RÉTRÉCISSEMENT A0RT1QUE
Si le lecteur a eu la patience de lire et de regarder tout ce qui précède, il demeurera convaincu que la sphygmographie ne peut pas être classée parmi les moyens accessoires du diagnostic et qu'en tout cas elle est cause que le pouls est examiné minutieusement.
Nous devons répéter ici ce que nous avons dit plus haut à propos de l'insuffisance aortique : il existe dans la nomenclature classique deux expressions qui sont le plus souvent accolées l'une à l'autre, c'est : rétrécissement et insuffisance.
On est habitué à entendre un souille aux deux temps à la base du cœur quand il y a insuffisance aortique. Quelquefois le deuxième bruit seul existe. Rarement il y a un souffle au premier temps rude et significatif (nous ne parlons pas du souffle doux de l'anémie) sans souffle au deuxième temps. En d'autres termes, si le rétrécissement avec insuffisance est commun, le rétrécissement seul est rare.
Ce mot de rétrécissement est d'ailleurs employé à tort dans tous les cas où il y a souffle rude au premier temps et à la base; car il peut se faire qu'il y ait non pas rétrécissement vrai, mais défaut de souplesse, induration de l'orifice, ce qui n'est pas synonyme. Et, en effet, que Ton regarde les tracés fournis par le pouls, qu'on se reporte même à la sensation tactile que donne le pouls dit de Corrigan, dans le cas où il va précisément un souffle aux deux temps; ne voit-on pas que ce pouls large, plein, dur, vibrant, soudain, à montée verticale, à grande amplitude, exclut toute
idée de rétrécissement ? Le rétrécissement, on le verra dans un pouls polit, oblique, qui ne donnera ni les mêmes sensations, ni le morne tracé que le précédent. J'indique donc ici l'abus que Ton fait dans le langage classique de la médecine du mot rétrécissement aortique.
Chez un jeune homme âgé de 22 ans, atteint d'hypertrophie du cœur avec souffle permanent, rude, au premier temps, à la base, il existait des palpitations et de l'essoufflement. Ce malade avait eu un rhumatisme articulaire aigu. La maladie du cœur, existant depuis plusieurs années, obligeait ce malade à prendre souvent du repos. On aurait pu diagnostiquer un rétrécissement aortique, mais comment accorder cette expression avec le tracé du pouls recueilli chez ce malade? Ce tracé est large, ample, à montée verticale [induration aortique). L'aortite a trop été oubliée dans le rhumatisme.
l'ig. 585. — Souffle au préniier temps, à la base.