‹ Études de médecine clinique faites avec l’aide de la méthode graphique et des appareils enregistreurs; Le pouls, ses variations et ses formes diverses dans les maladiesChapitre 113 sur 117 · EMPOISONNEMENT. - MÉDECINE LÉGALE · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT. - MÉDECINE LÉGALE

Voici une deuxième variété de ce pouls irrégulier du 1 1 décembre au soir.

Fig. 479.

Sur la troisième variété (pouls ci-dessous) les intermittences reviennent après 5 pulsations (trigéminé).

Fig. 480. — Pouls Irigéininé.

Jusqu'ici, nous avions trouvé le pouls toujours irréeulicr. Le 12 décembre, au matin, il v avait tantôt un pouls régulier absolument, tantôt un retour de l'irrégularité, ainsi qu'on le verra par les deux tracés qui suivent :

Fig. 481. — Pouls régulier.

Fig. 48"i. — Irrégularité du pouls.

Ces deux tracés ne se ressemblent pas et ils paraissent appartenir à deux sujets différents, ou n'avoir pas été recueillis à la même époqne. Et cependant ils ont

Loium. — Pouls.

été pris q cinq minutes d'intervalle sur la même personne. Cela prouve qu'il faut, dans certains cas, ne pas se contenter d'un seul tracé sphygmographique, mais interroger le pouls à plusieurs reprises. .

11 y avait 80 pulsations par minute lorsque le pouls était régulier, et lorsqu'il était irrégulier, c'est-à-dire entrecoupé par des intermittences, on retrouvait encore ce chiffre de 80, à la condition de compter la pulsation manquante pendant le temps d'airët.

Les symptômes morbides avaient déjà disparu presque complètement ; cependant la malade avait conservé une excitabilité très-grande; elle prenait peur subitement, et la moindre émotion faisait battre son cœur plus vite.

Le \o décembre, le pouls battait 80 fois et il était à peu près régulier.

Fig. 485.

Le lendemain, le tracé était plus régulier encore et revenu à l'état normal (72 pulsations). Cette femme s'est rétablie complètement après quatre jours de maladie, et elle n'éprouvait plus, le 15 décembre, aucun malaise.

La température fut explorée depuis le 11 décembre, jusqu'au 14. — Le tableau ci-joint montre quelles en ont été les variations. En même temps que le pouls était

EMPOISONNEMENT. — MÉDECINE I ÉGALE. Jfâh tombé à 54, la température de l'aisselle était descendue le 11 décembre, à -f-35, chiffre très-bas. Dès le lende-

Fig, i8i. — La courbe inférieure est celle du pouls. — La courlie supérieure formée de petits points est celle de la température de l'aisselle.

main, le pouls et les températures (bouche, vagin, aisselle) avaient repris leur niveau normal, et montraient l'oscillation diurne habituelle.

On peut, en lisant ce tableau graphique, 'embrasser d'un seul coup d' œil toute la maladie. Cette figure, dans son ensemble, est tout à fait différente des figures ordinaires des maladies. Les maladies fébriles montrent au début une grande hauteur; puis elles déclinent et retombent soit peu à peu, soit brusquement, au niveau normal. Ici, au contraire, la maladie donne, au début, un pouls abaissé et une température descendue, et il faut que les tracés remontent ensuite pour atteindre le niveau physiologique.

Le pouls était revenu à son état normal au moment où cesse cette observation. Nous devons ajouter, toutefois, que pendant plusieurs jours encore, notamment le 19 décembre, il y avait encore une grande impressionnabilité, et une excessive mobilité du pouls, lequel battait quelquefois très-vite.

Wolff. — Le pouls des aliénés (1).

« Les recherches cliniques par les méthodes scientifiques, ainsi que le montrera cet essai, ne sont pas plus difficiles à effectuer dans les asiles d'aliénés que dans tout autre hôpital. Au commencement on hésite, on tâtonne, et s'il est vrai que l'introduction de la thermométrie n'ait pas été acceptée sans quelque résistance, à plus forte raison aujourd'hui aura-l-on à lutter contre les préventions que soulève la sphygmographie. Les raisons invoquées contre

(1) Recherches sur le pouls dans les maladies mentales, par le docteur Wolff, médecin adjoint de l'asile des fous de Saehsenberg. [Characterislik des Arterivnpuls. Leipzig, 1805.)

celte méthode d'investigation sont non-seulement le prix élevé de l'instrument, qui coûte trente fois plus que le thermomètre, et la nécessité d'avoir pour s'en servir une main exercée, cet instrument n'étant d'aucune utilité dans une main profane, mais encore la multiplicité des précautions qui sont indispensables pour recueillir le tracé du pouls et sans lesquelles cette méthode d'investigation serait absolument infructueuse.

« Pour que la sphygmographie livre les résultats extraordinaires dont elle est susceptible, il faut quelle soit appliquée méthodiquement. Or il n'existe pas d'endroit mieux disposé que les maisons de fous pour l'application des méthodes exactes de recherches, à cause de l'habitude qui y est imposée, tant aux malades qu'aux gens guéris, de se soumettre à la discipline avec une ponctualité mécanique. Il ne faut donc pas parler ici des difficultés que le sphygmographe peut rencontrer pour nous dans un asile bien discipliné, là où l'exécution des ordonnances médicales est plus sûrement dans notre main que partout ailleurs.

« Voici, en quelques mots, les précautions indispensables :

« On choisit, soit dans une division de femmes, soit dans une division d'hommes, deux chambres reliées entre elles par une porte de communication qui soit facilement accessible à tous les malades de la division. Dans la première, la chambre A, on fera la thermométrie; dans la seconde, la chambre B, on fera la sphygmographie. Dans celle-là, on fera asseoir en rang les malades qui se promènent et on leur fera tenir un thermomètre dans l'aisselle, sous la surveillance d'un gardien; dans l'autre, la chambre B, on fera entrer en même temps les malades, et on aura le plus grand nombre possible de lits à sa disposition. Mais, dans tous les cas, on laissera toujours un de ces lits vide; ce sera le lit sur lequel on prendra les tracés du pouls. Si l'on a soin que tous les lits aient un matelas uni et une couverture légère, ces lits ne se distingueront l'un de l'autre par aucun signe particulier, et les malades ne seront pas effrayés de l'opération. 11 est nécessaire que l'on puisse tourner de tout côté autour de ce lit, de façon que s'il y a des malades agités ou chez lesquels il y a lieu de redouter l'agitation, ils puissent être maintenus facilement par la main d'un aide.

« La température est observée avec les soins accoutumés; il faut prendre aussi immédiatement la fréquence du pouls : pour cela,

r.âS WOLFF.

on compte d'abord pendant cinq secondes, puis on compare une autre observation de cinq secondes avec La précédente, on arrive ainsi à faire la somme des pulsations pendant un tiers ou un quart de minute ; l'on s'assure aussi que l'excitation psycbique première a cessé d'exercer son action sur le pouls. Alors on lait monter le malade sur le lit d'observation. Après lui avoir lait enlever son gilet, on le met dans le plus grand repos en ayant soin de n'avoir avec lui que la conversation indispensable, et, si on le peut, ce qui vaut mieux, n'avoir aucune espèce de conversation. On le fait mettre sur son côté droit, si c'est sur le bras droit qu'on veut prendre le pouls. Alors on met à nu l'avant-bras jusqu'au coude ; on le place sur un ou deux oreillers de paille légèrement fléchis, de façon que les doigts de la main de ce côté n'aient pas de crampes et ne soient pas étendus et roidis; il faut notamment que le pouce ne soit pas dans l'extension, parce qu'alors les téguments sont fortement tendus au-devant de l'artère radiale ce qui affaiblit les battements de l'artère radiale. Il faut que tout le bras repose dans un état de mollesse pour que la main n'ait pas de tendance à tomber dans la pronation ; on fait placer1 le malade de façon qu'il soit tourné vers l'observateur. Quant au bras gauche, et c'est là une règle importante et invariable, on doit toujours le faire tenir le long du côté gauche du sujet, sous la couverture, de peur que dans, un accès d'effroi ou de terreur, le malade ne porte son bras gauche à son bras droit et ne saisisse l'instrument ; enfin on doit avoir soin que la tête repose en arrière, doucement, et qu'elle ne se dresse pas à moitié sur un cou tendu.

« Il y a un certain nombre de malades qui s'endorment dans cette attitude qui doit être celle du repos, car elle est le contraire de cette activité qui invile à la tension des muscles du bras, au tremblement, et au changement de posture. .Mais on rencontre ti ès-souvenf, dans les maisons d'aliénés, des malades qui ne sont pas en état d'échapper à ce travail involontaire, qui se donnent une peine infinie pour tenir droit leur bras, pour lui donner la souplesse nécessaire, et qui, involontairement, le roidissent, tremblent et se tiennent d'autant plus mal qu'ils font plus d'efforts pour se maintenir. Ces malades font justement le contraire de ce qu'ils veulent et tombent alors dans des états de tremblement et presque de convulsion; et ils ne peuvent pas arriver à tenir la posture voulue,

même après avoir fait des centaines de fois des efforts pour cela. C'est le cas des paralytiques dans le sens le plus étendu du mot, des malades à sensibilité musculaire affaiblie, qui, d'après nos observations, montrent encore, d'autre part, des manifestations parésiques, lesquelles, comme l'affaiblissement psycbique, s'accusent d'habitude plus lard d'une façon irrécusable. Cette maladresse du bras nuit énormément, non-seulement dans la paralysie progressive commune et chez les paralytiques, dans le sens étroit du mot, mais encore chez les malades atteints de la mélancolie passive avec toutes ses formes variées, jusqu'à la mélancolie avec paralysie déclarée. Par surcroit, ils ont l'habitude de tenir leur bras fixe, parce qu'ils tiennent le col roide, et tendent convulsivement tous les muscles qui, de près ou de loin, peuvent contribuer à accomplir ce prétendu travail. Que cette faiblesse de la sensibilité musculaire soit parvenue ou non à un point élevé chez les gens atteints de faiblesse psychique, ou qu'elle soit seulement imminente, on fait bien, dans tous les cas, si l'on veut obtenir le tracé de leur pouls, de commencer par les placer et les maintenir fortement sur le côté, parce qu'ils arriveraient facilement à renverser le tronc en arrière et à déranger la position du bras. En second lieu, il faut prendre le soin de tenir le coude abaissé et enfoncé profondément et d'élever au contraire le poignet, de façon à neutraliser les mouvements d'extension des muscles du bras. Troisièmement, il faut éviter, quand le bras repose dans l'attitude convenable, de faire aucune correction, car elles ne servent généralement à rien, et, au contraire, elles réveillent chez le malade l'envie de corriger luimême la position, et c'est là qu'est le danger. Le seul résultat qu'on en obtienne est de produire du tremblement et des secousses, et un pouls qui refléchit l'excitation psychique, c'est-àdire qui est d'une fréquence et d'un type inusités, par exemple :

Fig. 485.

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