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5° dos bruits normaux èt anormaux que l'auscultation révèle. Comme l'analyse des mouvements et les particularités que présente le frémissement cataire peuvent jeter quelque jour sur le mécanisme des souffles, je me suis appliqué à les étudier chez un grand nombre d'individus et voici ce que m'ont appris à ce sujet des observations réitérées :
i° Les oscillations visibles, dans cette région, consistent en une série de soulèvements et d'affaissements parfois fort étendus et faciles à reconnaître. Chez quelques personnes, elles ne sont appréciables qu'à sa partie la plus inférieure, c'est-à-dire la plus voisine de la clavicule; chez d'autres, on les voit distinctement dans une assez grande étendue le long des vaisseaux ; par exception, on les peut suivre sur le trajet même de la jugulaire, interne. Leur amplitude, très-variable, fait qu'elles ne sont pas toujours également manifestes et qu'une ou plusieurs d'entre elles manquent quelquefois complètement ; mais quand elles sont bien marquées, quand aucune affection du cœur n'en altère le rbythme et quand le pouls n'a pas trop de fréquence, leur étude est généralement assez facile. On constate alors, outre les oscillations lentes déterminées par les mouvements respiratoires et concurremment avec elles, la série suivante de mouvements qui se reproduit avec une constante et parfaite régularité : d'abord un soulèvement lent, puis deux petits soulèvements brusques, enfin deux affaissements profonds après lesquels la série recommence. Or chaque série de ce genre correspond à une révolution cardiaque
Ces battements ont parfois tant de force et d'ampleur qu'on est tout d'abord tenté de les rapporter aux pulsations de l'artère carotide ou de la sous-claviôre. Mais avec un peu d'attention, on arrive bientôt à se convaincre qu'ils se passent en réalité dans la jugulaire profonde. Ce qui le prouve c'est, en premier lieu, qu'ils ont quelque chose de vague et de diffus fort opposé à l'idée d'une pulsation artérielle, et que, tout apparents, tout étendus qu'ils soient, le doigt les sent à peine, tandis qu'il perçoit avec force les battements artériels beaucoup moins étendus, que l'on trouve soit à la même hauteur et tout à côté, soit un peu plus haut, sur le trajet de la carotide elle-même ; en second lieu, que leur rhythme ne ressemble en rien à celui des battements de la carotide ; troisièmement enfui, qu'une compression légère, convenablement pra-
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tiquée à la partie inférieure du cou peut les arrêter, les supprimer même complètement, tandis que les pulsations de la carotide persistent avec toute leur intensité.
Jusqu'à cesdernieis temps, les mouvements physiologiques que nous venons de décrire étaient ordinairement pris pour des battements artériels, et l'on n'admettait pas qu'il pût apparaître de pulsations dans les veines, à moins d'une maladie du cœur ou de quelque trouble considérable dans la circulation. M. Longet, dans son Traité de physiologie (t. I, p. 882, 2e èdit., Paris, 1861 , in-8°), signalait, à la vérité, d'après Ilaller, Morgagni, Berlin et Beau, deux sortes de mouvements obsenés sur les veines jugulaires : les uns déterminés par les alternatives de la respiration, les autres produits par les battements du cœur. Mais ses remarques s'appliquaient exclusivement à des états'pathologiques de la circulation ; et il ne s'agissailpour lui-, que de savoir si les battements indiqués sont produits par la contraction du ventricule en raison d'une insuffisance valvnlaire, ou bien s'il faut y voir, avec Beau, l'effet d'une contraction exagérée de l'oreillette.
Le hasard attira pour la première fois mon attention sur les caractères particuliers des battements normaux de la région susclaviculaire, et me conduisit à leur donner une interprétation différente de celle généralement reçue. Enfin, après avoir étudié ces mouvements avec attention, après avoir observé tous leurs caractères, je demeurai convaincu qu'ils ne résultaient en aucune façon des battements directs ou communiqués de l'artère carotide, mais qu'ils étaient produits par des pulsations delà veine jugulaire elle-même.
Mon opinion à cet égard put s'étayer dans la suite des observa lions directes faites par M. Vulpian sur des chiens empoisonnés avec le curare (Comptes rendus de l'Institut, n° 1054. 1865, p. 154-156); puis des résultats auxquels Friedreich arrivait de son côté dans ses éludes cliniques. (Arch. f. klin. Med., I, p. 241; 1865.)
Ces mouvemenls constatés et leur siège bien établi, il restait à en trouver l'interprétation. Le moyen le plus sûr me parut être de déterminer aussi exactement que possible leurs coïncidences avec les différents temps du cœur. Je les étudiai donc sous ce rapport en combinant la palpation de la région précordiale ou son auscul-
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lotion avec l'inspection des battements cervicaux, et, de celle luron, j'arrivai au résultat que voici, Le premier des deux soulèvements brusques précède immédiatement la systole venlriculaire, tandis que le second coïncide à peu près exactement avec celle systole; le premier affaissement tombe dans le pelit silence, el le second immédiatement après le second bruit du cœur, c'est-à-dire au moment de la diastole venlriculaire; enfin, le soulèvement lent qui commence la série se place dans le milieu du grand silence, c'est-à-dire pendant le repos cardiaque.
Ce mode d'exploration permettait déjà d'établir assez clairement le rapport des battements de la jugulaire avec les mouvements du cœur, et il en résultait pour moi que les deux soulèvements observés se rapportent. aux contractions successives de l'oreillette et du ventricule, et les deux affaissements aux diastoles de ces cavités. Eu effet, il ne pouvait y avoir guère de contestation pour le second soulèvement brusque que l'on voit succéder immédiatement au eboe systolique et au premier bruit du cœur, et coïncider exactement avec le pouls des grosses artères. Quant au premier, qui, précédant celui-ci, survient avant la contraction du ventricule, il ne pouvait certainement avoir pour cause un acte auquel il est antérieur, il fallait donc l'attribuer à la systole de l'oreillette. Enfin lesdeuxaffaissementsme paraissaient se placeraux moments précis où nous savons qu'arrivent les diastoles de l'oreilletle et du ventricule ; et leur apparition, à ce moment, s'expliquait sans peine, car il est tout naturel de voir les veines s'affaisser brusquement dans l'instant où le sang qu'elles contiennent se précipite vers les cavités cardiaques, lesquelles passent tout à coup de l'état de contraction à celui de relâcbement. ■
Mais l'étude comparative des battements veineux et des mouvements du cœur, lors même que ces mouvements ont le moins de fréquence, est ebose fort délicate, en ce qu'elle exige la comparaison toujours difficile des impressions fournies par deux sens différents. Je résolus donc, pour plus de précision, d'employer les précieux moyens spbygmograpbiques que nous devons à notre confrère Marey.
L'idée d'obtenir une représentation grapbique des battements de la jugulaire n'était au reste pas nouvelle. En Allemagne, Bamberger, Geigcl, Friedreicb l'avaient déjà mise à exécution pour étu-
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«lier les battements exagérés déterminés par certaines maladies du cœur, et Kriedreich avait mémo montré que l'on peut obtenir de semblables tracés sans qu'il y ait de pouls veineux pathologique. Mais les observateurs que je viens de nommer se contentaient d'appliquer sur la ré-ion occupée parce vaisseau, le sphygmographe construit par Marey pour recueillir les battements du pouls radial. Il en résultait, en premier lieu, beaucoup de difficultés pour l'application de l'instrument; en second lieu, une complète impossibilité de déterminer ensuite avec quelque rigueur la signification des diverses parties du tracé et leurs rapports avec les différents mouvements du cœur. Or ce dernier point, étant justement celui que je cherchais à établir, je dus m'y prendre différemment.
J'employai l'annexe que Marey a ajouté à son instrument pour le transformer en cardiographe ( I ). Je recueillis les battements de la jugulaire à l'aide d un petit entonnoir de verre qui faisait office de stéthoscope et transmettait les impulsions reçues au tambour de l'instrument par un tube de caoutchouc, .l'appliquai simultanément sur la radiale le sphygmographe même auquel se transmettaient, les battements de la jugulaire. Puis je disposai les choses de façon que les deux leviers, celui de la jugulaire et celui de la radiale, écrivissent leurs tracés au même instant, sur le même papier, et l'un au-dessus de l'autre. Non-content de cela, je transportai sur la région précôrdiale mon entonnoir ou un autre instrument mieux disposé, et je recueillis ainsi les battements du cœur en même temps que ceux du pouls radial. Enfin, pour plus de certitude encore, pendant que s'écrivaient les battements du cœur, je plaçai le sphygmographe directement sur la carotide dans les cas où celle artère était facilement accessible. Il ne restait plus qu'à rapprocher tous ces tracés différents et à les superposer avec soin à l'aide d'une méthode très-précise, mais qu'il serait trop long de vous exposer ici, pour voir les coïncidences s'établir en quelque sorte d'elles-mêmes et de la façon la plus rigoureuse qui se puisse imaginer.
(1) Cet instrument a été perfectionné depuis par M. Marey; on trouvera en différents » points de cet ouvrage des tracés recueillis à l'aide du cardiographe. Nous avons décrit cet appareil à hu lu le Cardiographie du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique. Paris, 1 S < > N . (Note de l'auteur.)