‹ Études de médecine clinique faites avec l’aide de la méthode graphique et des appareils enregistreurs; Le pouls, ses variations et ses formes diverses dans les maladiesChapitre 16 sur 117 · HISTOIRE DES APPAREILS ENREGISTREURS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES APPAREILS ENREGISTREURS

binent avec les autres chocs qui se succèdent. Vierordt fixa l'attention sur les défauts du manomètre, et montra (1) clairement que cet instrument était impropre à enregistrer les changements de pression, et qu'ainsi les tracés de pouls fournis par ce moyen ne méritaient aucune confiance.

« La nécessité de la vivisection, chose impossible chez l'homme, et principe sur lequel reposait le kymographion, l'obligea de renoncer à cet instrumenta d'en chercher un autre qui fût susceptible de transcrire les pulsations. chez l'homme vivant.

« Au lieu d'enregistrer directement les changements de pression du sang, Vierordt tâcha d'utiliser les changements de capacité que subit une artère sous l'influence de ces variations de pression. Sur une artère superficielle, il fit reposer un levier qui inscrivait, sur un cylindre de kymographion, les mouvements qui lui étaient imprimés par lespulsations de l'artère. King avait déjà avant Vierordt introduit le levier dans la spbygmométiïe. Pour démontrer les pulsations des veines du col dans certaines maladies du cœur, il se servait d'un fil de verre qu'il assujettissait avec de la cire audevant de la veine battante, et qui agrandissait les mouvements qui lui étaient transmis.

« La disposition de l'instrument de Vierordt nommé par son inventeur sphygmographe, vient de là. Sur l'artère est un levier disposé différemment et maintenu solidement sur son point d'appui. Le court bras du levier fut alourdi par un poids, de façon à ce qu'il fût en équilibre avec le long bras. L'impulsion communiquée par la pulsation de l'artère au long levier, au niveau de son point d'appui, le met en mouvement. L'arc de cercle qu'il décrit alors, par une disposition analogue au parallélogramme de Watt, fut changé en une ligne droite, et les mouvements furent enregistrés sur le cylindre du kymographion.

« Le sphygmographe de Vierordt a les mêmes défauts que le kymographion si vivement attaqué par cet auteur. Nous voyons aussi ici une grande masse qui exécute de forts mouvements sous l'influence delà plus petite force, et la résistance dans cet instrument est trèsfaible. Du reste, l'artère n'est pas assez fortement serrée par l'in-

(1) Lehre vom Arterienpuls, in gesunden und kranhaftenZustanderii 1865,

tj-2 W. IUVE.

strument de Vicrordt; à peine celle-ci, en se dilalanl, a-t-elle donné un choc au levier, que le mouvement agit sur l'équilibre de celui-ci, et, par suite, les petits mouvements de l'artère ne sont plus enregistrés.

« Marey a remarquablement amélioré le sphygmographe de Vierordt, ou plutôt il a inventé un tout autre instrument. L'artère, par ses pulsations, met en mouvement un ressort d'acier élastique. Ce mouvement qui, par suite de la résistance du ressort est trèspetit, est transmis à un levier long et très-léger, et est par là convenablement agrandi. Le papier où le mouvement s'enregistre, se meut le long du levier par un mouvement d'horlogerie. Ce mouvement d'horlogerie fixé au reste de l'instrument fort ingénieusement, en rend l'usage très-facile.

« On trouve une combinaison du manomètre cl du levier dans un appareil construit récemment par Naumann. Une membrane qui recouvre l'extrémité élargie d'un tube étroit rempli d'alcool, est appliquée sur l'artère. Les mouvements du liquide sont transmis à un levier très-léger, qui les agrandit et les enregistre sur un cylindre de kymographion.

« C'est sur un principe tout différent de ceux des appareils décrits jusqu'ici que repose la méthode sphygmographique proposée par Czermak(l). Cette méthode consiste en ceci, que l'on enregistre le pouls avec un levier qui n'a aucun poids, qui écrit sans frottement, et qui ne change rien à l'état de l'artère sur laquelle il est appliqué. Ces conditions sont remplies par des rayons de lumière. Czermak les concentre par une lentille biconvexe; juste au foyer de celte lentille, il place sur le pouls un petit corps opaque qui est mis en mouvement par l'artère. Ce corps trace une ligne courbe, qu'à l'aide d'un écran muni d'une fente verticale et étroite, on peut réduire à une ligne verticale. Ainsi celte ligne est grande ou petite suivant la réplétion ou la contraction de l'artère; si l'on reçoit cette ligne verticale sur un papier préparé avec le collodion, et qu'on fasse mouvoir convenablement ce papier, on obtient une photographie du pouls. Czermak a encore imaginé une autre méthode par laquelle les rayons de lumière sont réfléchis

(1) Sil%iuigsber. der k. k. Académie der Wissensch. Jahrgang 47, p. 458.

LE SPHYGMOGRAPHE DE MÀREY. 03

sur un miroir qui reproduit les mouvements de l'artère. Les rayons réfléchis sont reçus sur un écran qui marche. Czermak n'a pas communiqué les résultats de ses expériences. »

Les pages qui suivent contiennent quelques expériences sur les mouvements ondulatoires des liquides dans les vaisseaux en général et sur le pouls en particulier. Ces expériences ont été exécutées au moyen du sphygmographe de Marey. Dans la première partie, nous donnons une description du sphygmographe. Dans la seconde, nous tentons une explication des courbes obtenues avec le sphygmographe.

Description du sphygmographe de Marey et des courbes qu'on obtient par cet instrument. — Chap. i. — Yierordt avait dit « le problème serait de placer sur le pouls un ressort élastique trèsléger, et, par son intermédiaire, de transmettre les mouvements du pouls au sphygmographe; » Marey a résolu le problème.

Le sphygmographe est fait pour l'artère radicale; mais on peut l'appliquer utilement sur d'autres artères, brachiale, dorsale du pied, et carotide. 11 y a deux procédés pour écrire :

1° la plume et l'encre (Marey) ;

2° Le papier noirci à la fumée ; moins d'adhérence, plus de finesse du trait. 11 ne faut pas que la couche noire de fumée soit trop épaisse.

B. Examen de l'instrument. — La courbe obtenue avec l'instrument de Marey est fonction de la pression que le sang exerce sur la paroi interne de l'artère. Plus la pression est grande et plus haut s'élèvera le levier.

On suppose pour que l'instrument soit parfait, qu'il réalise les conditions idéales suivantes :

1° Que son mouvement d'horlogerie fonctionne bien;

2° Le mouvement du ressort équivalent à la pression artérielle;

5° Le mouvement du levier équivalent au soulèvement du ressort ;

4° L'absence de mouvements propres du ressort et du levier ; 5° Un frottement qui ne cause aucun trouble. L'auteur fournit les moyens d'établir la précision du mouvement d'horlogerie. 11 constate que le mouvement d'horlogerie n'est ja-

mais régulier et qu'il faut renoncer à compter le pouls sur les tracés.

Mach ( 1 ) a soumis la question du ressort à un examen rigoureux. Los résultats de ses recherches mathématiques nous apprennent que les mouvements propres du ressort sont très-faibles, et nous donnons ici simplement les conclusions de son mémoire :

1° Le ressort du sphygmographe est à peine déplacé de son équilibre même par une grande force;

2° Il se meut régulièrement;

3° Il reste bien équilibré avec des poids variant de 0 à 300 grammes ;

Étudier les vibrations du ressort, était un sujet digne d'attention.

Mach en a trouvé cent trente par seconde. Fick (2) a étudié cette question dans un mémoire spécial.

Résumé. — 1° Le levier s'infléchit dans les limites compatibles avec les dispositions du sphygmographe, d'une façon suffisamment proportionnelle à la pression, c'est-à-dire d'environ 0"'m,26 par une pression de 20 grammes;

2° Les mouvements enregistrés par le levier sont grossis cinquante fois. Les déplacements du levier sont, dans les limites dites, suffisamment proportionnels à ceux du ressort ;

5° 11 suit de là que la courbe peut être à chaque moment proportionnelle à la pression existant dans l'artère;

4° La pression du ressort par l'application du sphygmographe compatible avec de bonnes courbes, correspond à un poids qui varierait entre 260 et 590 grammes et au delà;

5° Quand le ressort, avec celte force de pression, est soulevé par une force de 5 grammes, la hauteur à laquelle s'élève le levier est de 5mm,5. La réplétion d'une artère battant avec une force moyenne, fait monter le levier d'une quantité à peu près semblable;

6° Le même déplacement de 5mœ,l est imprimé au levier, par une élévation de pression de 00 millimètres de mercure, dans

(1) Mach, Zur théorie der Pulswellenzeichner, in Sitzungsberichte der !;. Akademie der Wissenschaftcn. Wien, 1865.

(-2) Fick, Die medicinische Physik. Braunschweig, 1866, p. 148.

Page 1