CHAPITRE I
Bien que les habitants des campagnes soient plus favorisés que ceux de la ville sous le rapport de la pureté de l'air, il n'en existe pas moins pour eux certaines conditions d'insalubrité dont la disparition ne pourra pas manquer d'avoir d'heureux résultats.
Ainsi, aux environs de presque toutes les habitations, on remarque dans la campagne de grandes fosses ou restent déposés, pendant un temps souvent très long, non-seulement le fumier véritable, mais encore des résidus de matières végétales et animales, quelquefois même des cadavres d'animaux. On pourrait diminuer considérablement le danger, et cela au profit de l'agriculture, en saupoudrant la surface du fumier avec
quelques kilogrammes de plâtre ou mieux de vitriol vert (sulfate de fer).
Souvent aussi , dans certaines contrées , le sol de villages entiers est couvert d'ajoncs, de fougères ou de bruyères , qui entretiennent une grande humidité et deviennent un foyer permanent d'infection par suite de leur décomposition ; il serait à désirer qu'une mesure administrative intervînt pour faire cesser ce regrettable usage.
On peut ranger dans la même catégorie : les lieux d'aisances sans fosses couvertes; le déversement des matières fécales sur le sol ou sur les fumiers ; les flaques bourbeuses qu'on décore du nom d'abreuvoirs , et les eaux stagnantes dont se servent les lavandières dans beaucoup de localités.
Les écuries , les étables et les parcs doivent aussi être signalés aux habitants des campagnes comme des causes d'insalubrité, quand ils ne sont pas entretenus avec la propreté la plus complète. Il faut donc que les propriétaires changent fréquemment |la litière ; qu'ils facilitent l'écoulement des urines : qu'ils curent Vètable plus souvent qu'ils n'ont l'habitude de le faire ; qu'ils y renouvellent l'air , surtout quand le bétail n'y est pas, à l'aide de ventilations fréquentes et bien entendues ; enfin, qu'ils aient le soin de ne pas accumuler dans un même local un trop grand nombre d'animaux.
Des recommandations plus expresses encore doivent leur être faites au sujet de leurs habitations. Qu'ils se souviennent, avant tout, que la propreté et l'absence d'humidité dans les chambres à coucher sont, de toutes les conditions, les plus importantes à observer. Ils obtiendront la première en badigeonnant leurs maisons à la chaux, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, au moins une fois chaque année; ils arriveront à la seconde, en entretenant du feu dans la chambre où ils couchent et en répétant plusieurs fois par jour une large insolation et une bonne ventilation ; celle-ci ne doit jamais consister en courants d'air trop rapides ou trop longtemps continués, car, au lieu d'assainir les maisons, elle y produirait, un refroidissement préjudiciable à la santé. Selon quelques observateurs, on devrait même recommander d'ouvrir les croisées à l'ouest plutôt que celles à l'est.
La pureté de l'air que nous respirons dépend de sa libre circulation ; l'air est comme l'eau , il se charge de toutes sortes de matières, et s'imprègne, pour ainsi dire, des effluves que répandent tous les corps en fermentation ou en décomposition.
Le séjour de la ville, et surtout dans les quartiers que peuple ordinairement la classe pauvre , est donc loin d'être aussi sain que celui de la
campagne, et c'est pour ce motif que nous ne saurions assez recommander aux autorités municipales d'ordonner l'application immédiate de toutes les mesures de police que prescrivent les premières règles d'hygiène publique, et d'augmenter, pendant l'épidémie, le personnel des agents chargés d'assurer l'exécution de ces mesures.
Sans doute, l'ahgnement des rues, l'entretien du pavage, la construction de canaux, le dessèchement des marais, ces grands laboratoires de miasmes morbiflques, sont d'une haute importance pour l'assainissement des villes; mais quand l'épidémie est à nos portes, il ne faut pas négliger de s'occuper des plus petits détails, parce qu'à l'aide d'une surveillance active , il est facile de faire disparaître une foule de causes puissantes d'insalubrité.
Nous signalons principalement :
L'enlèvement régulier, matin et soir, des immondices de la rue ; le balayage et l'arrosement journalier, soit anx frais des administrations municipales, soit par le concours de chaque habitant; la police des marchés au double point de vue de leur propreté et de l'alimentation; la nécessité d'exercer un contrôle de tous les instants sur la nature des substances qui y sont vendues, et sur le poisson en particulier ; le nettoyage et
l'aération suffisante de ces dépôts qu'on appelle serrages, dans lesquels sont conservées les matières animales et végétales qui n'ont pas été vendues la veille ; la surveillance des abattoirs et surtout de ces tueries clandestines, malheureusement trop nombreuses, auxquelles se rattache la grande question des viandes foraines ; le curage des fosses d'aisances, des urinoirs et des égouts, qui tous devraient être pourvus de clapets automobiles; l'inspection sévère des établissements insalubres oii trop souvent on ne se conforme ni aux décisions émanées du Conseil de salubrité, ni aux prescriptions faites par la loi ; la nécessité d'assurer l'écoulement des ruisseaux ainsi que le renouvellement de l'eau des lavoirs, qui sont des causes d'insalubrité de premier ordre, tant sous le rapport de l'infection qu'ils répandent au loin que sous celui de la propreté du linge qu'on y lave parfois dans une eau véritablement méphytique ; la police sévère des cimetières qui doivent être l'objet de la plus vigilante surveillance. Il nous reste encore à appeler la plus sérieuse attention de l'autorité sur tous les établissements publics, parmi lesquels nous croyons devoir comprendre les hôpitaux, les hospices, les prisons, les collèges, les pensions, les écoles, les couvents, les salles d'asile, les crèches, les casernes, les corps de garde, les ateliers, les hôtels garnis, les dépôts
de mendicité, sans oublier ces asiles de la misère qu'on appelle hôtels des miracles et où sont entassés pêle-mêle des gens qui vivent habituellement dans les conditions hygiéniques les plus détestables; c'est surtout dans ces logements qu'on devrait faire gratter les parties du sol et des murs imprégnées de matières organiques en décomposition; faire laver, soit avec de l'eau pure, soit avec de l'eau chlorurée, les endroits les plus infects de ces habitations, et faire blanchir souvent les murailles à l'eau de chaux.