INSUFFISANCE MITRALE ET RÉTRÉCISSEMENT MITRAL
suite d'une syncope soudaine, cou séquence sans doute de l'anémie des centres nerveux. Dans cette dangereuse forme de maladie du cœur, la comparaison de l'état du pouls avant et après l'exercice sera sans doute de quelque importance pour le pronostic.
L'insuffisance mitrale donne âù pouls quatre caractères :
1° Fréquence ; 2" Petitesse ; '
3° Intermittence on inégalité de forée ;
4° Inégalité dans le rhythniè.
Une femme de 22 ans, atteinte d'insuffisance mitrale (souffle an premier temps, à la pointe), avec hypertrophie du cœur, suite d'un rhumatisme articulaire aigu, nous offaitun type de cette maladie.
Les deux tracés qui suivent montrent les caractères ci-dessus énoncés.
Kg. 5!
i(j — Insuffisance mitrale.
Kg. 587 . — Même sujet.
(l'est dans ces cas surtout que le trouble du cœur est lici tement accusé et que son ataxie semble résulter d'une lui le prolongée contre l'obstacle mécanique de l'orifice.
Le mot asystolic ne répond pas exactement à l'idée qu'on doit se faire de ce trouble du cœur. Ce n'est pas une impuissance de contraction, ni un état d'atonie qu'il faut invoquer ici; c'est quelquefois, au contraire, une impulsion violente, mais impuissante, en raison de l'état de vacuité du ventricule gauche et du système artériel en général, alors que la réplétion est grande dans le système veineux. La même chose a lieu, dans le choléra, et dans les hémorrhagïes graves alors que l'on voit en même temps un choc violent du cœur, et un pouls presque nul. Les tracés qui suivent ont pour objet de mettre ce fait en lumière. L'observation concerne un homme de 51 ans atteint d'insuffisance mitrale bien caractérisée (souffle au premier temps à la pointe, avec hypertrophie du cœur). Le tracé recueilli directement au-devant du cœur (cardiographie) donne l'idée d'un choc puissant ;
l'ig. 588. — Tracé eardiographique.
et cependant le pouls, ainsi qu'on le verra dans les trois tracés qui suivent, était à la fois irrégulier et trèspetit.
Fig. 589. — l'ouls petit et irrégulier.
INSUFFISANCE MITRALE ET RÉTRÉCISSEMENT MITRA L. m
Hg, 590. — Même malade.
Vïg. 591 . — Menu' malade.
Sur un autre malade âgé de 28 ans, affecté également d'insuffisance mitrale avec souffle au premier temps et grande hypertrophie du cœur, et qui a succombé à une syncope, le cœur dominait un choc trèsviolent et le pouls cependant était misérable.
Fjg. 592. — Insuffisance mitrale.
Lorsque l'insuffisance mitrale consiste en une lésion peu avancée, il peut arriver que le pouls n'offre pas d'autre caractère que l'irrégularité, et que par moment le tracé, sous l'influence des violentes impulsions du cœur, prenne une excessive amplitude. Cela se verra encore chez des sujets déjà un peu avancés en âge et dont l'aorte est indurée. Les deux tracés suivants sont pris sur un homme de 55 ans atteint d'insuffisance mitrale.
Vig. 595. — l'ouls irrcgtilier, mais ample.
Kig. 594. — Même malade.
Nous avons reproduit au chapitre de la digitale un grand nombre de tracés du pouls recueillis sur des sujets affectés d'insuffisance mitrale.
Rétrécissement milval. — On entend par ce nom, en clinique, la maladie du cœur caractérisée à l'auscultation, par un souffle au second temps et à la pointe. Cette espèce n'a pas de pouls qui lui appartienne en propre; elle se confond quelquefois avec l'insuffisance mitrale, qui l'accompagne plus ou moins dans la plupart des cas, sinon toujours.
Lorsque cette maladie est très-avancée, elle amène habituellement une gêne considérable de la circulation et de la respiration. Les tracés suivants ont élé recueillis sur une femme de 49 ans, chez laquelle le souffle au second temps à la pointe était très-intense. L'angoisse respiratoire était portée à son comble, ainsi qu'on en jugera par le tracé cardiographique ci-contre où l'on voit se dessiner les efforts respiratoires :
b'ig ri'.if). — Rétrécissement initial. t.anlioyrHjiliie
INSUFFISANCE MITRA LE ET RÉTRÉCISSEMENT MITRAL. 289 Le pouls, t ivs-priii ri te-irrégùlièr, accusait également cette gêne de la respiration.
Fig. 590. — Pouls du rétrécissement initial.
Pour rendre plus apparente la forme propre du pouls, par le grandissement, on recueillit un tracé, non plus de l'artère radiale, mais de l'artère numérale; c'est là une ressource qui n'est pas à dédaigner dans les recherche s s p 1 1 y gm ographiques .
Fig. 597. — Pouls de l'artère numérale.
Après un traitement de quelques jours par la digitale, le pouls radial avait pris plus d'amplitude.
Fig. 598. — Pouls radial après la digitale.
Quelquefois, chez les malades atteints de rétrécissement initi al, sans signe d'insuffisance, le pouls ne présente aucun caractère spécifique, alors que les malades sont dans le repos; il n'en est presque jamais de même lorsque prédominent les signes de l'insuffisance'. Dans tous les cas, chez les malades affectés d'une lésion de
LORAIN. — PflUlS. I !>
l'orifice mitral, 1'exeiciçe, la marche rapide, les mouvements violenls du corps amènent rapidement l'essoufflement et l'ataxie du cœur. Chez un jeune homme de 25 ans, atteint de rétrécissement mitral, le pouls à l'état de repos était presque normal.
Fig. 599. — Pouls au repos.
Dans d'autres moments, il devenait très-irrégulier et très-influencé par l'angoisse respiratoire.
Fig. 400 — Même malade.
Ce trouble s'exagérait encore sitôt que le malade se livrait à un exercice violent :
Fig. 401. — Même malade.
Les caractères patliognomoniqucs du pouls de l'insuffisance avec rétrécissement de l'orifice mitral sont parfois peu nets; il y a beaucoup d'agitation ou de (rouble circulatoire; fréquemment il y a lièvre,
AN'ËVKYSMKS. 291
œd'ênie, etc.; alors le pouls est pet i l et les intermîttencés mal accusées.
Fïg. 402.
Après quelques jours de repos et d'amélioration, le pouls en général s'agrandit, et les intermittences deviennent plus rares et plus nettes.
Dans les cas de rétrécissement avec insuffisance, le pouls habituellement reste petit;
Fig. 40 i.
et il devient tout à fait filiforme dans les derniers temps de la vie.
Maréy
Fig. 405.
ANEVRYSMES DE I. AOliTK
« L^s anévrysmes de ta crosse de l'aorte agissent sur te pouls, d'une manière différente de celle des anévrvsmes des membres.
2Ô2 ANÊVRYSMES.
[ci la lumour n'est plus située directement sur le trajet du vaisseau qu'on explore; l'action de l'anévrysine ne se fera donc pas sentir d'une manière exclusive sur un vaisseau, mais elle influencera plus ou moins le pouls de toutes les artères du corps. On a cité des cas d'anévrysmes de l'origine de l'aorte, à la suite desquels le pouls avait disparu dans toutes les artères à la l'ois. Chez tous les malades atteints d'anévrysme de l'aorte que nous avons eu l'occasion d'examiner, le pouls n'était que modifié dans sa forme; encore cette modificalion portait-elle principalement sur certaines artères, ce qui donnait un pouls différent aux deux radiales.
« La raison qui fait qu'un anévrysme de l'aorte produit presque toujours peu de diminution dans la force du pouls nous scmhle être la suivante,: presque toujours le volume de la tumeur anévrysmale est faible, relativement au volume de l'aorte. C'est-à-dire que, si l'on observe sur l'artère fémorale une tumeur du volume du poing, ce qui n'est pas rare, il faudrait pour que le rapport fût conservé, que les anévrysmes de l'aorte remplissent toute la cavité thoracique. Lors donc qu'une tumeur anévrysmale est développée sur le trajet de l'aorte, elle ne détourne en général qu'une quantité de sang peu considérable, relativement à celle qui suit son cours dans la direction ordinaire; la transformation du pouls devra donc en être d'autant moindre.
« Souvent il arrive qu'une tumeur anévrysmale de l'aorte comprime un des troncs artériels qui émanent de ce vaisseau, il survient, alors, au-dessous du point comprimé, une modificalion du pouls qui ne dépend plus du volume ni de l'élasticité de la tumeur, mais qui tient à l'obstacle mécanique apporté au cours du sang. »
Anerrysmr de l'aorte et du tronc artériel brachioerphafique. — Chez un homme de 58 ans, atteint d'une tumeur anévrysmale située à la droite du sternum et douée d'expansion (tronc brachio-céphalique) avec un énorme souffle musical au deuxième temps à la base, le pouls radial droit était plus petit, plus arrondi, plus souple que le gauche. On reconnaît dans ce tracé la
ANÉVRYSMES DE L'AORTE. 293
vériltealioti du principe d'après lequel il y a une
transformation du pouls par l'interposition d'une poche anévrysmale.
Fig. 40.5. — l'ouls du coté de l'anévrvsnie.
Fig. 407. — Pouls du côté sain.
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sur la tumeur anévrysmale de la poitrine (1).
Aiiécrysme de l'aorte. — Voici deux tracés recueillis (9 octobre 18G9) sur un malade du service de M. Mesuet, à l'hôpital Saint-Antoine et dont M. Thaon à recueilli l'observation. (Jet homme, âgé de 45 ans, souffre de palpitations du cœur, lorsqu'il se livre à un exercice violent. Il est souvent obligé d'interrompre son travail. L'auscultation fait entendre un souffle si niant t rès-intense au premier temps et à la base du
(1) Le papier quadrillé (ceniimétresj est destlhé h permetlre. d'nppréeier les dimensions du tracé.
294 INÉVRYSME8.
cœur. Le maximum du bruit est au milieu de la première pièce du sternum.
Ce malade n'a jamais eu de rhumatisme articulaire; il ne présente ni hypertrophie marquée du cœur, ni œdème. Or, en tâtant l'une ou l'autre artère radiale, on sent que l'artère du bras gauche bat beaucoup plus faiblement que celle du côté droit, bien qu'il n'y ait aucune anomalie artérielle. On est conduit à penser qu'il existe un anévrysine athéromateux de la crosse a or tique dans sa partie gauche; localement, au col et au niveau de la clavicule gauche ou du sternum, on ne sent aucune tumeur pulsatile.
Le sphygmographc (ait apparaître avec une netteté parfaite la différence existant dans la circulation des deux artères. Le tracé pris sur l'artère radiale gauche est tout à fait semblable à celui que l'on trouve dans les cas d'anévrysme situé entre le cœur et l'artère radiale.
Vig. 410. — Côté droit.
ANÉVRYSME l'Ol'LITIv
Bayol.
Le sphygmographe appliqué, au diagnostic pendant le traitement d'un aneenjsine pupille ({). — Observation recueillie dans le service de M. le professeur Moutet (de Montpellier, hôpital Saint-Ûloi) par son élève, M. Bayol. Sous l'influence de la compression de Tarière fémorale, on vit de jour en jour les tracés pris sur la tumeur diminuer d'amplitude, et arriver enfin à n'avoir plus (pie l'amplitude normale. On put ainsi suivie jour par jour les progrès du traitement.
Fifj. 411. — Tracé de? pulsations de la tumeur au début.
le début de la maladie.
W. Poster.
W. Foster a publié, eu 1866, à Londres un manuel sur « le diagnostic des maladies au .moyen du sphygmographe avec 53 ligures représentant : le dicrotisme, la tension, l'influence de la compression, la vitesse, l'athérome sénile, le pouls anévrysmal el le travail qui s'opère dans un anévrysme en voie de guèrison, el les différentes maladies du cœur. Il a étudié la manière de graduer la compression et de l'évaluer eu grammes (voy. Britiçh and foreign medico-chirtirgical Review).
(1) Bayol, Le pouls vu un sphygmograptie (Thèse de Montpellier, août 1869, avec 41 planches lithographiées.
A.NKYliUSMfcS.
Seouy.
Aiicrri/smes des membres. — Une observation recueillie par M. le docteur Seguy, chirurgien à l'hôpital Saint-André de Bordeaux en 1 808 (1), présente, sous le rapport de l'application du sphygmographe à la thérapeutique, un intérêt considérable, Il s'agit d'un anèvrysme guéri par la compression. Le malade, âgé de 32 ans, portait à la partie antérieure et externe de l'avanUbras droit, sur la ligne du trajet de l'artèreradiale, une tumeur anévrysmalc dont lo grand diamètre était de 6 à 7 centimètres. On traita cette tumeur par la compression. Les tracés çphygmographiques recueillis par M. Baudrimont devaient servir de moyen de contrôle. Le tracé, pi is directement sur la tumeur, donnait la figure suivante. :
Fig. 413. — Tracé pris sur la tumeur.
Le pouls radial) près du poignet, donnait, comme c'est l'habi tude en pareil cas, un tracé petit et ondulé, indice d'un obstacle interposé entre ce point de l'artère et le cœur;
Fig. 414. — Pouls radial du côté malade.
Tandis que le pouls du côté sain donnait un tracé ample, anguleux et tout à fait normal ;
Fig. 415 — l'ouïs radial du côté sain.
(I) Mémoires et Byhçiins de la Société incdico chirurgicale des hôpitaux de Bordeaux, t. III, T fascicule, 1808.
ANEVRYSMES DES MEMBRES. 297
La compression fut continuée pendant plusieurs jours d'une façon intermittente. Lorsque le traitement eut fait cesser les battements dans la tumeur et que la circulation fut redevenue à peu près normale, le tracé de la tumeur fut de nouveau recueilli ;
Fig. 410. — Tracé de la tumeur après le traitement.
et te pouls radial du côté malade donna, pur te sphygmograplie, une figure fort différente de celle qu'il présentait d'abord; c'était le retour à l'état normal.
Fig. 417. Pouls radial après le traitement.
M. le professeur Broca a plusieurs fois appliqué le sphygmograplie dans des cas semblables.
l>RONDGEFST (I).
Parmi les figures nombreuses qu'il a recueillies à l'aide du sphygmograplie, cet auteur donne plusieurs tracés d'anévrysmes <pie nous reproduisons ici.
Anévrifsmes. — L'anévrysme siégeait au creux poplilé droit.
(1) Brondgeest, Leetor in de geneeskunde aan de Ulrechtsclie Uoogesctiool (Vaarnemcnijeit nui Gebreken van llel Hart en de Slagaderen, in Verband met de Aanwending van den Sphygmograuph) .
m AiNÉYRYSMES.
Fig. 419. — \névrysme lui-même.
Fig. 420. — Artère tibiale postérieure droite.
Fi^. 424. — Artère tibiale postérieure gauche.
Le même auteur rapporte un cas d'ànévrysme de l'aorte :
Un homme de io ans affecté de dyspnée, de palpitations de cœur, avec sensation d'oppression de la poitrine, etc..
On reconnut une hypertrophie du cœur ; au niveau de la clavicule droite et au-devant de la poitrine, plus à droite qu'à gauche, ou percevait un fort frémissement cataire. Un n'entendait, à la place des hruits du cœur, que deux souilles se suivant. Le pouls senti avec le doigt était beaucoup plus fort à droite qu'à gauche.
Fig. M2. — Pouls gauche.