‹ Etudes de médecine homoeopathiqueChapitre 104 sur 116 · SUR L'URGENCE D'UNE RÉFORME EN MÉDECINE · texte numérisé non relu

SUR L'URGENCE D'UNE RÉFORME EN MÉDECINE

là la seule langue dans laquelle ils puissent exprimer à l'observateur le but de leur existence; peut-être les modifications et les sensations qu'ils produisent dans l'organisme de l'homme en santé, où leur voix n'est point étouffée par celle des symptômes morbides, estelle la seule manière dont ils puissent révéler à l'observateur sans préjugés leur tendance spéciale, l'énergie positive et pure en vertu de laquelle ils agissent sur le corps, c'est-à-dire détruisent l'harmonie qui constitue la santé, et la rétablissent quand elle a été troublée par la maladie !

Je me dis ensuite : comment les médicaments pourraient-ils produire ce qu'ils accomplissent dans les maladies, autrement qu'en vertu de cette propriété dont ils jouissent de modifier le corps de l'homme qui se porte bien (1)? Ils ne sauraient assurément guérir que de cette manière.

Mais si les effets que les médicaments produisent dans les maladies dépendent uniquement de la propriété en vertu de laquelle ils opèrent des changements chez l'homme en santé, il s'ensuit que celui parmi les symptômes duquel on trouve l'ensemble des symptômes caractéristiques d'un cas morbide quelconque, doit avoir le pouvoir de guérir sûrement cette maladie, puisqu'il y aune très grande analogie entre les accidents

(1) Celte propriété varie certainement dans chaque minéral, dont chacun, par conséquent, offre une série particulière de phénomènes, d'accidents et de sensations. Chaque genre de plantes doit aussi avoir une action médicinale distincte; les espèces elles-mêmes doivent également différer entre elles, sous ce rapport, puisque la constance de leurs caractères extérieurs indique déjà que ce sont des êtres différents. La providence nous a donc dispensé abondamment les puissances ruralives ! (I ne faut donc plus que des hommes assez sages, assez indépendants, pour secouer les chaînes du préjugé, et pour renoncer aux théories. Prends patience, humanité souffrante!

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auxquels celte dernière donne lieu et ceux que lui-même provoque chez l'homme bien porlant. Il s'ensuit, en un mot, que les médicaments ne peuvent guérir que des maladies analogues à celles qu'eux-mêmes ont l'aptitude de produire, et qu'ils ne déterminent que des effets morbides qu'ils ont le pouvoir de guérir dans les maladies.

Si je ne me trompe, continuai-je à me dire, il en doit être ainsi; car autrement, comment serait-il possible que la fièvre tierce et la fièvre quotidienne dont j'ai obtenu la guérison radicale, il y a quelques semaines, par le moyen d'une ou deux gouttes de teinture de quinquina, offrissent des symptômes presque identiques avec ceux qu'hier et aujourd'hui j'ai observés sur moimême, lorsque, par forme d'expérience, j'ai pris peu à peu, quoique bien portant, quatre gros de bon quinquina?

Dès lors, je me mis à recueillir les accidents que les observateurs avaient vus de temps en temps résulter des médicaments introduits en certaine quantité dans l'estomac d'hommes bien portants, et qu'ils avaient consignés sans intention dans leurs livres. Mais comme je n'obtenais ainsi qu'un bien petit nombre de renseignements, je commençai à essayer plusieurs substances médicinales sur des sujets en pleine santé, et je reconnus que les accidents qu'elles déterminaient correspondaient d'une manière surprenante à ceux des états morbides qu'elles étaient susceptibles de guérir facilement et sans récidive.

Je ne pus alors me dispenser de regarder comme une proposition incontestable qu'il faut renoncer à toutes discussions ontologiques sur la maladie, sujet à jamais énigmalique, qu'il suffit à celui qui veut guérir de consi-

sur l'ukgence d'une réforme en médecine, /j.07 dérer chaque maladie comme un groupe de symptômes et de sensations, pour pouvoir l'anéantir sans résistance, à l'aide d'une substance médicinale capable de produire par elle-même des symptômes morbides analogues chez un sujet bien portant, sous la condition toutefois que le malade évite les causes appréciables de cette maladie, si l'on veut que la guérison soit durable.

Je reconnus que cette manière d'envisager les maladies, en embrassant tous les symptômes qu'offre chaque cas particulier, était la seule exacte, la seule qui convînt pour la guérison ; que les formes morbides admises dans nos nosologies, ces portraits construits avec des fragments détachés de ces disparates, ne devaient plus empêcher désormais que nous prissions une idée vraie des maux offerts par la nature au lit du malade ; que les thérapeutiques ne pouvaient plus induire le médecin consciencieux en erreur, avec leurs indications curatives arbitrairement imaginées, et qu'on n'avait plus besoin de se perdre en discussions métaphysiques et scolastiques sur l'impénétrable cause première des maladies, cette marotte du rationalisme, qui n'a jamais conduit qu'à des méthodes chimériques de traitement.

Je reconnus que la seule manière de guérir était trouvée, sans nulle addition de la part des hommes, sans le moindre vernis scientifique.

Mais cette route n'avait point encore été suivie! Je fus obligé de m'y lancer seul, livré à mes propres forces, aidé de mes seules ressources. Je le fis avec confiance et succès.

Choisis les médicaments d'après les symptômes qu'une observation répétée t'a appris ôtre produits par eux dans le corps de l'homme en santé, donne-les dans le cas de maladie qui t'offrira un groupe de symptômes

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compris dans la série de ceux que telle ou telle substance est capable de produire par elle-même, et tu guériras la maladie sûrement, tu la guériras facilement. En d'autres termes, cherche quel est le médicament qui, parmi les symptômes provoqués par lui dans le corps d'un homme bien portant, offre de la manière la plus complète l'ensemble de ceux que présente un cas présent de maladie, et ce médicament procurera la guérison avec certitude, avec facilité.

Cette loi que j'ai puisée dans la nature même des choses, je la suis déjà depuis bien des années, sans avoir jamais eu besoin de recourir aux méthodes de la médecine vulgaire. Depuis douze ans, je n'ai plus besoin de purgatifs pour évacuer la bile ou la pituite; plus de tisanes rafraîchissantes, plus de résolutifs ou d'incisifs, plus d'antispasmodiques, de calmants ou d'hypnotiques, plus d'irritants ni de fortifiants, plus de diurétiques ou de sudorifiques, plus de rubéfiants et de vésicanls, plus de sangsues ni de ventouses, plus de cautères, en un mot, plus de ces moyens que la thérapeutique générale des divers systèmes prescrit pour remplir d'imaginaires indications curatives. Depuis lors, j'ai guéri uniquement d'après la loi de la nature que je viens d'énoncer, et dont je ne me suis pas écarté une seule fois.

Et quel a été le résultat? Il a été ce qu'il devait être. Je n'échangerais pas contre tous les biens les plus vantés de la terre la satisfaction que cette manière de procéder m'a procurée.

Dans le cours de ces recherches, qui ont exigé tant d'années, j'ai fait une découverte importante. J'ai reconnu qu'en agissant sur l'homme bien portant, les médicaments donnent lieu à deux séries opposées de

suit l'urgence d'une reforme en médecine. /i09 symptômes, dont les uns paraissent aussitôt ou peu de temps après que la substance a été introduite dans l'estomac ou mise en contact avec une partie quelconque, tandis que les autres, entièrement contraires, se manifestent peu après la disparition des premiers. J'ai constaté, en outre, que le seul cas où les médicaments procurent un secours durable, est celui où il y a concordance entre les symptômes qu'ils déterminent pendant les premières heures de leur action sur l'homme sain et ceux de la maladie qu'on veut combattre , parce qu'alors cette dernière est anéantie avec une promptitude incroyable par la maladie très analogue à laquelle la substance médicinale donne lieu. C'est là ce que j'appelle la Méthode curative ou radicale , parce qu'elle seule guérit d'une manière durable, avec certitude et sans maux consécutifs.

D'un autre côté, j'ai reconnu aussi, ce qu'il est maintenant facile de prévoir, qu'en suivant la marche inverse, qui est celle qu'adoptent ordinairement les écoles [contraria contrariis curentur), c'est-à-dire en opposant les effets primitifs des médicaments à des symptômes morbides contraires, par exemple l'opium à une insomnie habituelle ou à une diarrhée chronique, le vin à une faiblesse invétérée, les purgatifs à un resserrement de ventre habituel, on n'obtient qu'une guérison palliative, un soulagement de quelques heures seulement, parce que, ce laps de temps écoulé, arrive la seconde période de l'action médicamenteuse, qui amène le contraire de l'effet primitif, c'est-à-dire un état analogue à celui de la maladie qu'on veut combattre, et qui, par conséquent, ne fait qu'ajouter à celle-ci, que l'aggraver.

Toutes les fois qu'il arrive à la médecine ordinaire de

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combattre des symptômes par des médicaments (1), elle ne le fait jamais que d'après les règles consacrées par l'usage, c'est-à-dire d'une manière palliative. Jusqu'à présent , elle ne connaît point le procédé curatif que je viens d'indiquer.

Mais cette découverte est tellement importante que, si on la mettait en pratique, l'expérience apprendrait bientôt à chacun qu'il n'y a qu'en appliquant les médicaments d'après la méthode curative similia similibus, qu'on obtient un résultat durable, en très peu de temps et à l'aide des plus faibles doses, tandis que la méthode palliative, suivie par tous les médecins sans exception, ne peut soulager que pendant quelques heures , après quoi le mal reparaît plus fort qu'auparavant, à moins que, ce qui arrive souvent, le médecin ne donne quelques jours de durée à ce mieux momentané, en répétant et augmentant chaque fois les doses. Mais, d'un autre côté, par ces hautes doses d'un médicament qui n'est point curatif et homœopathique, il provoque, comme effets consécutifs, de nouveaux états morbides, qui sont fréquemment plus difficiles à guérir que la maladie primitive, et qui assez souvent aussi se terminent enfin par la mort.

On voit, sans qu'il soit nécessaire d'insister là-dessus, que cette méthode palliative ne peut être d'aucune efficacité dans les maladieschroniques, et ramènera une santé parfaite ceux qui en sont atteints. Aussi l'expérience nous apprend-elle que jusqu'à présent nulle affection chronique n'a été guérie en peu de temps par la médecine, et que s'il arrive quelquefois aux malades de

(1) En effet, outre sa pratique de modérer certains symptômes, la médecine ordinaire en a beaucoup d'autres encore qui sont plus arbitraires et plus inconvenantes, s'il est possible.

sur l'urgence d'une réforme en médecine. 111 se rétablir, ce résultat tient à un changement heureux produit soit par l'activité spontanée de la nature, soit par un médicament convenable que le hasard avait glissé parmi ceux dont il a été fait usage, soit enfin par d'autres circonstances fortuites.

Outre ces atteintes souvent irréparables que la méthode palliative porte à la santé des hommes, elles a encore l'inconvénient de consommer une incroyable quantité de médicaments dispendieux, qu'elle est obligée de prodiguer à des doses parfois énormes pour produire seulement quelque apparence de résultat favorable. Ainsi on a vu Jones employer à Londres cent livres de quinquina dans une année, et il est des médecins qui, annuellement, ont besoin de plusieurs livres d'opium.

C'est l'inverse précisément avec la méthode curative. Comme elle n'a besoin que de la plus petite excitation médicamenteuse pour éteindre promptement une excitation morbide analogue, ses besoins en substances médicinales de bonne qualité se réduisent à si peu de chose, môme pour celles dont elle use le plus, que je me fais scrupule d'en donner seulement une évaluation approximative, dans la crainte d'exciter par trop de surprise.

En suivant cette méthode, qui diffère de toutes les autres, qui leur est presque entièrement opposée, le médecin guérit avec une certitude surprenante les maladies chroniques même les plus invétérées -, et quand, parmi les médicaments bien connus, il en trouve un qui leur convient parfaitement, c'est en un laps de temps dont le peu de durée dépasse toute croyance qu'il les guérit, sans laisser subsister aucune douleur, aucune incommodité.

Maintenant, si la principale, la seule mission du mé-

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