‹ Etudes de médecine et d'hygiène publiqueChapitre 22 sur 48 · EAU DE PUITS DE GUJAN · texte numérisé non relu

EAU DE PUITS DE GUJAN

Gaz acide carbonique j ,., , . i,,

^ \ quantité indéter.

Air atmosphérique )

Carbonate de chaux 0,152

Sulfate de chaux 0,078

— de magnésie 0,035

Chlorure de sodium 0,127

— de calcium 0,020

Silice et oxyde de fer 0,018

Matière organique végétale 0,032

Iode des traces

Que l'on compare cette analyse avec celle de

l'eau des puits de La Ruade, qui n'est séparée des rizières que par le grand communal de Gujan, et il sera démontré, de la manière la plus claire, que la proportion beaucoup plus considérable de matières organiques végétales qu'elle contient, provient de son mélange, par voie d'infiltration, aA^ec l'eau des rizières. Ce mélange est facile à comprendre, car le déversement de cette eau s'opère du sud au nord, pour arriver dans le bassin d'Arcachon , en traversant le sol de la lande et les villages dont il est question.

Quant à l'azotate de potasse, qui n'existe jamais dans l'eau des landes, sa présence est due évidemment à des infiltrations animalisées qu'occasionnent les engrais, le guano surtout, dont on recouvre le sol à l'époque des semailles, et qui viennent altérer la composition de la nappe d'eau souterraine par laquelle ces puits sont alimentés.

De cette façon, tout s'explique : les fièvres qui sévissent sur l'homme, ainsi que la grande mortalité des brebis.

Je sais que les épizooties qui déciment l'espèce ovine ne sont pas chose rare dans les landes, et que presque chaque année le charbon, la clavelée, la gastro-intérite, les maladies de poitrine, la cachexie aqueuse en particulier, y exercent

sur les troupeaux les plus terribles ravages; mais ce fait vient précisément à l'appui de ce que je tiens à démontrer. Ces affections, en effet , naissent toutes de la même cause, et ne se remarquent ordinairement que dans les localités où les troupeaux trouvent une alimentation aqueuse et oii ils s'abreuvent d'eaux stagnantes. Jusqu'à présent, dans la Gironde, les bords de] la Leyre, les environs de Lacanau et le Bas-Médoc ont été plus spécialement le théâtre de ces grandes et désastreuses épizooties; aujourd'hui, c'est dans le communal de Gujan qu'elles se manifestent de préférence, et déjà, par rapport aux années précédentes , la mortalité y a pris des proportions effrayantes. Certainement je ne dirai pas, avec les habitants de cette contrée, que leurs troupeaux sont empoisonnés par l'eau des rizières; mais je n'hésite pas à croire, et je ne crains pas d'affirmer, que les irrigations mal comprises, les rigoles engorgées, les écoulements mal assurés, enfin les débordements et les infiltrations qui en résultent , sont devenus la cause directe de la destruction du bétail, par la transformation du communal de Gujan en un marécage, d'où s'exhalent, surtout en été, les émanations les plus délétères.

Combien serait-il donc désirable de pouvoir établir un parallèle entre deux entreprises rizicoles :

l'une conduite avec autant d'intelligence que de soin; l'autre, au contraire, manquant de surveillance et dépourvue d'une bonne administration ?

Ici, malUeureusement, ce mode d'appréciation différentielle nous fait complètement défaut. Si nos rizières bénéficient de tous les avantages qui sont inhérents à la localité, elles ont toutes les mêmes vices d'installation : irrégularité des niveaux, insuffisance des voies d'écoulement, mauvais entretien des crastes, des chemins et des fossés de ceinture; mais, comme il résulte d'études faites par des hommes d'une haute compétence, qu'on a toujours vu se modifier les conséquences de la culture du riz d'après le mode d'exploitation mis en usage, je crois avoir le droit d'en conclure que ce n'est pas réellement à cette culture qu'il faut attribuer les maladies des hommes et la mort des animaux. Presque toujours il faut en accuser l'incurie des propriétaires, mais dans la circonstance actuelle, il faut surtout s'en prendre à la coupable négligence de la Compagnie agricole, qui n'a tenu aucun compte des avis qui lui ont été donnés par le Conseil d'hygiène, ni des conditions au prix desquelles d'importantes concessions lui ont été faites.

A part quelques exceptions, les fièvres ont à peu près disparu des communes d'Audenge, de

Biganos, de Laiiton, et la mortalité du bétail a considérablement diminué dans ces localités depuis que de grands travaux de dessèchement ont été entrepris , que les marais salants de M. Boissières ont été améliorés, qu'une partie de la Leyre a été encaissée, et qtie de nombreuses tranchées ont été faites pour l'écoulement des eaux stagnantes.

Les conditions hygiéniques des rizières étant identiquement les mêmes que celles des communes dont je viens de parler, il est absolument indispensable :

De mettre fin aux débordements, aux infiltrations, aux mares et aux flaques bourbeuses qui résultent de cette culture ;

D'entretenir constamment en bon état les voies destinées à conduire les eaux directement et rapidement à leurs réservoirs définitifs : la Leyre et le bassin d' Arcachon ;

De profiter enfin des avantages exceptionnels qu'offrent, dans nos landes, la pureté et l'abondance des eaux, la facilité de leur renouvellement, la nature sablonneuse du sol, l'imperméabilité d'un sous-sol aliotique, toutes choses si favorables à l'innocuité de cette entreprise!

Alors seulement on aura sauvegardé tous les intérêts : ceux de la santé publique, en même t:emps que ceux des propriétaires et de la Com-

pagnie, qui sont essentiellement liés à la prospérité agricole et commerciale du pays.

L'Administration doit donc se hâter d'intervenir, car il y a urgence ; et jamais, peut-être, occasion plus favorable ne lui sera offerte.

La Compagnie agricole est en instance pour obtenir l'autorisation d'étendre la culture du riz sur toute la partie irrigable de ses domaines, soit sur deux mille cinq cents hectares environ, et voudrait, à cet effet, élever de soixante centimètres le niveau réglementaire des étangs de Cazaux, de Biscarosse et de Parantis, afin d'augmenter le volume d'eau nécessaire à ses irrigations. Cette demande a soulevé, dans le département des Landes, les plus vives oppositions de la part des communes et des propriétaires riverains des étangs. Comme ces oppositions étaient fondées sur l'insalubrité qui résulterait de l'inondation et du dessèchement alternatifs de marais aujourd'hui complètement assainis, elles ont été prises en sérieuse considération, et M. l'Ingénieur en chef du service hydraulique a émis l'avis qu'il n'y avait pas lieu d'accorder une semblable autorisation ; mais, d'autre part, il a fait connaître qu'en approfondissant de cinquante-six centimètres le premier bief du canal d'Arcachon, sur lequel s'embranche le canal des prises d'eau pour Firrigation des rizières, on pourrait se procurer à peu

près le même Yoliime d'eau que par l'exhaussement du niveau réglementaire des étangs , et il a conclu à ce que cet approfondissement fût accordé.

Je ne sais quelles sont , à cet égard , les intentions de l'Administration supérieure ; mais , dans le cas où, considérant ajuste titre la culture du riz comme une source de prospérité agricole et industrielle pour le département de la Gironde, elle désirerait en favoriser l'extension à toute la partie irrigable de la plaine de Cazaux, elle ne doit pas laisser échapper cette occasion d'imposerà la Compagnie des conditions telles, que les rizières ne puissent plus être et ne puissent plus devenir, pour le pays, une cause incessante d'insalubrité.

Peut-être ne m'appartient-il pas, en l'absence de toute mission officielle, de formuler ici ces conditions, et de chercher le remède au mal que je signale ; mais , comme des propositions générales ont été déjà émises par le Conseil d'hygiène sur cette intéressante question, et qu'il est résulté de leur oubli des conséquences funestes, je croirais manquer à un devoir si je ne venais donner à ces propositions l'extension que les circonstances réclament, et leur prêter l'appui qu'elles méritent.

En conséquence, je demande :

1° Que les propriétaires intéressés à l'industrie

rizicole soient assujétis au renouvellement continu des eaux d'irrigation, et qu'il leur soit imposé, à titre d'obligation formelle, de n'étendre leur culture qu'après s'être assurés, par des nivellements bien pris , de l'évacuation facile et rapide de ces eaux;

2° Qu'il soit rigoureusement prescrit de récurer fréquemment les crastes , canaux , rigoles et fossés de ceinture, et de les maintenir, ainsi que le chemin de la lande , en parfait entretien , afin qu'il ne puisse jamais y avoir ni stagnation ni dépôt ;

3° Que la création d'une seconde craste ou grand fossé d'écoulement parallèle à la craste Baneyre soit mise immédiatement à l'étude, et qu'il soit examiné si cette création ne serait pas un bon moyen d'assainir le communal de Gujan et d'empêcher les infiltrations qui altèrent l'eau des puits voisins;

4° Que recommandation expresse soit faite aux habitants des villages qui avoisinent les rizières, de ne jamais boire l'eau de leurs puits qu'après l'avoir fait passer dans un filtre au charbon, et de n'envoyer leurs troupeaux dans le communal que lorsqu'il aura été complètement assaini ;

5° Que la question du classement et des distances, déjà traitée par le Conseil d'hygiène de la

Gironde, soit de nouveau l'objet d'un sérieux examen;

6° Que pour les rizières, comme pour les marais salants et les marais à sangsues, l'intervention de MM. les Ingénieurs du service hydraulique soit rendue obligatoire ;

7° Que cette industrie soit soumise à une surveillance sévère ayant pour but d'assurer la stricte exécution des règlements prescrits.

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