PRÉFACE
Le Lui que je me propose en publiant cet ouvrage, est d'offrir aux médecins praticiens une bonne théorie de la syphilis et de fixer le traitement de cette maladie.
Hunier , Swediaur , Hecker , Andrée , Simmons , Peyrilhe , Falk et beaucoup d'autres auteurs, les uns très célèbres, les autres moins connus, m'ont fourni les renseignements qui me manquaient, ou m'ont aidé à mettre en ordre ceux que j'avais déjà. J'indiquerai avec soin ceux de leurs ouvrages auxquels j'ai puisé.
La théorie de la syphilis est , je le sais, un édifice que Ton croit achevé dans tous ses détails. J'espère, malgré cela, que mon travail ne paraîtra pas superflu; surtout si je puis, comme je l'espère, le conduire à bonne fin.
C'est toujours une entreprise périlleuse de recommander un nouveau médicament, de rappeler un agent peu connu ou entièrement abandonné dans la pratique, i. l
2 TKAirrê DES MALWMKS VKNÉR1ENMS.
Il faut que l'auteur d'une semblable tentative jouisse lui-même d'une bien grande réputation, et qu'il soit à l'abri de tout soupçon d'intérêt personnel.
Si la première condition me manque, je crois au moins satisfaire complètement à la seconde* Je vais donc donner ici une description complète d'un médicament nouveau et important. Quiconque est un peu familier avec les préparations chimiques pourra exécuter celle-ci avec la certitude d'obtenir un plein succès , car je ne cache le nom d'aucun des éléments nécessaires ; je ne fais mystère d'aucune manipulation. La tiaturé de ce composé répond déjà de son excellence, et les expériences auxquelles mes amis et moi nous nous sommes livrés prouvent en faveur de mon assertion. Celui qui en découvrirait un meilleur pourra toujours le faire connaître et lui donner la préférence sur le mien.
En disant le mien, j'entends que j'ai donné une manière plus claire et plus sûre de le préparer que mes devanciers, et que j'ai posé avec plus de soin et d'exactitude les règles de son emploi ainsi que son mode d'action. Je le dis d'autant mieux, que personne jusqu'ici n'avait songé à rien de semblable.
Gervais Ucay est le premier qui ait donné dès 1673, à l'intérieur, dans le traitement de la syphilis, un composé analogue à celui du mercure soluble, composé qu'il indiquait de la manière suivante : « Prœcipitatum mercurii carnei coloris, qui ex solutions merxurii vivi in aqua for ti paratur, affuso volatili nrince spiritu. » Ce composé était administré en pilules, mêlé avec parties égales de mercure vif et un peu de miel, et donné à la dose de deux à trois grains par jour (I). On voit dans le Traite de la maladie vénérienne, publié à Tou-
(1) Chap, IX.
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louse, en 1693, par ce même auteur (1) , que ce composé n'était pas seulement un mélange de turbilh cl de précipité blanc.
Cet agent curatif tomba néanmoins dans un oubli complet, et les progrès que la chimie a faits dans ces derniers temps pour la préparation des composés mercuriels ont eu lieu sans qu'on puisse dire qu'ils ont donné de l'importance à l'emploi de cet agent* lequel est bien peu répandu, si Ton en excepte le Pulvis cinereus du docteur Black. La prédilection que les praticiens professent pour les préparations anciennes (1), qui sont le plus souvent nuisibles ou impuissantes ; les préjugés qu'ils montrent vis-à-vis de tous les antisyphilitiques nouveaux, qu'il s'agisse de préparation mercurielle ou d'autre, font qu'ils ne jugent pas de leur dignité de se livrer à de nouvelles recherches, et qu'ils préfèrent s'en tenir au calomel , au sublimé et à l'onguent napolitain.
Les pharmacopées les plus récentes indiquent cependant un certain nombre de préparations analogues à celle que je propose , et dont on a fait usage en plusieurs circonstances.
Je citerai, par exemple, le Pulvis mercurii cinereus, nommé aussi Turpelhum album, Mercurius prascipitatus dulcis, qui s'obtient en faisant réagir du carbonate d'ammoniaque sur un sel de mercure précipité par l'acide nitrique ; ou bien en versant de l'esprit de sel
(1) Les nombreuses et vaines espérances que l'on avait conçues à l'égard de certains remèdes anlisyphililiqucs nouveaux vantés à son de trompe par ceux qui les vendaient au profit de leur bourse, et les d& ceptions qui les ont suivies, expliquent la défiance des praticiens. L'aciion si vantée de ces arcanes leur ayant fait défaut, leurs inconvénients s'éiant souvent montrés, on les fit analyser, et Ton découvrit qu'ils élaienl, pour la plupart, des préparalions mercuriellcs déjà connues,
/|. TRAITÉ DES MA.MDIES VBiSÉlUHNNES.
ammoniac sur le Mcrcurius prsecipilatus niger, résultat de l'action d'un acide sur le Mercurius précipita tus dulcis. J'ai longtemps préparé de cetle dernière manière le composé dont je parle, avant de reconnaître ce que ce procédé avait de défectueux, et avant de lui avoir fait subir des modifications.
Le docteur Black, qui avait passé pour l'inventeur du Pulvis mercurii cinereus (1), avait donné pour sa préparation la formule suivante : « Prendre parties égales d'acide nitrique affaibli et de mercure, les laisser réagir jusqu'à dissolution complètedu métal, étendre ce mélange avec de l'eau distillée, puis ajouter de l'esprit de sel ammoniac jusqu'à précipitation complète du mercure; laver le précipité à l'eau distillée, le laisser sécher ensuite. »
Je rappellerai ici le Mercurius praecipitatus fuscus Wurzii, obtenu en précipitant un nitrate de mercure avec un sel de potasse et d'ammoniaque, parce qu'il a quelque analogie avec mon précipité.
Tous les préparateurs ont essayé de s'affranchir des inconvénients que présentent le précipité blanc et le lurbith obtenus par les procédés ordinaires; ils ont traité le sublimé corrosif par du sulfate ou du nitrate de chaux. Voyons s'ils ont pu réellement atteindre leur but.
L'acide nitrique ne vient jamais d'un sel de nitre parfaitement pur ; ce qui l'altère est généralement un nitrate terreux ou un sel neutre. Le nitre le plus pur n'est jamais complètement exempt de ce mélange. Or, c'est dans cette dissolution (qu'on appelle eau-forte) que l'on fait dissoudre le mercure; et pour hâter la dissolution, on place le mélange sur un bain de sable chaud. Dès le commencement , la transparence et la blancheur
(1) Gervais Ucay l'avait préparé longtemps avant lui, comme je Pal indiqué plus haut.
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du liquide se troublent, mais la liqueur redevient bientôt claire; c'est-à-dire qu'il se forme d'abord du précipité blanc qui se dissout bientôt dans l'acide nitrique, de sorte qu'il est impossible d'obtenir un nouveau précipité en ajoutant seulement de l'eau à la dissolution, mais qu'il faut faire intervenir l'ammoniaque. Si Ton précipite alors le mercure avec un sel ammoniacal, le précipité blanc reparaît en môme temps, et ce précipité contient un corps très vénéneux qui s'y trouve même en forte proportion.
Si l'on prend une certaine quantité de cette préparation, qu'on la melte dans un verre à expérience, placé lui-môme dans une capsule remplie de sable , de façon qu'il soit entouré et qu'il se trouve placé obliquement, afin que la poudre ne couvre qu'un côté du verre ; si l'on s'arrange de façon que la partie rétrécie du verre et celle où se trouve la poudre soient complètement enfoncées dans le sable chaud, qu'on augmente ensuite le feu successivement, on verra une croûte blanche se former sur la partie supérieure du verre, le sublimé corrosif et le mercure doux s'étant séparés, parce que, par la sublimation , le précipité blanc se sépare toujours en sublimé corrosif et en protochlorure de mercure. Le poids de ces deux corps , pesés séparément, devra représenter celui du composé, ce qui justifiera complètement mon opinion. En vain voudrait- on employer un excès d'eau-forte, on serait plus sûr, par ce moyen, de dissoudre tout le mercure, mais ce serait plus cher. En outre, on ne serait pas assuré d'être à l'abri de l'acide sulfuriquc.
L'acide nitrique ordinaire, que l'on prépare en versant de l'acide sulfurique sur du nilre, est très souvent mélangé avec le premier de ces corps. Il faudrait donc
6 TRUTK Oi:S MlLADLliS VENliUlliNNliS.
le rectifier d'abord sur du salpêtre pur, avant qu'on essayât de le purifier encore par des rectifications répétées ; mais alors cet agent deviendrait 1res cher. Qui pourra, aprèscettedescription circonstanciée, se fier pour sa préparation aux pharmaciens, toujours intéressés?
h ne m'occuperai pas des corps dont on se sert pour opérer la précipitation du mercure. On choisit ordinairement un sel ammoniacal ou un autre alcali capable de saturer l'acide. Il importe peu que ce corps ait une grande pureté.
La craie ordinaire, le marbre, les écailles d'huîtres, la chaux éteinte et dissoute dans l'eau, sont de très bons agents de précipitation. Il faut seulement remarquer que ce sont tous des corps que Ton trouve dans la mer, et qui sont mêlés, comme l'expérience le prouve, à une certaine quantité d'acide muriatique.
Le sel volatil fixe se prépare en grande partie avec de la potasse, laquelle renferme le plus souvent une certaine quantité d'acide sulfurique (qu'on y ajoute mémo volontairement pour la falsifier); ce sel renferme plus souvent encore du sel digestif ou du sel de cuisine. L'eau dont on se sert ordinairement pour purifier ce sel contribue encore à augmenter son impureté.
Le sel volatil préparé avec le tartre carbonisé est de beaucoup préférable aux autres, si l'on a employé pour sa préparation du tartre bien pur, et si Ton a extrait le sel avec de l'eau distillée; mais il a l'inconvénient de contenir trop d'oxygène, de sorte qu'au moment où on le dissout dans l'eau, l'oxyde de mercure qui devrait être précipité par l'acide sulfurique se dissout en grande partie.
Le sel ammoniac solide et l'ammoniaque ordinaire ont souvent le même inconvénient lorsqu'ils contiennent un
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excès d'acide carbonique. Mais l'ammoniaque caustique et celle qui est mêlée à un excès d'esprit-de-vin n'ont pas cet inconvénient. Elles contiennent seulement quelques parties d'acide muriatiquc, ce qui arrive aussi à l'ammoniaque gazeuse et desséchée, et à l'ammoniaque aqueuse ordinaire, ce dont il est facile de s'assurer en les traitantpar l'acide acétique, le nitrate ou le sulfate d'argeni, parce qu'il se forme un précipité de chlorure d'argent.
L'eau dont on se sert pour opérer la dissolution n'est pas indifférente. L'eau de puits ne convient pas, parce qu'elle renferme souvent des carbonates dont l'eau de source n'est pas toujours exempte.
II. faut purifier le mercure avec beaucoup de soin, pour éviter qu'il ne reste allié à du plomb ou à du bismuth. La simple expression du métal n'est pas suffisante , parce qu'une grande quantité d'alliage peut passer en même temps que lui. Faire passer le mercure à travers une peau est moins satisfaisant encore, parce qu'un excès de bismuth rend l'incorporation du plomb et du mercure tellement exacte, que tous ces métaux passent a la fois. Le mieux est de revivifier le cinabre ; et, à cet effet, de faire des pains de ce sulfure mêlé à de la potasse, de la chaux ou de la limaille de fer. On obtient par ce procédé du mercure très pur.
Il y a un autre moyen de se procurer le mercure tout aussi pur que par le procédé précédent: c'est de faire une dissolution de mercure du commerce dans l'eau -forte, d'y ajouter un poids égal d'eau et deux fois autant du mercure soupçonné d'impureté qu'il y a de premier métal dans la dissolution. Il suffit de laisser ce mélange en repos pendant une demi-heure pour que le mercure se sépare de toute trace de métal étranger.
o TRAITE DES MALADIES VEMCIWEMSES.