‹ Etudes de médecine et d'hygiène publiqueChapitre 2 sur 48 · DIVERSES FORMES DE LA PNEUMONIE ET SUR LEUR · texte numérisé non relu

DIVERSES FORMES DE LA PNEUMONIE ET SUR LEUR

TRAITEMENT^ nc VOUS scricz-vous pas écrié avec le poëte : Quantum mutatus al ) illo !

Les transformations thérapeutiques cpui commençaient à se produire à cette époque, et quise sont accentuées surtout dans ces dernières années, sont itidéniables ; mais il me semble ptarticulièrement intéressant d'apprécier les véritables motifs pour lesquels ces transformations se sont produites.

Serait-ce parce que la médecine , comme certains frondeurs n'hésitent pas à le lui reprocher, subit elle aussi les influences et parfois même

(1) ViRCHOW. — Hambucfi der speciellen pafh . midiher. iSoS, tom. I, p. 156.

les caprices de la mode? Faut-il en accuser l'esprit de System", ou hien en chercher l'explication dans ce qu'on est convenu de désigner sous le nom vague et hanal de constitution médicale'?

La première de ces oprinions ne mérite pas qt^on s'y arrête ; pour ce qui est de la seconde, nous ne sommes plus, Dieu merci, sous le régne de l' absolutisme doctrinal , et je doute qu'on trouvât un médecin éclairé qui consentit à subir encore la tyrannie de doctrines par trop exclusives ; quant à la troisième , c'est à des considérations d'u7i ordre ptlus élevé qiiil faut demander la solution du problème.

Oui ! les différences qui existent entre la médecine actuelle et celle du com^mencement du siècle, sous le rapport du traitement des maladies, sont très -saisissantes , 2J(^ fit -être même de mauvais augure!

L'envahissement incessant de V anémie, et des nombreuses maladies qui en dérivent , devient en effet, de jour en jour, trop évident pour qu'on ne soit pas conduit à considérer la substitution du quinquina, du fer, de l'alcool, de la viande crue ou de l'hydrothérapie , à la diète et à la saignée, non ^Jft5 comme un système succédant à un autre, mais comme une conséquence logique de modifications profondes survenues, au double point de vue moral et physique, dans les conditions d'existence de notre société moderne.

Et maintenant , mon cher confrère^ en présence de cette série de sujets traités à des époques de plus en plus éloignées , vous revidez- TOUS compte de mes justes hésitations ? Vous expliquez-vous surtout pourquoi j' ai dû, me borner au choix d'un certain nomhre de mémoires j où les questions d'hygiène publique se trouvent constamment liées wux questions médicales , mémoires que j'ai pnis soin de classer par ordre de dates , parce qu'ils ont pour la plupart le grand tort d'être relatifs , tantôt à des faits qui n'existent plus, tantôt à des situations qui se sont profondément modifiées ?

Puis , il faut bien le dire , nous vivons dans un siècle où la science marche à pas de géant; la découverte du lendemain fait oublier celle de la veille, et nos travaux sont absolument dénués d'intérêt pratique, lorsqu'ils ne sont pas V expression de l'état actuel de 7ios connaissances; il n'y a, d'ailleurs, soyons-en bien convaincus, que les œuvres des véritables maîtres qui ont le droit de ne pas vieillir!

Veuillez agréer, m.on cher confrère et ami, lanouvelle assurance de mes sentiments lesp^lus distingués et les plus affectueux .

Bordeaux, le i^'' juin 1874.

Ch. LEVIEUX.

EPIDEMIE CHOLERIQUE

Deux fois, dans l'espace de vingt ans, en 1832 et en 1849, le choléra s'est manifesté épidémiquement dans le département de la Gironde, oîi il a sévi, nous devons le reconnaître, avec une intensité beaucoup moins grande que sur la plupart des autres contrées de la France.

Que ce résultat puisse être attribué à la nature du sol, à la situation géographique, aux influences météorologiques, au genre de vie des habitants, à leurs coutumes, à leur aisance presque générale, il ne faut pas moins le constater comme un fait très-important, très-heureux, et surtout susceptible de nous encourager à redoubler d'efforts pour ne pas laisser nos populations

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compromettre les bonnes conditions hygiéniques dans lesquelles elles se trouvent placées.

Disons d'abord quelques mots sur l'épidémie de 1832 :

L'irruption inattendue du choléra-morbus à Paris, vers la fin du mois de mars 1832, fit craindre qu'il ne se déclarât bientôt parmi nous. Des commissions furent nommées au sein de la Société de médecine et du Conseil de salubrité, pour rechercher les moyens , sinon de prévenir l'invasion du fléau, au moins d'en atténuer autant que possible les effets désastreux. Ces commissions appelèrent l'attention de l'autorité sur tous les quartiers qui présentaient des causes d'insalubrité, et demandèrent l'organisation immédiate d'une police sanitaire, sous la surveillance de laquelle les bâtiments publics et les habitations malsaines des pauvres subirent d'importantes modifications. Le balayage des rues, l'arrosement des places et des cours, ainsi que l'enlèvement de tous les dépôts de boues et d'immondices, s'opérèrent ponctuellement ; enfin rien n'était négligé pour l'assainissement complet de la ville, quand le 4 août 1832, par une chaleur sèche, assez élevée dans le milieu du jour, mais tempérée la nuit par une fraîcheur sensible et par le vent d'est, le choléra-morbus éclata dans la ville de Bordeaux.

Un batelier qui s'était couché dans son bateau.

exposé à l'air frais, après un repas copieux, éprouva pendant la nuit les premiers symptômes de la maladie. Le matin, de bonne heure, il se traîna avec peine à l'hôpital Saint- André, où deux salles de quarante lits chacune avaient été affectées au service des cholériques, et il y mourut dans la journée.

Les jours suivants, plusieurs personnes furent atteintes, et dans la première semaine, une vingtaine de cholériques avaient été portés, soit directement à l'hôpital Saint- André, soit dans les maisons de secours ou hôpitaux temporaires, qui avaient été pourvus des objets nécessaires pour donner les premiers soins aux cholériques. Ces malades habitaient divers quartiers ; ils n'avaient eu entre eux aucune communication ; leurs occupations, ainsi que leur manière de vivre, étaient différentes, et rien ne motivait cette fâcheuse préférence, si ce n'est l'état de misère de la plupart d'entre eux. Le nombre des. cas de choléra s'accrut ainsi de jour en jour jusqu'à la fin de la quatrième semaine , oti l'on compta à l'état civil soixante-onze déclarations; puis l'épidémie parut rester stationnaire pendant le mois de septembre, et le décroissement en fut si rapide dans le courant d'octobre, que vers la fin de ce mois il existait à peine quelques cas isolés et même douteux.

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Il est important de noter que les faubourgs furent presque seuls atteints, et que ceux de Terres-de- Bordes, de Saint-Nicolas-de-Graves , de Saint- Seurin et de Bacalan furent de beaucoup les plus maltraités. Les mêmes circonstances s' étant reproduites en 1849, je réserve pour plus tard les réflexions auxquelles ce rapprochement de faits devra donner lieu.

Je regrette de n'avoir pu me procurer le résumé, jour par jour, des observations météorologiques, mais je puis affirmer que l'état de l'atmosphère ne présenta rien de particulier pendant toute la durée de l'épidémie, que la chaleur ne fut pas excessive, et qu'on ne fut pas fatigué par les vents d'ouest, qui amènent chaque année des pluies très-abondantes à l'époque des équinoxes.

L'épidémie cholérique de 1832, dans la Gironde, a donc duré trois mois. Pendant cette période, on a compté trois cent quatre-vingt-quinze cas de choléra, sur lesquels deux cent quatre-vingt-deux décès , ce qui élèverait la mortalité presque aux trois-quarts des malades. Cette proportion est infiniment plus forte, comme on le verra tout à l'heure, que dans l'épidémie de 1849; mais ce calcul ne doit pas être exact, et tout porte à croire que s'il y a eu des erreurs sur les individus morts, il ^ en a eu bien plus encore sur ceux qui

ont guéri, car le nombre de ces derniers n'a pu être jugé qu' approximativement.

Dans les deux hôpitaux temporaires il n'y eut que onze malades; cinq dans celui des Chartrons, dont un guéri; et six dans celui de la rue Saint- Charles, dont quatre morts. Dans les salles de l'hôpital Saint-André on en a reçu quatre-vingttreize; il en est mort soixante-quatorze. A l'hospice des Vieillards, sur onze pensionnaires atteints onze sont morts; enfin, quelques cholériques, en très-petit nombre, ont été observés à Cenon-La- Bastide, àLormont, à Bassons, àEysines, à Martillacetà Caudéran. Dans le reste du département, on n'a pas noté un seul cas de cette affection.

Il résulte de ces détails que le choléra de 1832 n'a fait qu'un fort petit nombre de victimes dans la ville de Bordeaux, relativement à sa population, qui s'élevait alors à 120,203 habitants; mais cette étrange et terrible maladie y a donné un mémorable exemple de ses inexplicables caprices.

Le fléau semblait avoir cessé; déjà les craintes étaient dissipées, lorsque tout-à-coup, le 19 décembre de la même année, il reparut pour tomber comme la foudre sm^ le dépôt de mendicité, où, en douze jours, sur cent quatre pauvres atteints, soixante-deux furent enlevés. Ce furent ses dernières victimes, et il disparut aussi subitement qu'il était revenu.

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Peu de temps après, c'est-à-dire dans les premiers jours de janvier 1833, la grippe se manifesta et sévit épidémiquement, pendant près de trois mois consécutifs , sur toute la population de Bordeaux et des environs. Meurtrière chez les vieillards, elle fut beaucoup moins terrible chez les adultes ; mais elle frappait indistinctement tout le monde, et se présentait comme complication sérieuse dans la plupart des maladies.

Depuis cette époque, la grippe reparaît presque tous les ans, vers la fin de l'automne ou au commencement de l'hiver; quant au choléra, on en observe, chaque été, plusieurs cas isolés ou s])oradiques , ordinairement moins graves qu'en temps d'épidémie, mais dont quelques-uns cependant sont très-rapidement suivis de mort.

J'arrive au principal objet de ce travail : l'épidémie cholérique de 1849.

Dès le commencement du printemps, on put remarquer la gravité que prenaient presque toutes les maladies, mais surtout la fréquence des affections du tube digestif, qui, sous l'influence des premières chaleurs, furent accompagnées de complications insolites et surtout d'une prostration complète des forces. Jusque-là, cependant, on n'avait reconnu dans ces affections que de simples embarras gastriques ou des cholérines plus ou moins rebelles; mais les médecins veillaient atten-

tivement, car ils avaient tout lieu de craindre que cette maladie, qui sévissait sur presque toute la population, ne fût le funeste avant-coureur d'une affection plus redoutable qui régnait déjà dans d'autres contrées.

Ces craintes, du reste, étaient d'autant mieux fondées que, dans les premiers jours du mois de mai, on avait porté à l'hôpital Saint- André deux jeunes marins atteints du choléra. Le premier de ces jeunes gens, ayant échappé aux graves accidents de la période algide, était mort d'une fièvre typhoïde, après vingt-un jours de maladie; le second n'avait survécu que peu de jours à l'invasion du choléra.

Toutes précautions avaient été prises pour ne pas éveiller prématurément l'alarme parmi nos concitoyens; mais le 15 juin, c'est-à-dire un mois et demi après, deux hommes, jeunes aussi, l'un porteur d'eau, l'autre vacher, habitant, au bord du marais des Chartrons, la même maison, la même chambre et partageant le même lit, avaient été pris, à quelques heures d'intervalle, des vomissements et de la diarrhée caractéristiques. Portés tous deux à l'hôpital, ils y moururent la nuit suivante, offrant tous les symptômes de la période asphyxiq'ue.

Dès ce moment, rien ne fut négligé pour empêcher l'épidémie d'envahir le département

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tout entier; des conseils furent donnés aux populations par la voie de tous les journaux; enfin, il ne se passa pas un jour sans que quelque établissement insalubre ne fût visité, et sans que des mesures urgentes ne fussent réclamées en faveur des faubourgs les plus pauvres et les plus malsains de notre ville.

De son côté, la municipalité, sous l'inspiration d'une commission spéciale, prenait les précautions nécessaires pour enrayer les progrès du mal; c'est ainsi qu'un arrêté de M. le Maire prescrivait le balayage journalier des rues, des places et des marchés, l'enlèvement quotidien des immondices, le blanchissage à la chaux vive de tous les établissements publics et des habitations malsaines, le lavage à grande eau de toutes les bouches d'égout, l'inspection fréquente des lieux publics, cafés, hôtels garnis, auberges, etc., etc., de manière à s'assurer que la propreté la plus grande y était constamment maintenue.

On dut songer, en outre, aux premiers soins à donner aux cholériques , et dans ce but , les huit bureaux de charité de la ville furent transformés en ambulances ou maisons de secours. Un personnel médical, composé de tous les médecins, officiers de santé ou pharmaciens de l'arrondissement, y fut attaché; les heures de service furent réglées, et chaque maison fut munie des médica-

ments les plus urgents, en même temps que de matelas, brancards, chaises à porteurs pour la translation des malades dans les hôpitaux et hospices, oii des salles spéciales étaient exclusivement réservées aux cholériques.

Mais déjà les rues les plus voisines du marais des Chartrons comptaient plusieurs cholériques, et chaque jour de nouveaux cas étaient observés, soit à l'hôpital Saint- André, soit dans la clientèle civile et sur divers points de Bordeaux. Cependant, la progression était encore assez lente et l'épidémie n'acquit un véritable et sérieux développement que lorsque, sautant brusquement du nord au sud de la ville , elle vint s'abattre sur le quartier Saint-Nicolas, sur le Saujon et un peu plus tard sur l'asile des aliénées , qui se trouve placé précisément au point de jonction des quartiers Sainte-Croix et Saint-Nicolas.

Cette épidémie, au moins pour la ville de Bordeaux, doit être partagée en deux périodes parfaitement distinctes , dont il est indispensable de fixer les limites, car cette division se retrouvera sans cesse dans les études numériques auxquelles je vais être obligé de me livrer pour arriver à une appréciation exacte de la mortalité cholérique.

La première période est de trois mois et demi. Elle commence le 15 juin et finit le P"* octobre.

La deuxième, plus courte, commence le l^^ novembre et finit le 10 décembre suivant.

Jetons d'abord un coup-d'œil sur les hôpitaux et hospices de la ville.

Ils sont au nombre de huit :

L'hôpital Saint- André,

L'hôpital militaire.

L'hôpital Saint-Jean,

L'hospice des incurables,

L'hospice des vieillards,

L'hospice de la maternité ,

L'hospice des enfants-trouvés,

L'asile des aliénées.

Les hospices de la maternité , des incurables, des vieillards et l'hôpital Saint-Jean ont été complètement exempts du fléau.

Hôpital militaire.

Dix-neuf cas de choléra se sont manifestés du P'" juillet au P'' septembre dans la garnison de Bordeaux, dont l'effectif était alors de 2,300 hommes (officiers et soldats) ; dix ont guéri , neuf sont morts.

Il n'y a pas eu, comme en ville, deux périodes de développement; tout était fini au V septembre; mais, en même temps que le choléra, il existait dans la garnison une double épidémie de

dyssenterie et de fièvre typhoïde qui a fait un nombre assez considérable de victimes.

Hospice des Enfants-Trouvés.

Sur une population de quatre cents individus, employés compris, il y a eu seulement onze cas de choléra, qui, tous, se sont déclarés dans la première période de l'épidémie; il y en a eu neuf chez les filles et deux chez les garçons ; on compta trois décès, deux sur les filles, un sur les garçons. Dans ce dernier cas, l'attaque fut foudroyante, le malade mourut en quatre heures.

Asile des Aliénées.

Cet établissement renferme trois cent dix-huit malades ou pensionnaires et quarante-huit soeurs, employés ou domestiques : en tout, trois cent soixante-six personnes ; cent trente-quatre, dont une sœur et une domestique, ont été atteintes du choléra à des degrés différents; soixante-treize ont succombé.

L'invasion a eu heu le 19 juihet, et l'épidémie a duré jusqu'au 20 août. Aucun cas nouveau ne s' étant déclaré du 27 au 31 juillet, on put espérer un instant que le mal allait s'arrêter; mais, à partir du V août, il sévit avec une intensité tellement

croissante que dans la journée du 6 il y eut dix décès : puis, il diminua graduellement jusqu'au 20 août, date de sa complète disparition.

C'est dans le quartier des femmes agitées et gâteuses que l'épidémie a fait le plus de victimes; les mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles vivent forcément ces malheureuses suffisent pour expliquer cette circonstance.

En raison de l'état mental de ces pauvres malades, il a été presque impossible de savoir dans combien de cas le choléra a débuté sans prodromes et dans combien il a été précédé d'accidents plus ou moins caractéristiques. Le traitement même n'a pu être parfaitement régulier; cependant, sur les guérisons obtenues, onze malades étaient arrivées à un degré déjà assez avancé de la période algide.

Hôpital Saint- André.

Les cholériques de l'hôpital Saint- André doivent naturellement, comme ceux de la ville, se rapporter à deux périodes :

Dans la première, du 15 juin au V octobre, il y a eu cent trente-deux malades atteints du choléra; quatre-vingt-trois sont morts, dont trente-cinq femmes et quarante-huit hommes, et quarante-neuf ont guéri : dix-sept femmes et trente-deux hommes.

Dans la deuxième période, du P"" novembre au 10 décembre, le nombre des cholériques ne s'est élevé qu'à trente : dix femmes, dont huit mortes et deux guéries ; vingt hommes , sur lesquels sept guérisons et treize décès.

Ces faits constituent pour l'hôpital Saint- André pendant toute la durée de l'épidémie, une somme totale de cent soixante-deux cholériques, qui se distribuent, quant à l'âge, au sexe et à la mortalité, de la manière suivante :

NOMBRE

de

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