuffisance mitrale.

Après quatorze jours del'.emploide la digitale, l'anasarque avait en partie disparu, et l'excrétion urinairc était en moyenne de 5 litres; la circulation se faisait plus facilement ; Je pouls, sans avoir perdu le caractère propre a la maladie du cœur (irrégularité) avait pris de la force et était devenu moins fréquent.

Fig, 430. — Pouls agrandi par la digitale.

Quelques jours après, les battements étaient régularisés.

Fig. 457. — Pouls régularisé par la digitale.

Jusque-là on peut dire que l'action de la digitale est absolument utile et irréprochable; mais son action prolongée, surtout si l'on force la close, amène un ralentissement du pouls exagéré; on descend à 52 pulsations par minute.

Fig. 458. — Ralentissement excessif par la digitale.

Cette excessive lenteur est connue de tous les observateurs; mais ce que l'on sait moins, c'est qu'elle est plus apparente que réelle. D'abord il faut savoir qu'elle n'est pas fixe, et que ce pouls si lent peut devenir fréquent d'un moment à l'autre, sous l'influence de la moindre perturbation et même sans cause connue; ce n'est donc pas là une lenteur réelle, définitive, stable.

Une particularité importante peut être mise ici en lumière; le doigt placé sur l'artère ne perçoit et ne compte que 52 pulsations ; mais si l'on ausculte le cœur en même temps que l'on tâtele pouls, on est étonné de trouver le sens de l'ouïe en désaccord avec le sens

534 ACTION DE LA DIGITALE Slill LE CŒUR.

du toucher; celui-ci compte 52 pulsations et l'oreille compte 64 systoles du cœur, juste le double. Il est vrai que sur deux systoles, il y en a une forte, et qui produit tout son effet ; l'autre faible et avortée qui produit un si faible déplacement du pouls, que le doigt ne le peut sentir. Nous avons fait cette observation un grand nombre de fois et sur des malades différents. Ce que le doigt ne sent pas, le tracé sphygmographique le rend sensible à l'œil. Si l'on regarde attentivement le tracé qui précède et qui accuse une grande lenteur, on reconnaîtra un léger soulèvement entre les battements largement tracés : c'est ce léger soulèvement qui marque la petite systole du cœur dont nous parlions.

Sur un des tracés qui suivent, cette disposition apparaît plus nettement et de façon a ne laisser aucun doute (fig. 440).

Dans les cas ordinaires, on n'a point l'occasion de faire de semblables observations, surtout si l'on donne la digitale pendant peu de temps et à doses modérées; alors on observe simplement un certain degré de ralentissement avec accroissement de l'amplitude.

Le grand ralentissement du pouls n'est pas stable, avons-nous dit. Ainsi chez un malade âgé de 62 ans et atteint d'insuffisance mitrale, le pouls, avant l'emploi de la digitale, était fréquent et irrégulier :

Fig. 439. — Pouls fréquent et irrégulier.

La digitale fut donnée à la dose de <>',r>0 de pondre pendant plusieurs jours, et le pouls changea complètement de caractère; il devint très-grand et trèslent .:

Fig. 440. — Action de la digitale.

Si l'on regarde attentivement et si l'on analyse le tracé qui précède, on verra ce que nous disions plus haut, qu'entre deux grandes pulsations apparaît un léger soulèvement intermédiaire, lequel est produit par la systole avortée du cœur. Il suffisait pour troubler ce ralentissement si peu stable, et détruire cette régularité, de faire marcher le malade.

Fig. 441 . — Pouls après la marche.

Lorsqu'on observe superficiellement et sans recourir aux méthodes exactes, on ne peut fournir que des résultats fort insuffisants, et l'on s'explique ainsi que tant d'opinions différentes et même contradictoires puissent être émises relativement à des phénomènes objectifs qu'il est si facile de rendre sensibles à la vue et mesurables à l'aide des appareils enregistreurs. Ainsi

il ne devrait plus être question, en une pareille matière, de l'opinion ni de l'autorité de quelques personnes, mais on devrait mettre les observateurs en demeure de fournir la preuve irréfutable des faits qu'ils avancent avec plus ou moins de probabilité. On s'explique, du reste, les divergences d'opinions relatives à l'action de la digitale, le caractère de cet agent thérapeutique étant précisément de donner lieu à des manifestations variées. Il est donc important de déterminer exactement par le graphique ces différentes espèces de variations. Dans un procès récent, les savants appelés en témoignage, relativement à l'action de la digitale, ont émis des propositions qui semblaient établir une contradiction entre quelques-uns d'entre, eux. On soutenait que la digitale ralentit le pouls, que la digitale accélère le pouls; qu'elle amène des désordres, des irrégularités dans la circulation. Ce qu'il aurait fallu dire, c'est que tous ces effets peuvent se rencontrer sur le même sujet, à quelques moments d'intervalle.

La série qui suit fournit un exemple de ces varialions rapides :

Un homme de 45 ans, affecté d'une insuffisance mitrale, présentait, au moment de son entrée à l'hôpital, le pouls petit, irrégulier et assez fréquent, propre à cette affection.

Fig. 442. — Insuffisance mitrale.

ACTION DE LA DIGITALE SUR LE CfEUR. 557

Il fut soumis à l'action de la digitale à la dose de 0Rr,50 de poudre pendant plusieurs jours ; son pouls devint très-différent de ce qu'il' était auparavant; il fut plus lent, plus ample, plus régulier; mais on observa eu même temps qu'aucun de ces caractères n'était absolument stable, et que le pouls variait d'un moment à l'autre, d'amplitude, de fréquence, de forme et de régularité ; il descendait du chiffre 70 au chiffre 52, et de celui-ci au chiffre 36; tantôt il était régulier et presque normal, tantôt irrégulier; et lorsqu'il était très-ralenti on y remarquait les petites pulsations intermédiaires dont nous avons parlé (tous ces tracés turent recueillis en quelques minutes sans que l'instrument enregistreur eût été déplacé).

Fig. 4i5. — Premier tfacé : Pou Js grand et régulier.

Hg. 444. — Deuxième tracé : Lenteur et grande amplitude.

Fig. 415. — Troisième tracé rrré'gùl'arilë LORAIW. — Poills.

Kig. $4tt. — Quatrième tracé : Deux minutes après.

Nous croyons devoir multiplier les exemples de ces variations du pouls chez un même sujet soumis à l'action de la digitale.

Un homme âgé de 50 ans, et atteint d'une insuffisance mitrale, fut soumis à l'action de la digitale ; son pouls, au début, était fréquent, et inégal quant à la force des battements :

Fig. 447. — Pouls avant la digitale.

Après une dizaine de jours de traitement, le pouls tombait au chiffre 54, et présentait une notable irrégularité dans le rhythme :

F|g. 44S. — Digitale. — Pouls très-ralenti.

Or, le racine jour, et à quelques- minutes d'intervalle, le pouls changeait complètement de caractère : il était devenu très-régulier et assez fréquent, à tel

Kig. H!». — Tracé pris le même jour.

ACTION DE LA DIGITALE SUR LE CŒUR. 559 point qu'on pouvait à peine croire que ces deux tracés provinssent du même individu.

Chez ce malade, le grand ralentissement n'était pas constant et régulier; du reste, il atteignait, par moments, les limites extrêmes; c'est-à-dire que si toutes les pulsations avaient été aussi lentes, on n'en aurait pas compté plus de 15 ou 20 par minute. Or, dans ce cas il n'y avait point les systoles cardiaques intermédiaires et avortées dont nous avons parlé plus haut;, on s'en assurera par la vue du tracé suivant :

Fig-. 450. — Extrême lenteur sans régularité.

Que la digitale trouble le cœur et amène des irrégularités du pouls, cela n'est pas contestable. Cependant le fait est difficile à démontrer sur des malades qui ont déjà une maladie du cœur, parce qu'en général ces maladies s'accompagnent de certains troubles dans la régularité et dans le rhythme (surtout, comme on le sait, dans les cas d'insuffisance mitrale). Il faut donc prendre un sujet qui n'ait pas de palpitations avec intermittences ou irrégula rite du pouls, et voir* si la digitale amène chez lui ce genre de perturbation. On peut, à la vérité, administrer légitimement la digitale à des malades atteints de fièvre typhoïde, de pneumonie ou de toute autre maladie aiguë fébrile; mais nous ne parlerons pas ici de ces cas, et nous nous en tiendrons encore aux affections du cœur traitées par

7,U) ACTION DE LA DIGITALE SUR Lh CŒUR

la digitale. Or, dans ces cas mêmes, on peut fournir la preuve du trouble apporté à l'action du cœur par cet agent t liera peu tique.

Parmi les formes de celte excitation perturbatrice, nous distinguerons deux catégories :

1° L'irrégularité simple ou inégalité des pauses avec accélération ;

2° L'irrégularité régulière ou rhythme géminé : 2 pulsations, dont la seconde est suivie d'une pause trèslongue dans laquelle on peut croire que se confond une systole cardiaque tout à fait avortée.

Dans un cas d'empoisonnement de nature inconnue chez une femme, j'ai pu diagnostiquer l'intoxication par la digitale, grâce à ces troubles caractéristiques du pouls, et l'enquête prouva la réalité du fait. (Voir plus loin.)

Chez un malade Agé de 51 ans et qui présentait un état d'anémie et d'anasarque , avec un simple dédoublement du premier bruit du cœur à la pointe, sans antécédent rhumatismal, la digitale fut administrée.

Le pouls initial, avant l'action du médicament, était régulier et sans autre caractère qu'un léger degré de sénilité.

Fig. 451. — Pouls d'un homme de M ans.

Après un usage de plusieurs jours de la poudre de digitale à dose de 0«r,50, le pouls était troublé, tantôt

offrant uni' vitesse ordinaire, tantôt accéléré et irrégulier ou inégal.

Fig. 45'2. — Action do la digitale. — Irrégularité du pouls.

Puis apparut le pouls géminé dont la signification est si importante en pareil cas :

FJg. 455. — l»ouls géminé ou bigémiue

La saturation existait; on cessa l'usage du médieament.

Nous avons rencontré fréquemment le pouls géminé ou couplé, par suite de l'action de la digitale.

Chez une femme âgée de 57 ans, et affectée d'insuffisance mitrale, le pouls était fréquent et inégal ; l'irrégularité n'y obéissait à aucun rhythme.

Vig. 454 — l'ouls de l'insuffisance mitrale.

La digitale (poudre de feuilles) fut administrée pendant trois jours consécutifs à la dose de 0gr,50, chaque fois; le pouls fut ralenti, agrandi, et prit le rhythme géminé :

Vig. 455. — Digitale. — l'ouls grand el géminé.

Un homme, âgé de 42 ans et affecté d'une maladie du cœur avec anasarque, fut traité pendant plusieurs jours par la digitale à la dose de 25 centigrammes en vingt-quatre heures. L'autopsie montra un état athéromateux très-marqué de l'aorte et des grosses artères ; les valvules sigmoïdes de l'aorte présentaient quelques végétations non indurées ; le^cœur était trèshypertrophié et très-dilaté; l'orifice mi Irai était trèsélargi, mais sans induration de la valvule. Le tumulte des bruits du cœur pendant la vie ne permettait pas de se rendre un compte exact de la nature des lésions, par l'auscultation.

Ce qu'il importe de montrer, c'est que le pouls ne présentait d'abord ni irrégularité, ni intermittences; c'était, à proprement parler, un pouls normal :

i''ig. 45b. — l'ouïs initial.

Après un traitement de quatre jours par la digitale, le pouls était agrandi, sans cesser d'être régulier :

Fig. 457. — Agrandissement par la digitale.

Qn continua l'administration du médicament, et

iCTION DE L.V DIGITALE SUR LE CŒUK. 545

le septième jour, le pouls présentait l'irrégularité rhythmée, dite géminée :

Fig, 458. — Action de la digitale. — l'uuls géminé.

Eu d'autres moments apparaissait le type tri géminé.

L'irrégularité du pouls que nous appelons géminée (bi-gémin-ée, Traube) peut se rencontrer quelquefois dans des cas où elle n'est point justifiée par l'étal anatomique du cœur, ni par l'absorption de la dose de digitale, nous l'avons rencontrée chez un tuberculeux, âgé de 58 ans.

Fig. 459.

Une femme, âgée de 47 ans, entra à l'hôpital pour une maladie du cœur consistant en une hypertrophie avec souffle au premier temps à la pointe; elle avait de l'anasarque. On lui administra la poudré de feuilles de digitale à la dose de Or,40 pendant plusieurs jours.

Son pouls, avant l'usage du médicament, ne présentait aucun caractère anomal, il était régulier.

Fig. ioU. — l'ouls primitif.

La digitale modifia considérablement les tracés ; le pouls lut ralenti, agrandi, et il devint irrégulier. On voit sur les deux tracés qui suivent, la preuve de l'état ataxique et convulsif du cœur :

Fig. 401. — 'Pouls troublé pur la digitale.

Mg. 46'2. — Pouls troublé par la digitale.

11 y a parfois de véritables convulsions du cœur : tantôt ce sont des contractions précipitées coup sur coup et sub-intrantes, tantôt un état tonique pendant lequel le tracé descend lentement et très-bas, par la vacuité absolue des artères, ce qui rend plus ample la diastole artérielle qui suit, et plus grand le tracé des pouls. D'autres fois, il y a des systoles cardiaques avortées et à peine indiquées sur le tracé (fig. 462).

Parmi les différentes actions que la digitale exerce sur le pouls, les plus constantes, assurément, sont le ralentissement et l'agrandissement qui ne manquent pas, alors même que les autres feraient défaut. Cet agrandissement des tracés est surtout sensible lorsqu'on emploie la digitale dans le cours d'une maladie aiguë fébrile qui tend déjà à donner plus d'ani-

ACTION DE LA DIGITALE SUR LE CUiUK. Uh

plilude aux pulsations. Tel est le cas du rhumatisme articulaire aigu.

Chez un jeune homme de 18 ans, atteint d'un rh umatisme articulaire aigu, la digitale fut administrée à haute dose (Or,50 de poudre par jour, pendant cinq jours). Son pouls avait sous cette influence acquis une amplitude énorme.

Fîg. $65. — Pouls agrandi par la digitale.

Fig. 404. — Action de la digitale.

Quelques jours après le pouls était revenu à son volume normal.

Fig. 465. — Pouls normal.

Nous donnons ici plusieurs séries de tracés pris sur des malades chez lesquels la digitale a amené les divers troubles de circulation que nous avons signalés plus haut.

Une femme âgée de 59 ans présentait les signes d'une insuffisance et d'un rétrécissement aortiques. Sur le premier tracé, recueilli avant l'usage de la digitale,

on remarquera surtout les signes propres au rétrécissement aortique. (Voir le chap. du rétrécissement aortique.)

Kig. 466. — l'ouls avant la digitale.

Le deuxième tracé monlre la force du cœur accrue, l'ascension verticale, et le plateau bien formé; il y a en outre, un ralentissement très-accusé et quelques irrégularités dans la fréquence; à ce moment, la malade avait pris, pendant trois jours de suite, la poudre de digitale à la dose de 25 centigrammes :

Fig. 467. — Action de la digitale.

Le médicament étant continué, il survint une véritable ataxie du cœur :

Fig. 468. — Ataxie du cœur par la digitale. (Cardiographie.)

Chez un homme atteint d'hypertrophie du cœur avec palpitations, on entendait un souftle peu intense au deuxième temps et à la base ; pourtant le pouls n'offrait pas les caractères de l'insuffisance aortique. La fréquence très-grande des pulsations fut calmée par l'administration de la digitale; mais alors

ACTION DU là DIGITALE SUR LE CŒUR. 347

survinrent les irrégularités (pouls géminé et trigéminé).

SE5SSEESSS3

Fig. 469. — Pouls avant la digitale.

Fig. 470. — l'ouls après la digitale.

Fig. 471. — Pouls bigéminé et trigéminé.

Nous avons dit que le pouls, dans les cas où la digitale a été administrée, est très-mobile et variable. Il suffit en effet d'une émotion, d un mouvement violent pour l'accélérer extrêmement et lui faire perdre tous ses caractères spécifiques.

Un malade âgé de 45 ans, et atteint d'insuffisance aortique (diagnostic clinique), mourut subitement. À l'autopsie on trouva le cœur doublé de volume ; l'aorte était dilatée et fortement athéromateuse ; les valvules sigmoïdes présentaient des végétations anciennes, et d'autres récentes, et de plus, l'état fenètré. Pendant la vie on recueillit plusieurs tracés sphygmographiques. Le malade était à ce moment sous l'influence de la digitale; or dans la môme journée on obtint des tracés fort différents.

Le premier tracé fut pris alors que le malade venait

de marcher; son pouls était très-fréquent cl dierote, semblable à celui d'un fébricitant. 11 semblait parfâir tement régulier. Cependant si l'on examine le tracé attentivement, on verra que les pulsations sont un peu inégales, et tendent à se grouper deux à deux. Chacun de ces tracés du pouls est accompagné d'un tracé cardiographique pris au même moment.

Fig. 47'2. — Pouls après la marche.

wm

Fig. 473. — Cœur après la marche.

Dans un autre moment, alors que le malade reposait tranquillemeut dans son lit, le tracé du pouls et celui du cœur donnaient le plus pur type du pouls géminé ou disystolique .

Fig. 475. — Cœur. (Cardiographie.)

EMPOISONNEMENT. MÉDECINE LÉGALE. ' 549 Médecine légale ( I). — D'après la description donnée par llirlz (loc. cit.), les effets de la pondre de feuilles de digitale à dose toxique seraient les suivants : « Au bout de vingt-quatre à trente-six heures, nausées et vomissement», prostration, pâleur du- visage; le pouls devient légèrement intermittent, se précipite au moindre mouvement et, après quelques oscillations, se ralentit de 15 à 20 pulsations. Le pouls reste plusieurs jours ralenti (la température, momentanément abaissée de 1 et 2°, se relève promptement en vingt-quatre heures). Si la dose a été plus forte les accidents sont plus marqués ; tendance à la syncope ; le pouls, d'après Traube, descend à 50 et môme à 50. La pâleur de la face et la sensation de froid persistent plusieurs jours. »

Dans un cas publié par Oulmont et où la dose était excessive, il y avait douleur de tète,. pâleur du visage, vertiges, dilatation de la pupille, battements de cœur, forts et énergiques, pouls fort et dur, non déprcssible, irrégulier, intermittent, de 50 à 58 pulsations.

Un cas d'empoisonnement par la digitale. — Une infirmière âgée de 26 ans éprouva, le 10 décembre 1867, les symptômes d'un empoisonnement; ejile eut des vertiges, un malaise indéfinissable et elle vomit abondamment (26 fois en dix-huit heures). On

(1) Nous renvoyons le lecteur, pour la connaissance des effcls de la digitale et surtout de la digitaline à doses toxiques, aux remarquables articles Digitale du Dictionnaire de médecine cl de chirurgie pratiques, par M. Tardieu, 1869, et de V Étude médico-légale et clinique sur l'empoisonnement, par M. Tardieu et M. Z. Roussin, 1867. L'observation que nous rapportons ici n'apporte dans la question qu'un élément nouveau : la sphygmographie.

5M ACTION DE LA DIGITALE SDft LE CŒUR.

ne put rien savoir ni du mode d'empoisonnement, ni du momenl précis on il avait eu lieu. Ou suppose que cette femme but la substance toxique dissoute dans une fiole de vin de quinquina, vers six heures du matin. Ce n'est qu'à onze heures, toutefois, qu'elle ressentit un malaise caractérisé, et qu'elle commença à vomir. Le malaise alla croissant, jusqu'au soir. Aucun médicament ne fut administré à la malade. Un jeune médecin auquel elle parla de son état, lui tâta le pouls vers six heures du soir et constata qu'il battait 54 fois par minute. Tel était l'état des choses, le 10 décembre, dans la soirée. Si l'on avait réfléchi dès lors, à la singularité de ces 54 pulsations par minutes, peut-être eùt-on poussé l'enquête plus loin. En effet, il n'y a pour ainsi dire pas d'exemple d'une personne ne présentant que 54 systoles du cœur par minute, à six heures du soir, c'est-à-dire au moment de la plus grande accélération du pouls (oscillation diurne). Ce ralentissement anomal du pouls fut donc constaté le 10 au soir.

Dans la nuit du 10 au 11 décembre, il y eut encore quelques vomissements. Le 11, à neuf heures et demie du matin, nous vîmes cette femme. Elle présentait le faciès abdominal (nez effilé, cercle profond à la base des paupières); elle se sentait faible et hors d'état de marcher. Son pouls nous frappa tout d'abord par deux caractères :

1° Ralentissement;

2° Intermittences ou irrégularités;

Le sphygmographe nous donna des tracés très-inté-

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