HYGIÈNE PRIVÉE
Il suffit de jeter un coup d'oeil sur ce qui s'est passé dans les précédentes épidémies, pour être bien convaincu qu'il n'y a aucune position sociale qui mette à l'abri des atteintes du choléra, et que ce terrible fléau frappe indistinctement le riche comme le pauvre; cependant, on peut établir d'une manière générale, sous forme d'instruction devant servir aux uns comme aux autres , que les excès de tout genre prédisposent au choléra; et comme les classes peu riches, particulièrement celles des campagnes, sont moins à portée d'avoir les avertissements nécessaires, c'est à
elles plus spécialement que la Commission croit devoir adresser les conseils suivants :
Il est très important de se prémunir contre cette pensée qu'en temps d'épidémie il est indispensable de changer de régime alimentaire : le régime dont on se trouve bien en temps ordinaire est en général le meilleur; il serait même plus nuisible qu'utile d'y opérer de trop grandes modifications.
Pour ce qui est des substances alimentaires, nous croyons pouvoir recommander l'usage des viandes rôties ou grillées et des poissons frais, de préférence aux charcuteries de toute espèce, aux viandes et aux poissons salés, aux coquillages et particulièrement aux moules vulgairement appelées charrons.
Les légumes de la saison bien cuits sont loin d'être nuisibles ; cependant, il est bon d'en user avec plus de modération qu'en temps ordinaire.
On peut en dire autant des fruits mûrs. Quant à ceux qui n'ont pas atteint leur complète maturité ou qui sont altérés , ils occasionnent , à toutes les époques, des accidents morbides très graves; c'est dire qu'en temps d'épidémie, il faut s'en abstenir.
Sous le rapport de la boisson, la population de notre département est une des plus favorisées à cause de l'usage du vin. Cependant, si dans
514 • PROPHYLAXIE DU CHÔLÉkA
quelques contrées on avait la coutume de boire de l'eau , il serait essentiel de prendre cette eau à des sources vives plutôt que dans les puits voisins des ha,bitations , de la filtrer dans le cas où il pourrait y avoir du doute sur sa bonne qualité, enfin, d'y ajouter une très-petite quantité soit de rhmn, soit d'eau-de-vie, ou bien de remplacer ce mélange par une légère infusion de thé ou de café.
On ne saurait d'ailleurs trop insister sur les déplorables effets qui résultent de l'abus des liqueurs et des boissons alcooliques ; on peut même assurer sans crainte que , de tous les excès , les plus nuisibles sont évidemment l'intempérance et l'ivrognerie.
L'usage de la glace et celui des boissons trop abondantes, surtout quand elles sont très froides, comptent aussi dans le nombre des causes principales qui prédisposent au choléra : il ne serait donc pas sans danger de persévérer dans ces habitudes.
Il faut également se prémunir avec grand soin contre les brusques changements de température , et se soustraire le plus possible à l'influence de l'humidité. A cet effet, il sera convenable de se vêtir avec plus de précaution qu'en temps ordinaire, et c'est à juste titre qu'on a prescrit l'usage des gilets et des ceintures de flanelle.
On ne saurait trop recommander aux hommes de peine, aux marins et aux paysans, de ne pas s'exposer, quand ils transpirent, aux courants d'air; de ne pas se coucher sur une pierre froide ou de ne pas dormir sur la terre humide ; de ne jamais boire de l'eau froide; de ne pas se découvrir après le travail; et, quand il pleut, de ne pas sortir sans sabots. Cette chaussure économique préserve à la fois du froid et de l'humidité.
Enfin, ce serait une omission grave de ne pas prévenir des dangers auxquels elles s'exposent les personnes qui, par habitude ou par système, prennent de fréquentes purgations. Ces médicaments, toujours plus ou moins nuisibles quand ils sont administrés d'une manière inintelligente, peuvent occasionner, en temps d'épidémie cholérique, des accidents très promptement mortels.
Malgré toutes ces précautions , il arrivera que quelques personnes seront atteintes de dérangements d' entraînes parfois assez violents; ces dérangements , ordinairement passagers , ne sont pas le choléra , et on ne doit pas en concevoir de trop vives inquiétudes ; mais il est bon de les éviter, car toutes les grandes émotions, et surtout la peur de la maladie , sont elles-mêmes des causes qui en favorisent le développement. Il est donc important de soigner ces diarrhées dès leur appa-
rition, et trop de négligence à cet égard pourrait avoir de funestes conséquences.
Bien qu'il n'entre pas dans notre mission d'indiquer ici le traitement du choléra, il nous paraît indispensable de compléter la partie hygiénique de ce travail, en faisant connaître les premiers moyens à mettre en usage contre des indispositions qui pourraient dégénérer en choléra véritable, si elles n'étaient immédiatement réprimées.
Dès l'apparition des premiers symptômes : faihlesse générale, diarrhée, vomissements, il faut cesser ses travaux ou ses affaires, se mettre au régime le plus simple possible, diminuer la quantité de ses aliments, et même s'imposer, s'il y a lieu, une diète sévère.
Si le mal persiste, il sera bien de se coucher dans un lit chaud; d'avoir recours à quelques infusions chaudes de plantes aromatiques, telles que le thé, la sauge, la menthe, la camomille ou la mélisse ; d'appliquer des cataplasmes sinapisés aux extrémités inférieures; d'entretenir la chaleur, soit à l'aide de briques chauffées, soit avec des bouteilles d'eau chaude; d'entourer la poitrine et le ventre de serviettes chaudes ; de frictionner les membres avec une flanelle sèche ou imbibée d'une hqueur excitante, tehe que de l'eau-de-vie camphrée par exemple; mais ces diverses près-
criptioiis, plutôt hygiéniques que médicamenteuses, ne devront être employées qu'en attendant l'arrivée du médecin qu'on aura fait appeler dès l'origine de la maladie, et qui, seul, peut prescrire les moyens propres à enrayer les progrès du mal.
Pour compléter ce chapitre sur la prophylaxie du choléra, nous croyons devoir rappeler que le principe contagieux réside, à n'en pas douter, dans les évacuations cholériques, et que par conséquent il est de la plus haute importance d'éviter la dissémination de ce principe, et de chercher à le détruire par des agents chimiques. On vante un grand nombre de ces agents, mais nous croyons devoir recommander de préférence le chlorure de chaux ou le chlorure d'alumine. M. Blanc, médecin de l'armée anglaise de l'Inde, qui a fait du choléra une étude longue, patiente et approfondie, dans les contrées ou cette affreuse maladie prend naissance, considère le chlorure d'alumine comme l'agent le plus propre à neutraliser ou à détruire le poison cholérique, et propose de l'employer en solution pour le lavage des linges, des vases, des lieux d'aisances, et de le mettre en évaporation dans les chambres des malades.
S'il n'y a rien à ajouter à cet ensemble de conseils, il reste au moins à le vulgariser, et dans ce
but, il serait important que des extraits de ce travail fussent insérés , en temps opportun , dans tous les journaux du département , et surtout dans cette feuille spéciale aux habitants des campagnes qui s'affiche le dimanche à la porte des mairies et des églises.
Occupons-nous maintenant de l'organisation des secours :
Dans les grands centres de population, tels que les villes de Bordeaux, Libourne, Lesparre, Blaye, La Réole, Bazas, il y aurait à s'entendre, dès l'apparition du choléra, avec les administrations municipales et avec celle des hospices, pour la création d'ambulances, et même d'hôpitaux temporaires, dans le cas oîi ceux qui existent deviendraient insuffisants.
Nous avons été officieusement informés que les grandes salles de Pellegrin sont déjà disposées pour recevoir des cholériques, et qu'on a l'intention formelle de ne traiter aucun de ces malades dans l'hôpital Saint-André : nous ne saurions trop féliciter l'administration des hospices de cette mesure qui aura certainement les plus heureuses conséquences, non-seulement sur l'hôpital luimême, en diminuant de beaucoup le nombre des cas intérieurs, mais encore sur l'ensemble de notre population. On trouve la confirmation de ce fait dans l'immunité presque absolue dont
jouit la ville de Copenhague en 1866, immunité qui fut attribuée par le directeur de la santé de cette ville, le d'' Schleisner , à l'installation immédiate , dans un hôpital situé hors des faubourgs, de quelques individus qui les premiers avaient été atteints du choléra, soit dans la rade, soit dans la ville elle-même. Il faut bien le dire cependant , cette excellente mesure ne serait pas absolument efficace si l'isolement ne s'étendait aux cholérines ainsi qu'aux diarrhées suspectes, et si des salles d'attente ne leur étaient réservées à l'hôpital Saint- André comme à Pellegrin.
Quant aux ambulances, elles sont naturellement représentées à Bordeaux par les neuf maisons de secours ; mais, pour éviter tout encombrement, elles dcATont être multipliées dans le cas ou l'épidémie viendrait à sévir avec intensité. Alors il faudra faire choix de locaux bien aérés, convenablement disposés et dans lesquels on devra trouver, en quantité suffisante, tout ce qui est nécessaire tant pour donner les premiers soins aux cholériques que pour les diriger vers l'hôpital spécial ou vers leurs demeures.
Lors des précédentes épidémies, plusieurs médecins se plaignirent de la difficulté qu'il y avait à faire transporter les cholériques à l'hôpital Saint- André où ils n'arrivaient que lorsque la maladie
était déjà très-avancée; les médecins paraissaient généralement désirer que, pom' obvier à ces lenteurs, un service spécial de voitures fût organisé dans le point central des quartiers où régnerait l'épidémie : cette mesure nous semblerait d'autant plus essentielle aujourd'hui , qu'il s'agirait de transporter les malades jusqu'à Pellegrin.
Peut-être aussi serait-il convenable d'appeler l'attention des maires sur la nécessité d'avoir, dans chaque commune, des fonds destinés à fournir, en cas d'épidémie, à la partie la plus nécessiteuse de la population , ces secours particuliers et d'intérieur qui ne suppléent pas sans doute à l'action des remèdes, mais saris lesquels la médication la mieux entendue est toujours impuissante.
Il doit arriver également que des familles indigentes, qui ne sont pas inscrites dans les bureaux de charité, se privent d'administrer à propos les remèdes prescrits par le médecin, faute de pouvoir faire face aux dépenses nécessaires : ne serait-il pas urgent qu'une mesure générale assurât gratuitement, dans toutes les pharmacies, la livraison-de ces remèdes, sur une demande adressée par le médecin traitant ?
Enfin, ne faudrait-il pas, dès la première apparition du choléra et dans la triste prévision d'une mortalité qui pourrait devenir considérable, orga-
niser un service d'inhumation plus complet que celui qui existe ?
Ici s'arrête notre mission exclusivement préventive : espérons, Messieurs, qu'elle conservera toujours ce caractère, et que notre travail ne sera, dans les mains de l'Administration, qu'une lettre morte dont elle n'aura jamais à faire usage; mais nous sommes habitués à tant d'irrégularité dans la marche du fléau indien et à tant d'incertitude dans ses allures, que nous manquerions à notre devoir, vis à vis de nos concitoyens et de l'Administration qui nous honore de sa confiance, si nous ne cherchions à les tenir en garde contre la brusque apparition de l'épidémie et contre la rigueur possible de ses atteintes.
Septembre 1873.
DE
Réponse à M. le d' Armaingaud (')
Le mémoire de M. le d'' Armaingaud , sur la nécessité de réformer nos institutions d'hygiène publique, est une œuvre à la fois trop sérieuse et trop utile pour que le silence puisse se faire autour d'elle. Cependant, Messieurs, si je prends aujourd'hui la parole pour répondre à notre honorable collègue, c'est bien moins dans le but de faire prévaloir des opinions qui, en réalité, s'éloignent peu des siennes, que pour témoigner de l'impor-
(1) Société de Médecine et de Chirurgie de Bordeaux.
tance que j'attache à des questions qui s'imposent obligatoirement dans les conditions d'existence de notre société moderne.
Il faut remonter au commencement du siècle pour trouver, relativement à l'hygiène publique, une véritable création administrative. C'est en 1802, dans le mois de juillet ( 18 messidor an X), que le conseiller d'État, comte Dubois, préfet de pohce, institua à Paris un Conseil de salubrité se composant de MM. Parmentier, Dupuytren, Deyeux, Huzard père, Leroux, Cadet-Gassicour et Thouret.
Pendant les premières années, ce Conseil ne s'occupa que de questions générales d'hygiène, telles que : prisons, maisons de détention, voiries, cimetières, remèdes secrets, eaux minérales, boissons falsifiées, subsistances, épidémies, épizooties, rage, champignons vénéneux, topographie médicale du département de la Seine ; mais, à partir de l'année 1811, les travaux du Conseil durent prendre une plus grande extension, par suite de la promulgation d'un décret qu'il avait certainement provoqué, et qui, en assignant à toutes les industries un classement particulier, imposait à chacune d'elles des obligations spéciales. Je veux parler du décret du 15 octobre 1810.
Ce n'est que vingt-neuf ans après , à la révo-
iution de 1830, que fut suivi dans quelques départements, et dans le nôtre en particulier, l'exemple de la capitale.
Par un arrêté en date du 9 août 1831, M. le comte de Preissac, préfet de la Gironde, instituait à Bordeaux un Conseil de salubrité, composé de dix-sept médecins et de quatre pharmaciens. Ce Conseil, qui devait émettre un avis ^ur tous les projets d'établissements insalubres ou incommodes , avait aussi pour mission de traiter , soit spontanément , soit sur la demande de l'Administration, toutes les questions qui pouvaient intéresser la santé publique. Puis . pfir un arrêté du 13 avril 1844, M. le baron Sers réduisait à dix les membres titulaires (huit médecins et deux pharmaciens) ; nommait cinq adjoints, et désignait, comme membres de droit : le médecin des épidémies, l'ingénieur en chef des mines , le professeur de chimie à la Faculté des sciences, le professeur d'hygiène à l'École préparatoire de médecine et de pharmacie, enfin le médecin vétérinaire employé au traitement des épizooties.
Les travaux de ce Conseil n'ont pas été considérables ; on n'entendait généralement dans chacune de ses rares réunions que des rapports sur des établissements industriels ; cependant, on trouve dans les deux volumes qu'il a pubhês, de-
5i?y DE NOS INSTITUTIONS
puis 1831, époque de sa création, jusqu'en 1849, quelques mémoires d'une certaine importance : sur la pellagre des landes, sur les marais de Blanquefort et de Bruges, sur la police sanitaire des filles publiques, etc.
Vous remarquerez. Messieurs, que jusqu'alors toutes ces institutions appartenaient exclusivement à l'initiative des préfets et qu'elles devaient par conséquent mériter le reproche d'incohérence et d'irresponsabilité.
Aujourd'hui, il n'en est plus de même :
Par décret du 18 décembre 1848, le général Cavaignac, sur le rapport de M. Thouret, ministre de l'agriculture et des travaux publics, le Conseil d'État entendu , institua des Conseils d'hygiène publique et de salubrité dans chaque arrondissement et, de plus, au chef-lieu, un Conseil central ayant pour mission de donner des avis :
1° Sur toutes les questions d'hygiène publique qui pourraient lui être soumises ou sur lesquelles il jugerait nécessaire d'appeler l'attention du préfet ;
2° Sur les questions relatives à plusieurs arrondissements ou intéressant le département tout entier ;
3° Sur les travaux des Conseils d'arrondissement, qu'il serait chargé de centraliser ou de coordonner.
Ces Conseils furent composés de médecins, de pharmaciens ou chimistes, de vétérinaires, d'ingénieurs, d'agriculteurs ou d'industriels, dont le choix avait été laissé à la nomination du Préfet, mais auxquels devaient s'adjoindre de droit : le médecin des épidémies, l'ingénieur en chef des mines, l'ingénieur en chef des ponts et chaussées , l'intendant militaire , plus , les chefs de division de la préfecture dans les attributions desquels se trouvent la salubrité, la voirie et les hôpitaux.
M. le d'" Armaingaud préférerait que les médecins qui font partie de ces Conseils fussent élus l)ar leurs confrères de chaque arrondissement ; il serait possible en effet que de cette façon les choix fussent plus éclairés, mais ces membres, qui sont d'ailleurs en minorité relative, n'y gagneraient peut-être pas une grande autorité, et les Conseils y perdraient l'homogénéité de leur origine.
La présidence du Préfet, et par suite l'obligation dans laquelle on se trouve de l'informer des réunions en lui adressant l'ordre du jour de chaque séance, serait-elle un obstacle à la spontanéité des Conseils d'hygiène et à leur liberté d'action?
Non-seulement je n'ai pas de motifs de le croire, mais encore j'ai pu remarquer que les préfets
saisissent presque toujours les occasions de s'appuyer sur des questions de salubrité publique, pour aider à l'accomplissement de certains projets dont l'exécution présente des difficultés ; et je dois même ajouter que, sous le rapport des résultats obtenus, les séances présidées par ces hauts fonctionnaires sont bien plus fructueuses que les autres.
Quant au droit d'initiative, il est affirmé de la façon la plus précise et la plus nette par une instruction ministérielle de laquelle j'extrais le passage suivant :
« C'est pour ne pas s'être suffisamment rendu « compte du but élevé de l'institution des Con- « seils d'hygiène, que dans certains arrondisse sements ces Conseils se sont crus privés de « l'initiative nécessaire à l'efficacité de leur ac- « tion. Placés près de l'Administration pour ré- « pondre à son appel et pour l'éclairer de leurs « avis, ils ne sauraient se dispenser, tout en « restant dans la limite de leurs attributions , « de recueillir spontanément tous les renseigne- « ments qui intéressent l'hygiène des localités « de chaque circonscription , et de signaler à « l'autorité les mesures d'assainissement ainsi « que les améliorations qui peuvent leur paraî- « tre utiles. Il n'est pas douteux que l'Admi- « nistration ne s'empresse de les réahser toutes
« les fois qu'il lui sera possible de le faire (1). » Il est malheureusement hors de doute que la plupart des Conseils d'hygiène ne fonctionnent que d'une manière très incomplète. Ce fait regrettable est démontré par le nombre restreint des départements avec lesquels a lieu l'échange de nos actes , échange qui , s'il se généralisait , pourrait constituer un si riche et si utile recueil ! Mais est-ce l'institution qu'il faut accuser ? Non, Messieurs, c'est le laisser-aller de certains préfets qui ne provoquent des réunions que très rarement et qui ne les président jamais ; c'est la parcimonie de la plupart des Conseils généraux qui n'allouent que des sommes absolument insuffisantes ; c'est enfin le peu d'empressement des membres eux-mêmes à s'occuper des affaires qui leur incombent.
Les Comités d'hygiène, il faut se le persuader, sont absolument comme les sociétés savantes ;
(I) Quelques jours après la lecture de ce travail, je recevais de M. le Préfet de la Gironde une circulaire dans laquelle se trouvait le paragraphe ci-après : « J'ajoute que sur toutes les questions « d'hygiène le droit d'initiative des Conseils est complet ; l'Ad- « ministration sera toujours empressée à profiter des renseignent ments et des études que ces Conseils lui soumettront.
« Signé : J. DE LA Bouillerie, « Ministre de V Agricidture et du Commerce.
« Versailles, 2 juillet 1873. »
leur importance se mesure à leur activité ; et vous le savez aussi bien que moi, on n'a jamais que la valeur qu'on se donne par le travail ou par les services rendus.
Si le Conseil de salubrité de la Gironde a une certaine notoriété, il la doit exclusivement à ce qu'il a beaucoup travaillé, à ce qu'il a publié quatorze volumes et qu'il a touché à presque toutes les questions d'hygiène publique, industrielle ou sociale.
Il en est résulté que, dans la nouvelle nomenclature des classements industriels, on compte un assez bon nombre de rectifications dues à notre initiative ; que le décret relatif à la vente du pétrole est la reproduction littérale de nos propositions ; que l'Administration des hospices ne tente pas la moindre modification économique dans le régime de ses établissements hospitaliers sans demander notre avis ; que notre Conseil est représenté par deux de ses membres au sein de la Commission sanitaire de la Gironde ; que pas une affaire importante, quand la santé publique peut y être mêlée de près ou de loin, n'est soulevée par l'Administration municipale sans que celle-ci ne nous consulte. Hier, c'était sur un mode particulier d'inhumation; aujourd'hui, c'est sur la translation probable du lycée à la caserne des Fossés; enfin, il n'est pas jusqu'aux grandes
questions d'économie politique et sociale qui ne , nous incombent, car nous venons de recevoir un long questionnaire relatif à l'enquête parlementaire sur les conditions du travail en France, questionnaire dans lequel sont successivement étudiées la situation matérielle, économique, intellectuelle et morale de l'ouvrier, la question du travail, celle des salaires, celle des rapports enti^e les ouvriers et les patrons.
Est-il possible, je le demande, de toucher à des sujets à la fois plus sérieux et plus palpitants d'actualité ?
Notre honorable collègue, M. Armaingaud, a la bonté de m' attribuer une certaine influence sur l'accomplissement de cette mission d'utilité pubhque ; en le remerciant de son appréciation bienveillante, je dois à la vérité de déclarer que notre œuvre est purement collective et qu'elle se perpétue par le concours dévoué de chacun de nous.
Peut-être ai-je dû lutter quelquefois contre certains découragements qui résultaient de la trop fréquente inexécution des conditions imposées ou de l'apparent oubli de nos propositions ; mais je suis heureux de pouvoir dire que, dans ces circonstances, j'ai fait appel à l'affectueuse vSympathie de mes collègues, et que j'ai dû souvent à leur amitié, des sacrifices de temps et de veilles
que je n'aurais pas osé leur demander comme un surcroît de dette à la chose publique.
Si maintenant, à l'organisation des Conseils d'hygiène qui embrasse la France entière, nous ajoutons l'institution des médecins des épidémies, celle des Commissions d'inspection des pharmacies, drogueries, herboristeries et magasins d'épiceries ; celle toute récente des Commissions sanitaires ; celle plus ancienne , mais exclusivement municipale, des Commissions des logements insalubres ; celle d'un inspecteur général des services sanitaires, qui a plus spécialement pour mission de traiter les questions internationales ; celle enfin du Comité consultatif d'hygiène de France qui centralise tous les autres, sera-t-il absolument ATai de dire que nos institutions d'hygiène publique et administrative ne sont en rapport ni avec Vètat avancé de la médecine préventive, ni avec les exigences croissantes de la civilisation moderne, et que, sous ce rapport, comme
sous TANT d'autres, NOUS NOUS SOMMES LAISSÉ DEVANCER PAR LES NATIONS VOISINES?
Il est admis, je le sais, depuis nos récents désastres, qu'on ne peut plus écrire une ligne, ni prononcer un discours sur une question quelconque de science, d'industrie, d'économie pohtique ou sociale, sans reproduire cette phrase qui semble avoir été stéréotypée : « que nous sommes
constamment , et en toutes choses , devancés par les nations voisines. » Permettez-moi, Messieurs, de ne pas m' associer à une formule sous laquelle se cache un reste d'enthousiasme germanique mal dissimulé. Je me demande d'ailleurs dans quelles sciences les nations étrangères nous devancent de si loin? Est-ce en médecine, par exemple ; et leur clinique est-elle donc très-supérieure à la nôtre? Quand on a eu le bonheur d'être l'élève des Andral, des Chaumel, des Rostan, des Louis^ des Cruveilhier, des Bouillaud, quand on a vu ces grands maîtres au lit du malade, je ne crois pas qu'on puisse rien envier à aucune autre nation; je ne sais même pas si nous n'aurions pas mieux fait de garder la couleur locale et de conserver les traditions simples, sérieuses, scientifiques, autant qu'humanitaires, de ces professeurs illustres.
Il est vrai qu'au sortir de leur salle d'hôpital, ils n'allaient pas s'enfermer dans un cabinet d'alchimiste, au milieu de réactifs de toutes sortes, de thermomètres de tous genres, de tracés sphygmographiques de toutes formes, de microscopes de tous les grossissements ; mais le malade n'était pas pour eux un sujet d'expérience, et leur thérapeutique, généralement sobre et raisonnée, n'avait rien qui tînt de la polypharmacie et de l'empirisme.
Je ne voudrais cependant pas laisser croire que je refuse toute valeur aux moyens d'observation mis entre nos mains par la médecine moderne ; ce que je désapprouve* ce que je regrette, c'est l'abus de leur application et la généralisation systématique de leur emploi.
Revenons maintenant à notre sujet, et recherchons les améliorations qui pourraient être introduites dans l'organisation actuelle de l'hygiène publique en France.
Comme complément de cette organisation, MM. Michel Lévy et Littré ont fait une proposition, qui a été reproduite par notre collègue, et à laquelle je m'associe sans réserve : la création d'un ministère de l'hygiène et de la salubrité publiques. Ah! ce ne sera pas moi qui m'effraierai de cette concentration des pouvoirs , moi qui suis pénétré de la pensée que la décentralisation administrative mène directement à l'irresponsabilité!
D'après M. le d'" Armaingaud, ce qui manque le plus à notre société française c'est V esprit scientifique. Je ne partage pas complètement cette opinion. Non, ce n'est pas le défaut d'esprit scientifique qui donne à la plupart de nos institutions un certain degré d'inefficacité et qui les empêche de produire les résultats qu'on serait en droit d'en attendre ; c'est qu'en France, aujour-
cl'hui plus que jamais, il y a deux qualités essentielles à toute société et dont nous sommes absolument dépourvus : le sentiment du devoir et le respect de la loi.
Les agriculteurs comme les industriels savent parfaitement faire appel à la science; ils savent aussi l'écouter quand elle "sert leurs projets ou qu'elle favorise pour eux un bénéfice actuel; mais ils cessent de lui obéir quand elle contrarie leurs habitudes, ou qu'elle fait passer l'intérêt général avant de vulgaires intérêts du moment ; et ne croyez pas, Messieurs, que cette appréciation soit celle d'un esprit inquiet ou fantaisiste ; les faits de ce genre abondent ; il ne me paraît même pas inutile de vous en citer quelques-uns :
Tous les ans, dans les environs de Saint- Andréde--Cubzac, il se manifeste des épidémies de fièvres intermittentes ou de fièvres typhoïdes, quelquefois d'angines couenneuses. La cause n'en est pas difiicile à découvrir, car chaque année , aux mêmes époques, il y a une étendue considérable de terrains inondés par un ruisseau qui traverse plusieurs communes, et qu'on appelle le Moron.
Or, les véritables, je devrais dire les seuls obstacles à l'assainissement, non-seulement du bassin du Moron, mais de bien d'autres localités dans
des conditions analogues, se trouvent dans Tinintelligence, l'inertie ou le mauvais vouloir des propriétaires intéressés. Il s'agit pourtant de leur santé et de leurs revenus annuels , qui sont de plus en plus compromis par la stagnation des eaux !
Les avertissements du Conseil d'hygiène ne leur ont pas manqué ; les ingénieurs du service hydraulique ont dressé des projets de dessèchement et n'ont rien négligé pour tâcher de réunir ces propriétaires en Syndicat; l'Administration, de son côté, les y a encouragés ; l'Etat lui-même était disposé à leur accorder de larges subventions ; efforts inutiles ! Ils aiment mieux avoir la fièvre et se contenter d'une modique récolte de bauge, sans bourse délier, que de contribuer à l'amélioration de la santé publique et d'obtenir, au prix d'un sacrifice actuel, de riches moissons dans quelques années.
C'est sous l'influence de semblables considérations que les éleveurs de sangsues, qui se sont presque tous ruinés, ont retardé de plus de quinze ans , malgré notre intervention persévérante , l'œuvre du dessèchement dans la Gironde.
Il y a bien légalement un moyen de coercition, car la loi du 16 septembre 1807 renferme les dispositions suivantes :
« Art. 35. — Tous les travaux de salubrité qui intéressent
les villes et les communes seront ordonnés par le Gouvernement, et les dépenses supportées par les communes intéressées.
« Art. 36. — Tout ce qui est relatif aux travaux de salubrité sera réglé par l'administration publique; elleaura égard, lors de la rédaction du rôle de la contribution spéciale destinée à faire face à ce genre de travaux, aux avantages immédiats qu'acquerraient telles ou telles propriétés privées pour les faire contribuer à la décharge de la commune dans les proportions variées et justifiées par les circonstances. »
Le difficile est d'arriver à l'exécution : on peut admettre qu'une commune accomplisse des travaux de cette nature, lorsqu'il s'agit de faire disparaître quelque cause d'insalubrité sur un point déterminé; mais quand c'est le territoire entier d'une ou de plusieurs communes qui a besoin d'être assaini, et que tous ou presque tous les habitants sont, comme dans le cas actuel, hostiles aux projets de dessèchement, il n'y a évidemment aucune possibilité d'aboutir.
L'Etat seul, si la loi lui en conférait le droit, aurait le moyen et le pouvoir nécessaires pour exécuter d'office de semblables travaux, soit à ses frais, soit aux frais des intéressés ; mais ne pensez-vous pas avec moi, et surtout avec mes honorables collègues du Conseil d'hygiène, MM. Malaure, inspecteur général, et Allard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, qui, tant de fois parmi nous , ont traité cette intéressante ques-
tien, que ce serait entrer dans une voie dangereuse et ouvrir la porte à bien des abus que de confier au pouvoir central la mission de faire le bien des gens malgré leur refus formel de s'y associer.
Si nous passons maintenant à l'industrie urbaine , nous verrons aussi la science venir sans cesse à son secours, soit pour améliorer ses procédés, soit pour lui obtenir des classements moins désavantageux, toujours pour s'efforcer de comprendre dans une égale protection l'industrie et la santé publique. Eh bien ! que font les industriels pour reconnaître cette sollicitude ?
Ils s'empressent de ne suivre aucun des conseils qui leur sont donnés, ou ils s'écartent à un tel degré et d'une manière si constante des conditions de leur autorisation , que notre cher et regretté collègue M. Clemenceau s'écriait, dans une de nos séances, avec cette voix incisive et cette forme imagée qui témoignaient de la profondeur de ses convictions : « Messieurs, il faut nous arrêter dans la voie fâcheuse où nous sommes ; nous organisons la peste ! »
C'est qu'en effet, il s'agit tantôt d'un laveur de laine qui altère les eaux d'une jalle, parce qu'il est impossible d'obtenir de lui que les premiers lavages soient exécutés dans des bailles disposées ad hoc ; tantôt, d'une usine qui
infecte tous les puits du voisinage, jparce qu'elle ne déverse pas ses eaux avec les précautions indiquées; tantôt, d'un industriel auquel on accorde de traiter des urines à vases clos et qui expose des matières fécales en plein soleil , dans un large bassin , situé à quelques mètres d'une maison de plaisance !
La conduite à tenir en pareil cas est toute tracée : il n'y a qu'à proposer d'urgence la fermeture de ces établissements insalubres pour cause d'infractions aux conditions imposées. C'est ce que fit le Conseil d'hygiène pour cette dernière fabrique de produits ammoniacaux, et je dois dire que, sur son avis, l'usine ne tarda pas à être fermée par arrêté préfectoral. Mais l'industriel se pourvut en Conseil d'Etat ; le Conseil des arts et manufactures fut consulté; on alambica sur nos conclusions ainsi que sur la teneur de l'arrêté, et quand l'affaire eut passé par l'interminable filière du formalisme administratif, on finit par donner gain de cause à l'industriel contre le préfet, qui n'avait qu'un droit suspensif, et même peu s'en fallut que des indemnités ne fussent réclamées devant les tribunaux compétents.
Ah ! Messieurs, qu'il est difficile de faire le bien, et ne serait-ce pas une étrange illusion de croire qu'il suffirait de réformer quelques-unes de nos institutions pour arriver, en matière d'hy-
giène publique, à des résultats sérieux et véritablement pratiques ?
En administration, rien n'est isolé, tout est connexe, et pour obtenir ces solutions nettes, radicales, rapides, qu'exigerait la protection de la santé publique, il faudrait, ce qu'à Dieu ne plaise ! parce que le mieux est souvent l'ennemi du bien, toucher à l'ensemble d'une législation qui fait l'admiration du monde entier et que nous aimons à considérer à juste titre comme le palladium de nos droits et de nos libertés.
J'ai dit pourtant quelque part :
« Il n'y a pas de pays mieux administré que la « France, sur le papier ; il n'y en a pas de plus « mal en réalité. »
Je n'hésite pas à maintenir cette assertion, mais comme elle pourrait paraître un peu sévère, je tiens à exposer les motifs sur lesquels je la fonde : Le premier, c'est que le personnel dans lequel se recrute l'Administration française manque absolument d'une instruction spéciale ; le second, c'est qu'il n'est pas de pays où il y ait plus de fonctions gratuites ; le troisième, c'est que, la politique planant toujours plus ou moins sur les actes administratifs, l'indépendance et l'esprit de suite font presque constamment défaut ; le quatrième, c'est que personne n'accomplit rigoureusement son devoir.
Les Anglais, qu'on aime à citer sans jamais chercher à les imiter, et qui sont, il faut l'avouer, bien autrement pratiques que nous, ont aussi des maires qu'ils nomment comme nous à l'élection, pour sauvegarder le principe libéral ; mais la mission de ces magistrats est presque exclusivement représentative. Le véritable administrateur de la cité reçoit à Londres plus de 100,000 fr. et à Glascow pas moins de 125,000 ; c'est ce qu'on appelé le town clerk (clerc de la ville), pour lequel l'administration est une véritable profession qui a exigé de lui des études particulières et à laquelle il se consacre d'une manière exclusive.
Notre honorable collègue, dans son intéressant travail, cite les principales dispositions d'un projet de loi proposé au Parlement anglais, relativement à l'organisation du service sanitaire. Ce projet peut constituer une amélioration sur l'état actuel des choses, mais d'ores et déjà, en Angleterre, chaque comté possède son comité de santé nommé par ceux qui paient la taxe ; et il paraît même qu'à chaque comité sont attachés un ou plusieurs médecins chargés de l'inspection de tout ce qui a rapport à l'hygiène pubhque, sans en excepter l'intérieur des maisons.
Ces fonctionnaires, car ce sont de véritables fonctionnaires, qu'on retrouve aussi bien dans les petites localités que dans les grandes villes.
adressent leurs rapports aux comités sur les mesures qu'ils recommandent ; les comités les discutent ; ils ne peuvent prendre de décision qu'avec le concours du town clerk de chaque cheMieu, mais leurs décisions sont obligatoires.
Les fonds nécessaires à cet important service sont perçus au moyen d'une taxe proportionnelle sur les loyers de chaque habitant, hors ceux des pauvres auxquels les médecins du.comité doivent kurs soins gratuitement, -^i-rp'?^ è??^'
On m'a affirmé qu'à Liverpool les appointements du médecin inspecteur de la salubrité sont de 50,000 fr. et que ;dans cette même ville, en temps d'épidémie, la -taxe, spéciale, connue sous le nom ûHmpot de la santé ^ s'est élevée jusqu'à 5 pour 100 du prix du loyer.
Les comités de santé en Angleterre sont évidemment les Conseils d'hygiène de France; mais ce qui nous manque, ce sont les agents sanitaires pour provoquer les mesures ; ce sont les inspecteurs pour les faire exécuter ; ce sont surtout des , fonctionnaires suffisamment rétribués pour ^mr^ voir consacrer leur existence à ces importants services.
Il y a dix ans au moins que nous avons demandé un inspecteur de la salubrité publique pour le département de la Gironde; c'est en 1871 seulement que le Conseil général l'a accordé, mais
D'HYŒENE PUBLIQUE ET DE SALUBRITE 545
comme il n'a alloué pour ces pénibles et difficiles fonctions que la minime somme de 2,000 fr., on n'a encore trouvé personne à qui on ait pu les confier.
Vous le voyez, Messieurs, je suis de ceux qui croient à l'utilité des inspections ; je les considère, en effet , comme pouvant rendre d'incontestal^les services, et je ne crains pas d'affirmer que celle dont j'ai l'honneur d'être chargé depuis douze ans, n'a cessé d'avoir la plus salutaire influence sur l'exercice de la pharmacie dans le département de la Gironde, grâce à la bienveillante fermeté de mes deux collègues.
Il ne faudrait pas se figurer cependant que l'inspection soit le nec plus ultra de la protection. En pharmacie, par exemple, nous constatons la qualité des produits , mais comme la préparation échappe à notre surveillance, nous ne saurions empêcher que, dans le laudanum de Sydenham, le vin d'Espagne ne soit remplacé par le vin blanc ordinaire; que, dans le cérat, l'huile décolorée ne soit substituée à l'huile d'amandes douces ; que, dans le looch blanc du Codex, le sirop d'orgeat ne prenne la place du lait d'amandes, etc.
Que pourrait d'ailleurs l'inspection, même la plus vigilante, contre cette avalanche de spécialités qui , en réduisant la profession pharmaceutique à l'état d'exploitation industrielle, en
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abaissent de jour en jour le niveau.' scientifique et moral? ■:' .5'à>io bnooog ob yovoiqijr^
Puisque les Allenaarids' sontn td^e^^èmis-^motre
■ point' de mire, cherchons donc à les imiter dans ce qu'ils font de véritablement ipra^ti^iu.©;,. et que, chez «nous jcomme ch^z- eux'^ lesrmalaéeé, i ftuj m&m de leur propre sécurité et de notre dignité personnelle, ne puissent désormais se présenter' dans une officine qu'avec l'expression détaillée de nos combinaisons thérapeutiques, et sur-tout avec l'indication précise des doses. ri<%fô'> J'fv- Des prescriptions ainsiifaites témoigneront de connaissances en matière médicale éontfJes! médecins se dispensent trop volontiers ; et pour exécuter ces prescriptions, le pharmacien, cessant d'être un simple marchand de drogues, sera dans l'obligation de revenir au laboratoire qu'il n'aurait jamais dû quitter. Mais, pour arriver à ce résultat, nous ne devons compter que sur nous-mêmes, car avec la tendance des esprits,
:et dans l'état actuel des choses, quelques lois qu'on édicté, quelques mesures qu'on prenne y; il ne faut pas espérer pouvoir se soustraire d'une manière absolue à cette triste formule de notre époque : gagner le plus possible ^ dans le moins y de temps possible, avec le moins de peine pos-
•A un-àiiti-e poiiit de Vue, la gratuité des fonc-
tions, l'insuffisance des traitements, sont pour les employés de second ordre, les principales causes de nos mécomptes administratifs.
Et si maintenant nous jetons un coup d'oeil sur nos premières autorités, sur celles qui centralisent en leurs mains l'administration tout entière, que voyons-nous ?
Des préfets qui , malgré la regrettable et constante obligation de faire marcher de front l'administration et la politique , étudient des affaires en détail, combinent des plans d'ensemble, conçoivent des projets d'une haute importance pour le département qu'ils administrent, et sont emportés , au moment de les mettre à exécution , par un changement de gouvernement ou de ministère ;
Des maires qui, malgré leur inexpérience administrative, sont obhgés de partager leur temps entre leurs affaires personnelles et celles de la commune.
Est-ce le pouvoir qui les nomme ? Ils ne tardent pas à se transformer en agents politiques, et seraient tentés de rééditer la célèbre parole : l'État, c'est moi !
Est-ce le suffrage universel qui les désigne? Leur indépendance court de grands risques ! Je me souviens que, me trouvant un jour en présence d'une grosse question de salubrité publique
qui- touchait aux plus graves intérêts et qui restait sans solution depuis longtemps, malgré de nombreux rapports, malgré des démarches personnelles auprès de l'administration préfectorale, je me rendis chez le maire de la commune intéressée, avec le. rapport du Conseil d'une main et une lettre très-pressante du Préfet, de l'autre. L'accueil fut aussi cordial que possible^ mais quand j'insistai auprès de cet honorable magistrat pour la solution immédiate de l'affaire en question..., « Après les élections, mon cher Président, me répondit-il, après les élections ! ! »
Beaucoup sont moins sincères, je devrais dire moins naïfs, presque tous pensent de même, et ce n'est pas sans quelque raison.
Un des administrateurs de la ville de Bordeaux qui ont mis le plus de soin et de persévérance dans l'étude des grandes questions d'hygiène et de salubrité, est certainement notre, ancien collègue M. Fauré, de regrettable mémoire. Pendant les quelques années qu'il remplit les fonctions d'adjoint du maire, il s'occupa, avec beaucoup de zèle, de tout ce qui concerne l'alimentation publique : taxe du pain, marchés de première main, vente à la criée, abattoirs, viande de boucherie, charcuterie, ladrerie, etc., etc.; et toutes ces questions furent de sa part l'objet d'arrêtés successifs qui portèrent une perturbation plus ou moins pro-
fonde dans un assez grand nombre d'industries. Or, ce cher collègue était trop bienveillant pour s'être fait des ennemis ; mais, comme tous les hommes qui prennent à cœur de réformer des abus, il avait fait beaucoup de mécontents et ceux-ci n'ont pas hésité à le lui faire comprendre quand est venue l'heure du scrutin : il fallait trente-deux conseillers, son nom sortit de l'urne le trente-sixième ; ce fut là sa récompense !
Par ce temps de suffrage universel, il peut être très habile de ménager tout le monde, mais ce n'est pas ainsi qu'on prend, en temps opportun, les mesures nécessaires à la protection de la santé publique, et qu'on arrive à faire de l'administration sérieusement efficace.
Dans les grandes cités, on choisit généralement pour maires des hommes dont l'intelligence et l'activité peuvent, jusqu'à un certain point, suppléer à des connaissances spéciales qu'ils finissent par acquérir à la longue, quand on leur en laisse, le temps ; mais, dans les villes de second et de troisième ordre, dans les communes rurales, il n'en est malheureusement pas ainsi. Là comme ailleurs, plus qu'ailleurs peut-être, surgissent, à tout instant, des questions d'hygiène et de salubrité publiques de la plus haute importance : les marais, les flaques d'eau, les dépôts d'immondices, les cimetières, les fossés et les ruisseaux.
dont le curage exige des études d'ensemble qui seraient bien mieux faites si elles passaient des mains des municipalités dans celles des préfets. Tout cela, notez-le bien, Messieurs, est soumis à des règlements spéciaux; or, la plupart des maires ne se doutent pas de l'existence de ces règlements ; sans compter qu'ils se trouvent incessamment aux prises avec des intérêts particuliers qui apportent non seulement des lenteurs, mais des obstacles de tout genre à l'accomplissement des mesures les plus urgentes. Ce sera une flaque d'eau bourbeuse et fétide qui se perpétuera indéfiniment dans le sein d'un village, parce qu'elle est sur la propriété d'un des meilleurs clients de M. le maire, qui est le notaire de l'endroit ; un immense dépôt d'immondices qui donnera la fièvre à tous les habitants d'une commune par ses émanations putrides, et pour lequel on s'est dispensé de l'enquête exigée par la loi ; ce seront d'innombrables fumiers déposés devant toutes les maisons d'une commune, devant celle du maire lui-même, et qui deviendront la cause d'une épidémie de fièvres graves ; ce seront enfin des lavoirs infects dont l'exploitation sera tolérée sans autorisation préalçible , comme on a pu le constater dans une des plus charmantes communes de l'arrondissement de Bordeaux, où les fièvres intermittentes sont endémiques.
;Le croiriez- VOUS ? j'ai compté dans cette commune près de trois cents lavoirs, et voici en deux motsilesi conditions de leur installation : un tiers sito des cours d'eau peu importants ; un tiers sur des- prises ! : d' eau ou des retenues qui ne tardent pas'àK devenir de véritables mares bourbeuses; UW' tiers dans des propriétés privées. Les lavoirs formant, ce^ dernier tiei*s consistent exclusivement enideux! grandes. bailles installées près: d'un puits^ndaas&B© .ouosavonne le linge, dans l'autr©'Onfie rince, et les deux bailles sont^ trois ou (quatre fois par semaine, déversées sur le sol qui, p.alrcela même, se: trouve transformé en un marais defêàlfpire espèce.
Grâc6à:'ii©\aiombr@ux l'apportSy grâce/ à la vigilante sollicitude d'un nouveau maire^ qui vint en aide au Conseil pour réparer les coupables négli-^ gences des administrations antérieures, ce triste^ état de choses s'est quelque peu . amélioré ; et cependantyi rpoujfj assainir la coiitréel,* i il faudrait encore supprimer au rûoins les deux tiers de cesi industries, c'est-à-dire priver brusquement' de leur unique ressource un très grand nombre de familles pour lesquelles le blanchissage du linge est une sorte de spécialité. Or,: quel est le préfet qui n'hésiterait pas 'à:: ratifier une mesure aussi radicale ? Tant il est vrai •qu'on setrouve souvent en présence de certainesi'Bktrakes par lesquelles
on est forcément arrêté ! Mais dans les cas auxquels je faisais allusion tout à l'heure, il est hors de doute qu'avec plus d'indépendance, moins d'incurie et d'incapacité, les populations eussent été préservées de dangers dont toute la responsabilité doit retomber sur les maires qui ne savent pas comprendre Fimportanee de km? misr
sion. ; ' r :^:'.
Puisque je passe en revue les différentes circonstances qui contribuent à donner à notre administration française un caractère peu pratij que, je ne dois pas omettre, quelque difficile que puisse être ce sujet, de signaler une espèce d'omnipotence qu'on rencontre dans le service des Cultes comme dans celui: de la Guerre, et qui ne nous permettrait pas , quelle que fût notre organisation sanitaire , d'intervenir directement dans les affaires qui concernent ces deux ministères.
Nous apprîmes, il y a quelques années, qu'un€! épidémie de fièvre typhoïde sévissait dans un orphelinat de Bordeaux; le Conseil en informa l'autorité, qui s'en émut. On s'adressa sans doute à qui de droit , mais le silence se fit autour de cette question, et la cause du mal resta ignorée.
Une de nos maisons pénitentiaires fut signalée à l'Administration préfectorale comme étant décimée par la phthisie pulmonaire, et la délicate mis-
sion d'en rechercher la cause nous fut confiée ^ Il me serait impossible de vous dire ce que nous éprouyâmes de difficultés et d'embarras de tout genre pour arriver' à l'étiologie malheureusement trop complexe de cette endémie tuberculeuse ; mais ce que je peux vous affirmer, c'est que pendant de longues années les efforts de l'Administration restèrent absolument impuissants contre ce triste état de choses, qui durerait encore sans doute si l'établissement n'eût pas été supprimé.
Plus tard, une maladie épidémique se déclare au Parc-Bordelais sur les chevaux de la garnison, le nom de morve est prononcé ; les habitants du voisinage s'inquiètent; des pétitions sont adressées à M. le Préfet , qui croit devoir s'abstenir. Le Conseil d'hygiène, prenant alors l'initiative, appelle sur ces faits la sérieuse attention de l'autorité; on le remercie de sa sollicitude, on lui annonce que des vétérinaires eiivejîés de Paris par le' ministre de la guerre onit déclaré qu'il ne s'agissait paèi.deîc^o^®^ jj maisi! .d'une sorte d'état anémique provenant du surmenage des animaux pendant la guerre ; on le tient gracieusement au courant de tout ce qui se passe jusqu'à la fin de l'épidémie ; seulement on a l'air d'oublier qu'à côté de cette infirmerie militaire il y a toute une population qui en reçoit les émanations, et que
cette population dépend de F administrations idéf;-/ partementale. ] ardiv
Oserai-je parler ici d'une affaire bien autre-^nient grave et dont la solution est sans doute encore pendante? Plusieurs d'entre vous saveufe certainement ce que m'a occasionné de déboires et d'ennuis le rapport sur les maraisj é§t Belleville. Lorsque le Conseil d'hygiène s'occupâe de cette question, il prit soin de la réduire aux? proportions d'un dessèchement à opérer dansv un pur intérêt de salubrité pubhque; plus tardy: on en fit une affaire de caserne, et c'est; yops qu'à juste titre une parti^ du Conseil municipal s'éleva avec force contre une telle propositioni^s mais ce projet a été repris ; des inspecteurs mèf;» litaires sont venus visiter les lieux; des rap-f; ports ont été faits ; le Conseil d'hygiène,; qui aurait pu donner à cet égard de précieux renseirïgnements, a été mis complètement à l'écart ; et l'on est à la veille de placer une caserne au milieu d'un marais, moins fangeux peut-être qu'à l'époque dont je parlais tout à l'heure, mais très, incomplètement assaini, et à quelques mètres seù* '; lement d'un vaste cimetière dont les conditions hygiéniques sont déplorables.
Tout cela est certainement très-regrettable, mais je me demande si des modifications même profondes dans notre organisation sanitaire se-
raient suffisantes pour mettre un terme à de tels abus, et s'il ne faudrait jjas un remaniement complet de notre système administratif, remaniement qu'il n'est pas possible d'espérer avec les tendances décentralisatrices de notre époque.
En Angleterre, avons-nous dit, les décisions des comités sanitaires sont toujours obligatoires , et c'est ce que notre collègue appelle de tous ses vœux pour nos conseils d'hygiène : je n'hésiterais pas à m' associer à ce désir, si je n'étais bien convaincu que le mot obligatoire n'a pas la même signification en France qu'en Angleterre, et si je n'étais persuadé qu'avant d'être traduites en actes utiles , nos propositions rencontreraient néanmoins une foule d'atermoiements et de délais.
En voici un exemple. Y a-t-il une question plus grave et plus digne d'intérêt, au double point de vue de l'hygiène et de l'approvisionnement des villes, que les boucheries foraines?
Le Conseil de salubrité a, depuis longtemps, proposé une série de mesures pour qu'on ne put faire entrer aux barrières et livrer à la consommation que des viandes parfaitement saines. Ces mesures ont toutes été inexécutées ou déjouées; et nous avons acquis la certitude que les communes Umitrophes de Bordeaux envoient chaque jour sur nos marchés des viandes avariées et
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malsaines qui sont vendues pour des viandes de première qualité.
Une nouvelle étude de la question s'imposait donc à nous, puisque les uns nient le danger des viandes provenant d'animaux tuberculeux, tandis que d'autres l'affirment, et qu'enfin la lumière n'est pas faite sur ce point.
Nous avons visité tous les abattoirs particuliers des environs, nous avons acquis la preuve qu'il s'y commettait les fraudes les plus compromettantes pour la santé publique , et nous avons été fatalement conduits, pour faire quelque chose d'utile, à demander que tous les animaux destinés à notre alimentation fussent tués à l'abattoir général. De cette façon, la population bordelaise pourrait s'approvisionner dans nos marchés en toute sécurité, puisque les viandes subiraient l'examen d'un inspecteur spécial.
Mais qu'arrivera-t-il? De cette inspection découleront le classement des viandes en trois catégories et celui des bouchers en trois classes , avec le retour à la taxe pour chaque catégorie comme corollaire indispensable : voilà comment une question d'hygiène publique va se trouver immédiatement hée à une question d'économie sociale, et peut-être même à une question politique!
Alors les partisans, aujourd'hui si nombreux et
si ardents de la liberté commerciale, ne manqueront pas d'intervenir ; ils traiteront l'affaire au point de vue du droit commun, et s'ils l'emportent, la population recommencera à manger des viandes avariées, en dépit des efforts tentés par les hygiénistes pour l'en préserver.
Personne plus que moi, je le répète, ne désirerait imprimer à nos décisions un caractère obligatoire, mais que d'obstacles j'entrevois à la réalisation de ce vœu, ne fût-ce que l'éternelle question des voies et moyens ! C'est ainsi que la, France passe pour être riche, elle vient d'en donner une grande preuve ; que les impôts de tout genre sont considérables ; et que, presque partout cependant, les finances municipales sont obérées ! Il ne m'appartient pas d'en rechercher la cause , mais il faut pourtant bien considérer cette circonstance comme atténuante, surtout quand il est raisonnablement impossible d'invoquer un autre motif pour expliquer l'inaction de certaines administrations en présence d'avertissements réitérés et de conseils donnés au nom de l'intérêt général,
A qui, par exemple, viendrait la pensée d'accuser notre municipalité d'indolence ou d'incurie, -lorsque c'est elle qui, par une lettre adressée à M. le Préfet le 29 août 1871, priait ce magistrat d'inviter le Conseil d'hygiène à lui prêter son
concours pour la recherche des causes d'insalubrité qui peuvent exister dans la ville de Bordeaux ?
Le 15 octobre de la même année, nous remettions un rapport dans lequel étaient étudiées avec détails les questions d'hygiène publique qui peuvent intéresser notre cité ; et j'ai le regret de dire, bien que depuis lors dix-huit mois se soient écoulés, qu'il n'y a pas une seule de nos conclusions qui ait obtenu un résultat quelconque.
A l'Abattoir, les conduits souterrains destinés à emporter directement dans l'égout le plus voisin toutes les eaux provenant du lavage des tueries et des triperies, sont encore à établir, et les eaux, ainsi que les résidus infects, s'écoulent toujours à ciel ouvert.
Les pavés des allées n'ont pas été remplacés par l'asphalte, et le sang, ainsi que les déjections des animaux abattus, séjourne encore dans les interstices.
Les suifs et les dégras, qu'il est expressément interdit de conserver pendant plus de vingt-quatre heures, continuent à s'accumuler dans les triperies, et c'est là que la fonte se fait partiellement, lorsqu'elle ne devrait avoir lieu que dans la fonderie générale établie à l'Abattoir, conformément à l'art. 4 de l'ordonnance du 14 mai
1828. Ofj tout le monde sait que ces fontes isolées apportent l'infection dans le voisinage et jusque dans l'hospice des Vieillards.
La question du cimetière n'a pas fait un pas ; le terrain sur lequel il devra être transporté est encore à trouver, et peu s'en est fallu qu'on n'aggravât la situation actuelle, déjà presque intolérable, en multipliant le nombre des inhumations dans un même espace, par le système des casiersfosses, mode d'inhumation qui a été repoussé par le Conseil d'hygiène comme essentiellement compromettant pour la santé publique.
Les cours d'eau qui traversent Bordeaux sont toujours dans les mêmes conditions d'insalubrité; rien n'a été entrepris pour le dessèchement des marais situés dans l'intérieur de notre ville, ni pour l'assèchement des caves du quartier Saint- André, qui, depuis la construction du grand collecteur du Peugue et de la Devèze, sont continuellement inondées ; enfin, tout est encore à faire pour le bourg de La Bastide, que nous avons considéré, à juste titre, comme un véritable foyer d'infection et qui n'a même pas été l'objet des études indispensables à son assainissement.
Que conclure de tout cela, si ce n'est que les meilleures intentions viennent trop souvent se briser contre un quid ignotum qui échappe à une -appréciation d'ensemble, mais qu'on rencontre
SOUS tous les régimes, et qu'on pourrait ne pas voir disparaître avec de nouvelles institutions, à moins que les Conseils d'hygiène, ce qu'aucun de nous n'oserait espérer, ne fussent, au nom de la santé publique, armés d'un pouvoir discrétionnaire absolu et dotés d'un budget illimité.
Vous vous tromperiez étrangement, Messieurs, si vous pensiez que j'aie pu avoir la ridicule prétention de formuler ici un projet d'organisation sanitaire. En prenant aujourd'hui la parole au sein de la Société, sur une question que je remercie mon honorable ami le d'' Armaingaud d'avoir soulevée, mon seul but était de mettre en lumière les obstacles sans nombre que trouvent les Conseils de salubrité dans l'accomplissement de leur difficile mission.
Je comprends et j'oserais presque dire que je partage les impatiences de notre jeune confrère, parce qu'il s'agit d'un intérêt de première nécessité ; mais ce n'est pas facile besogne que d'apporter des modifications radicales dans l'administration d'un pays, car, pour éviter un écueil, on risque de tomber dans un autre.
Les considérations qui précèdent me semblent pouvoir être résumées de la manière suivante :
I. — Depuis le commencement du siècle jusqu'à nos jours, les institutions d'hygiène publi-
que, trop longtemps négligées, ont acquis un grand développement dont les diverses phases, il faut le reconnaître et s'en féliciter, ont coïncidé avec les transformations libérales qui se sont produites dans notre société moderne.
II. — Par la création, sur toute l'étendue de notre territoire, des Conseils d'hygiène, des Médecins des épidémies, des Commissions sanitaires, des Commissions des logements insalubres, des Commissions d'inspection des pharmacies, drogueries, herboristeries et magasins d'épiceries, avec le complément d'un Inspecteur général des services sanitaires et du Comité consultatif d'hygiène de France, on a constitué un ensemble parfaitement homogène et très-susceptible de rendre des services aux populations, surtout s'il était complété par la création d'un ministère spécial.
III. — Le meilleur moyen d'augmenter l'importance des Conseils d'hygiène n'est pas d'agrandir le cercle de leurs attributions, elles sont aussi étendues que possible; c'est d'insister auprès des Préfets pour qu'ils président plus souvent les séances, et pour qu'ils obtiennent de leurs Conseils généraux des allocations dignes du but essentiellement humanitaire qu'if s'agit d'al^teindre.
IV. — Ce qui fait défaut dans nos institutions d'hygiène publique, c'est moins l'initiative que le contrôle : aussi la nomination d'inspecteurs dé-
partementaiix ayant le droit de verbaliser, et suffisamment rémunérés pour pouvoir consacrer tout leur temps à ces importantes fonctions, serait-elle d'une urgence incontestable.
V. — Il faut faire des vœux pour que nous arrivions à une époque oii nos administrateurs, n'ayant plus à s'occuper de questions politiques, pourront consacrer leur intelligence et leur dévouement à étudier les besoins des populations, et où ils cesseront de se trouver dans des conditions d'instabilité qui ne leur permettent presque jamais d'acquérir une expérience suffisante des affaires.
VI. — En Angleterre on fait des administrateurs, en France on les improvise ; ce n'est pas le moyen de constituer une administration sérieuse ; il serait donc à désirer que, désormais, les fonctions de maire ne fussent, autant que possible, confiées qu'à des hommes possédant des connaissances spéciales, et que le mode de nomination de ces magistrats assurât leur indépendance.
VII. — Ce serait une erreur de croire qu'il suffirait de remanier, même de fond en comble, notre organisation sanitaire pour obtenir cette prompte et rigoureuse exécution qui, par l'opportunité des mesures, peut en assurer l'efficacité; une telle pré. cision exigerait avant tout deux qualités que nous
ne possédons pas à un' assez haut degré : le sentiment du devoir et le respect de la loi.
VIII. — Vouloir imprimer aux décisions des Conseils d'hygiène un caractère obligatoire, ce serait non seulement porter atteinte à nos principes de liberté communale, mais encore se heurter incessamment contre des difficultés et même des impossibilités matérielles avec lesquelles on est obligé de compter.
IX. — Il serait plus prudent d'introduire des améliorations successives dans nos' institutions actuelles d'hygiène publique et de salubrité que de réclamer, à leur sujet, des réformes trop radicales.
Novembre 1873.