M2 LETTRE A UN MÉDECIN
decin est, comme je le crois, de guérir les maladies, de débarrasser ses frères d'une foule de maux qui les empêchent de goûter les jouissances de la vie, leur rendent souvent l'existence insupportable, et fréquemment mettent leur vie en danger, ou bouleversent leur raison, comment celui clans le sein duquel bat un cœur sensible, où brûle la plus petite étincelle des nobles sentiments qu'inspire à l'homme le désir d'être utile à ses semblables, pourrait-il hésiter un seul instant à choisir cette méthode infiniment meilleure que toutes les autres, et à fouler aux pieds les croyances des écoles, eussent-elles même pour elles trois mille ans de date? Les écoles ne nous enseignent point à satisfaire notre conscience en guérissant les hommes; mais elles nous apprennent ce qu'il faut faire pour se donner aux yeux du monde des airs de savoir et de profondeur. Il n'y a que l'homme sans énergie qui regarde des préjugés nuisibles comme une chose sainte et inviolable, parce qu'ils existent: le vrai sage, au contraire, les foule joyeusement aux pieds, afin de faire place à la vérité éternelle, qui n'a pas besoin de la rouille du temps, des attraits de la nouveauté ou de la mode, et des déclamations de l'esprit de système, pour obtenir sanction.
Il fallait que quelqu'un ouvrît enfin la lice, et je l'ai fait.
La voie est frayée aujourd'hui. Tous les hommes de conscience peuvent la suivre.
Mais si cette méthode, que la contemplation calme de la nature et le mépris des préjugés consacrés m'a fait découvrir, est en contradiction directe avec tous les dogmes de nos écoles, comme autrefois les prédications lancées par Luther du haut de la chaire de Wiltenberg l'étaient avec l'esprit de la hiérarchie sacerdotale,
sur l'urgence d'une reforme en médecine. 413 la faute n'en est ni à mes vérités ni a celles de Luther (1).
Réfutez-les, ces vérités, si vous le pouvez, en faisant connaître une méthode curative plus efficace encore, plus sûre et plus agréable que la mienne ; ne les réfutez pas par des mots, dont nous n'avons que trop déjà.
Mais si l'expérience vous prouve, comme à moi, que ma méthode est la meilleure, servez-vous-en pour guérir, pour sauver vos semblables, et faites-en honneur à Dieu.
(1) Le peu de positif qu'il y a dans le nombre immense des ouvrages de médecine consiste dans la cure découverte par hasard de deux ou trois maladies produites par un miasme qui reste toujours semblable à luimôme, la fièvre intermittente automnale des marais, le mal vénérien et la gale des ouvriers en laine. On pourrait y joindre encore cette grande découverte fortuite de la préservation de la variole par la vaccine. Or, ces trois ou quatre cures ne s'opèrent qu'en vertu de mon principe similia similibus. La médecine n'a rien autre chose de positif à nous offrir depuis les temps d'Hippocrate ; la guérison de toutes les autres maladies lui est restée inconnue.
vu.