‹ Études de médecine clinique faites avec l’aide de la méthode graphique et des appareils enregistreurs; Le pouls, ses variations et ses formes diverses dans les maladiesChapitre 92 sur 117 · RÉTRÉCISSEMENT AORTIQUE · texte numérisé non relu

RÉTRÉCISSEMENT AORTIQUE

au premier et l'autre au deuxième temps (rétrécissement et insuffisance). Le rétrécissement vrai est assez rare, il y a plutôt induration des valvules, mais non tendance réelle à l'oblitération; et habituellement l'aorte participe à la maladie autant au moins que l'orifice lui-même.

L'examen du pouls devait rendre ici des services au diagnostic. Le pouls était médiocrement rapide (84) et ne donnait pas lieu à la sensation dite de Corrigan ou de Hope ; il n'y avait pas choc brusque, ni forte ondée ; en élevant le bras on diminuait le pouls au lieu de l'accroître. C'était plutôt un pouls mou, ondulant, d'un faible déplacement, et ne donnant pas de choc, en un mot un pouls de rétrécissement aor tique. Point (^irrégularités.

Le sphygmographe vint encore à notre aide, ainsi qu'on peut le voir sur le tracé ci-centre : le pouls donnait un tracé ondulant à montée lente et oblique. C'était le tracé que l'on devait trouver s'il s'agissait d'un rétrécissement de l'orifice aortique, c'est-à-dire dans le cas où l'ondée sanguine passerait lente et petite à travers un orifice rétréci, et comme à frottement. Théoriquement, le tracé devait être tel qu'on le voit ici.

Kg. 580.

Ainsi le diagnostic s'appuyait à la fois sur l'auscullatioii et sur les sigues sphygmogiaphiqucs.

m MALADIES lil CŒUR.

Le malade mourut. On trouva lé cœur hypertrophié el l'orifice aortique du cœur tellement rétréci par suite d'une dégénérescence crétacée des valvules., que le sang ne pouvait passer que par une l'ente étroite. Il n'y avait pas insuffisance, les valvules étant, au contraire au contact l'une de l'autre, de sorte qu'on ne voyait pas d'abord d'orifice,

Brondgeest (d'Utrecht) rapporte l'observation suivante : chez un malade, à droite du sternum, entre la quatrième et la cinquième cote, on entendait un souffle rude et fort, qui se prolongeait dans l'aorte et les carotides. La main sentait un frémissement cataire, qui se propageait jusqu'au-dessus des clavicules. Le malade se p'aignait de violentes palpitations et d'étouffemènt. On diagnostiqua un rétrécissement aortique. L'obliquité de la ligne d'ascension, l'absence du polyerotisme et la grande largeur horizontale du sommet, permettaient de faire ce diagnostic. On trouva, à l'autopsie, des excroissances papillaires sur les valvules sigmoïdes, et l'orifice aortique tellement rétréci, que, vu de l'intérieur du ventricule, il semblait bouché Complètement.

Rétrécissement de l'orifice aortique dû cœur. Remur- <l)nihle action de la digitale. — J'ai observé sur un homme âgé de 65 ans tous les signes d'un rétrécissement aortique sans insuffisance, On entendait au niveau de la première pièce du sternum un énorme souffle rude qui commençait avec la systole et s'arrêtait avant la diastole. Cet homme avait eu, trois ans avant, un rhumatisme articulaire. Depuis quatre mois il éprouvait de l'oppression et il avait de l'hydropisip des parties inférieures du corps.

Le pouls offrait des caractères très-intéressants ; il ('lait très-régulrer, très-fort et très-lent. Le malade

RETRECISSEMENT A0RT1QUË. 277 n'ayant jamais été traité et n'ayant absorbé aucun médicament, on ne pouvait pas soupçonner, ici, l'action de la digitale. Il fut tenu en observation pendant plusieurs jours sans qu'aucune médication lui fût appliquée.

Le cœur était modérément hypertrophié et nullement ataxique. Il n'y avait aucun signe de ce que Beau appelait asystolie. En un mot, le cœur faisait face aux difficultés de la circulation et n'était point troublé. La lenteur du pouls s'expliquait peut-être en vertu de cette loi posée par M. Marey, à savoir que le cœur se ' meut d'autant plus lentement qu'il supporte une charge plus forte. Or le rétrécissement constituait un obstacle capable de ralentir les battements du cœur. La force du pouls (amplitude et dureté) s'expliquait également parce fait que le cœur, battant moins vite, devait ù chaque systole pousser dans les artères une plus grosse ondée.

Tels étaient les caractères du pouls dont on pouvait se rendre compte par le simple toucher.

Le pouls battait 52 fois seulement par minute. L'auscultation diurne se faisait à peine sentir. Deux ou trois pulsations de plus, quelquefois quatre, tel était l'accroissement du pouls vers le soir, alors même que le malade avait marché.

Le sphygmographe fut appliqué tous les jours. On remarqua tout d'abord que le tracé présentait une singulière obliquité dans la ligne d'ascension, laquelle s'éloignait notablement de la verticale et formait une véritable courbe allant se fondre avec la ligne de des-

cente, sans qu'il fût possible de trouver rien qui ressemblât à un sommet. C'était bien là le pouls du rétrécissement aortique, tel que M. Marey l'a signalé, tel qu'il a été observé depuis par de nombreux auteurs et tel que le donnent les appareils schématiques. Il n'y avait pas apparence de dicrotisme, ce qui rentre encore parfaitement dans la théorie. On voyait, pour ainsi dire, sur ce tracé, la marche du sang passant péniblement et lentement à travers l'orifice du cœur rétréci.

Fig. 581. — Rétrécissement aortique.

Ce premier tracé avait été obtenu avec une trèsfaible pression du ressort, de façon que les défauts tenant à l'instrument étaient autant que possible supprimés, du moins en ce qui concerne les modifications que peut imprimer à la forme des tracés une trop forte pression du ressort.

Si nous voulions étudier ce pouls en modifiant la pression, nous serrions la vis et alors le pouls nous apparaissait un peu différent. L'artère comprimée recevait au niveau de la compression un choc plus brusque, la ligne d'ascension prenait soudain la direction verticale avec le crochet tenant à l'inertie du levier; mais en regardant avec attention on voyait bien que, ce premier choc une fois passé, la ligne représentant le sommet et qui marquait la durée et, pour ainsi dire,ia forme' de la systole du cœur était

RÉTRÉCISSEMENT àORTKjUE. 279

toujours, comme avant, oblique, ascendante et presque courbe.

Fig. 38'2.

Cette disposition intéressante était encore plus marquée dans d'autres tracés, par exemple sur le suivant :

Nous n'avons trouvé, dans aucune des publications qui ont été laites jusqu'ici, aucun tracé plus expressif ni plus démonstratif que ceux-ci.

Bien que ce malade ne présentât que de faibles signes d'un embarras direct de la circulation artérielle, cependant l'infiltration de ses jambes et un commencement d'ascite dont il était atteint, justifiaient suffisamment l'emploi de la digitale. Je lui administrai, le premier jour, 50 centigrammes de poudre; le second et le troisième jour, la même dose ; et le quatrième jour, 1 gramme en deux doses de 0g',50 chacun. La digitale administrée pendant les trois premiers jours avait amené le pouls au chiffre de 28; vingt-quatre heures après l'administration de 1 gramme de digitale,, le malade éprouvait un malaise qui nous obligea de sus-

pendre immédiatement l'emploi du médicament ; il avait des nausées, des vertiges et une respiration accélérée (52 par minute). Or son pouls était d'une lenteur telle, qu'il descendait à un chiffre dont il n'existe pour ainsi dire pas d'exemple : 26. Nous ferons observer, ici, qu'il y a deux points à considérer dans ce fait :

1° Un pouls extrêmement lent avec 52 inspirations par minutes. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner cette question de la fréquence comparée du pouls et de la respiration ;

2° La digitale ralentit le pouls même chez un homme qui a déjà le pouls très-lent; et elle le ralentit presque dans les mêmes rapports; en effet, un pouls tombant de 54 à 27 donne les mêmes proportions approximativement qu'un pouls tombant de 70 à 58.

Il était intéressant de rechercher, ici, l'influence perturbatrice de la digitale, elle ne fit pas défaut. Le pouls qui, observé chez cet homme depuis le 49 août jusqu'au 50, n'avait pas présenté une seule fois une irrégularité dans son rhythme, devint irrégulier immédiatement après l'intoxication par la digitale , ainsi qu'on peut le voir sur le tracé suivant, où la première pulsation est distante de la seconde de 45 millimètres, tandis que la seconde n'est distante de la troisième que de 52 millimètres et demi.

Kig. 384. — Action de la digitale.

Page 1