DES RÉTRÉCISSEMENTS DU CANAL DE L'ORÈTRE
passer rapidement d'une bougie mince à d'autres qui sont de plus en plus volumineuses ; par ce moyen il peut irriter assez le point malade pour l'enflammer légèrement et le faire suppurer, procédé qui constitue la deuxième méthode, qui est plus complète et plus radicale que la première. La texture du point malade n'étant jamais normale, cette partie a toujours plus de tendance à s'enflammer que celles qui sont restées saines.
233. — Pour arriver plus sûrement à ce résultat, on a conseillé de traverser brusquement le rétrécissement avec une bougie dure, et ce procédé a donné des résultats vraiment remarquables. Il est probable que dans ce cathétérisme forcé une petite portion de la membrane externe du rétrécissement se trouve déchirée et suppure nécessairement, ou bien que la brusque distension des parties malades cause un froissement dont l'inflammation et l'ulcération sont la conséquence. Il peut arriver encore que les fibres circulaires de l'urètre soient paralysées ou dilatées au niveau de la partie malade, tandis que la portion dilatable du rétrécissement cède peu à peu. Cette dernière explication est la plus vraisemblable; ce qu'il y a d'incontestable, c'est qu'on rencontre des sujets chez lesquels cette manœuvre a produit une guérison instantanée et sans récidive.
234. — Cette opération est très incertaine dans son résultat et ne peut être logiquement conseillée. Il ne faut pas oublier qu'on opère ici dans l'ombre, qu'il est très facile de manquer le centre du rétrécissement, surtout lorsqu'il ne se trouve pas dans l'axe de l'urètre, et qu'il est alors très facile de faire une fausse roule.
235. — Pour arriver au but avec plus de certitude, on prend une petite sonde de corne de la grosseur d'une bougie capable de pénétrer dans la parlie antérieure de
l'urètre; on la chauffe de manière à lui imprimer une légère courbure, et Ton amincit sa partie antérieure jusqu'à ce qu'elle soit arrivée dans la longueur d'un demipouce au diamètre d'une bougie assez fine pour traverser le rétrécissement. La partie là plus mince doit être séparée de Pautre par une arête, absolument comme si cette parlie amincie sortait de l'autre. Celte sonde de orne, bien polie et bien lisse, est introduite dans l'urètre de façon que son extrémité la plus mince pénètre dans le rétrécissement jusqu'à l'arête dont je viens de parler; alors, si le chirurgien peut se fier à la fermeté du malade, il lui laisse le soin de faire pénétrer l'instrument au delà de cette limite, c'est-à-dire jusqu'à ce que l'arête de la sonde ait franchi l'obstacle. Il est facile de voir que par ce moyen la parlie la plus déliée de l'instrument montre le chemin que l'autre portion doit parcourir en suivant la direction de l'urètre, ce qui fait éviter les fausses routes. Le but sera donc atteint bien plus sûrement par ce procédé. Si la corne était très dure, il serait bon de l'enduire d'huile avant de s'en servir.
236. — 11 faut ranger dans cette méthode l'usage de bougies trempées dans des liquides corrosifs destinés à détruire le rétrécissement. On emploie aussi des bougies composées entièrement (1) de substances irritantes.
237. — On peut encore se servir d'une bougie aussi large que la parlie antérieure de l'urètre le comporte, bougie qui a la même force dans toute sa longueur, mais
(1) Un Portugais, nommé Philip (Voyez Lacuna , Methodus extirp. cognoscendi excrescentes in collo vesicœ carunculas , Rom., 1551, p. 34), employait, vers le milieu du xvic siècle, pour détruire les rétrécissements, des pâles corrosivos, dont il recouvrait l'extrémité des bougies, et dans lesquelles il faisait entrer du vert-de-gris, de Porpiment, etc. Depuis, ce traitement fut suivi de temps à autre, en subissant quelques
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dont l'extrémité est creusée d'une cavité circulaire que Ton remplit de précipité rouge en poudre. On enduit cette bougie d'huile, et on l'introduit jusqu'au rétrécissement, avec lequel on la tient en contact pendant quelques minutes. Cette opération est répétée une fois chaque jour, jusqu'à ce que le rétrécissement ait été détruit par la suppuration et que la bougie la plus grosse puisse le traverser facilement. Ensuite on remplace cette bougie par une autre qui ne contient pas de précipité, mais qui est recouverte d'un mélange de myrrhe tenue en dissolution dans l'eau à l'aide d'un jaune d'œuf ; puis on se contente d'une bougie volumineuse que l'on introduit deux fois par jour dans l'urètre, où on la laisse chaque fois séjourner pendant un quart d'heure afin que là cicatrice ne se resserre pas. Ce traitement est long sans aucun doute, mais il est radical.
238. — Cette méthode suffit le plus souvent à guérir, même lorsque le rétrécissement n'admet pas la bougie la plus fine. S'il n'est pas suffisant, il faut recourir à la troisième méthode, dont Hunter a retiré les meilleurs effets, et qu'on doit appliquer, selon moi, de la manière suivante.
239. — On prend un tube creux en argent du diamètre d'une grosse bougie et légèrement courbe; on l'introduit dans l'urètre pendant que son extrémité libre est fermée par un petit bouchon d'argent qui est soudé à un mandrin du même métal. Ce mandrin remplit la sonde et empêche le mucus du canal de l'urètre de s'y
modificaliODS , jusqu'à ce que, vers le milieu de ce siècle, Daran vint prôner des bougies dont il tenait la composilion secrète, ei qui étaient composées de corps très irritants. Ces bougies avaient l'inconvénient d'enflammer et d'ulcérer les parties saines de l'urètre, ce qui obligeait de les suspendre avant d'avoir détruit le rétrécissement. G uérin les avait perfectionnées.
accumuler. On enlève ce mandrin dès que l'instrument a atteint le rétrécissement, et on le remplace par un autre également d'argent, et qui porte à son extrémité un morceau de pierre infernale contenu dans une cavité ad hoc (1). Le caustique doit rester en contact avec le rétrécissement pendant deux secondes environ, après quoi on le fait rentrer dans le tube creux. Cette opération est répétée tous les deux jours (2), jusqu'à ce que le tube d'argent puisse pénétrer dans la vessie. Il est prudent de faire aussitôt après l'opération une injection de lait tiède; d'abord pour enlever l'irritation, ensuite pour empêcher que le caustique ne coule sur les parties saines. Il est facile de voir combien cette méthode demande de précautions pour être appliquée avec fruit.
240. — Ces deux dernières méthodes conviennent exclusivement aux cas où l'occlusion du canal est complète, et où, par conséquent, le premier procédé n'est pas applicable. S'il survient des symptômes inflammatoires, on les combat par des applications froides , des pédiluves tièdes, etc.
241. —Si le rétrécissement a amené la formation d'un calcul urélral, il faut ouvrir une voie à ce dernier par un des derniers procédés que je viens de décrire. D'abord si le rétrécissement offre encore une ouverture par laquelle la sonde puisse passer et que le calcul se trouve en arrière, on peut confondre les accidents qu'il engendre avec les symptômes d'un rétrécissement spasmodique. Pour éviter cette erreur, il faut introduire une
(1) Cetle seconde partie de l'instrument est faite comme un portecrayon, c'est-à-dire qu'il y a deux branches creuses qui embrassent le caustique, et que Ton serre au moyen d'un anneau coulant, lequel rapproche les deux branches creuses l'une de l'autre. Le caustique se trouve ainsi parfaitement fixé.
(2) Il est suffisant, d'ordinaire, de répéter cctle opération deux fois.