PRÉPARATION DU MERCURE SOLUBLE
Je mets dans une cave profonde (1) du mercure purifié par le dernier procédé que je viens de décrire, après y avoir ajoulé une assez grande quantité d'eau-forte très pure pour le dissoudre ; le tout est dans un vase d'argile. On agite le mélange plusieurs fois par jour; sans cette précaution, la partie cl a liquide qui s'est chargée la première de mercure, parce qu'elle touche la surface de ce métal, devenant la plus lourde, resterait en contact avec lui, empêcherait les autres portions du liquide d'y venir, et retarderait la dissolution.
On peut être assuré, au bout de huit jours, que l'acide est saturé; de sorte que le mercure qui reste au fond du vase est en excès.
On décante alors le liquide, on le fait cristalliser par évaporation, et on laisse bien égoutter les cristaux. Ceux-ci sont ensuite desséchés sur une feuille de papier , puis dissous dans une aussi petite quantité d'espritclc-vin que possible. Par ce moyen , on sépare les dernières traces de turbilh et de précipité blanc que le mercure pouvait encore contenir. On filtre la liqueur, et on la soumet aux manipulations suivantes :
Le corps dont on se servira pour opérer la précipitalion devra être préparé de la manière suivante : On calcine au rouge, pendant un quart d'heure, des coquilles d'œufs lavées; on traite le résidu par l'eau distillée, comme la chaux vive , et l'on conserve la poudre dans des flacons bien bouchés.
Pour obtenir le mercure soluble, on prend une livre
(1) S'il faut un froid plus vif, ou peut, l'hiver, opérera 40° Fahrenheit.
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de celle poudre finememt broyée; on y ajoule 600 fois son poids d'eau, que l'on chauffe de 100 à 150 degrés Fahrenheit pendant quelques minutes, c'est-à-dire jusqu'à ce que la dissolution soit aussi complète que possible. On se sert à cet effet d'un vase neuf.
Apres un quart d'heure de repos, on décante l'eau de chaux pure et claire qu'on a ainsi obtenue ; on la verse dans un vase semblable au précédent, lequel doit être neuf, ou n'avoir jamais servi à d'autre usage. On peut, pour plus de précaution, filtrer cette liqueur à travers un morceau de toile. Le vase qui la renferme alors doit être lisse et poli intérieurement.
On verse dans cette eau de chaux clarifiée une dissolution mercurielle, en ayant soin de remuer constamment le mélange. Il faut que la dissolution métallique renferme deux livres de mercure.
La liqueur devient noire, et se dépose bientôt. On décanle la partie du liquide qui est restée transparente; on lave le précipité noir avec de l'eau distillée, dans un verre consacré à cet effet ; on laisse le liquide en repos pendant une nuit et un jour, afin que le dépôt soit complet ; on enlève alors l'eau qui surnage, et l'on répète celte opération, en agitant le mélange, jusqu'à ce que l'eau reste incolore. On laisse alors le précipité se former complètement, et l'on place le vase qui le renferme dans une terrine remplie de cendre ou de sable. On porte la température à 200 degrés, et on la maintient à ce degré jusqu'à ce que ce dépôt soit complètement sec. Pour aller plus vite, on peut étendre le précipité sur une feuille de papier blanc, reposant elle-même sur une plaque de tôle , et le faire sécher sur un feu assez doux pour que le papier ne soit pas roussi.
La poudre d'un noir foncé que l'on obtient de la sorte
est lo mercure soluble. Je lui ni donné ce nom, parce qu'il se dissout très bien dans les acides végétaux et animaux, lorsqu'il est au contact de l'air , et pourvu qu'il soit bien préparé. Cette dissolution s'opère aussi très vite dans les liquides de l'estomac, comme le prouve la rapidité d'action de ce médicament, que tous les praticiens pourront reconnaître par l'apparition des symptômes de la fièvre mercuriolle.
Luckowis, prèa de Dresde, le 19 septembre 1788.
Je -reprends la plume, et j'interromps l'impression de mon livre; car je viens de recevoir l'ouvrage de Girtanner (I), ouvrage dont la publication m'a rendu fort heureux. Le plan et les idées de ce livre ont été longuement médités. J'ai vu avec plaisir que l'auteur avait adopté, comme une réforme importante, les idées d'Hamiltoii sur le traitement de la gonorrbée, et qu'il a mis en lumière le peu de sens de celui qu'on a prescrit jusqu'à présent : la crainte des engorgements, qui empochait de chercher à obtenir une guérison rapide de la gonorrhée ; le transport de la matière blennorrhagique dans le cas de chémosis sympathique. J'ai admiré aussi la distinction des accidentssecondairesde la gonorrhée ; la différence qu'il établit entre les écoulements muqueuxetles écoulements vénériens; entre l'engorgement glandulaire scrofuleux et celui qui est l'effet de la syphilis, et les efforts qu'il conseille de faire pour empocher ces derniers d'abcéder. Je l'ai vu avec plaisir reconnaître que le mercure ne détruit pas le virus vénérien , sans avoir été modifié par la force delà digestion et de l'assimilation ; c'est-àdire sans avoir subi dans l'organisme quelque transfor-
(1) Âbhandlung ilber die venerische Krankheiten. Gœttingue, 1788, 3 vol. in-8.
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mation chimique ou seulement quelque action de contact. J'ai eu aussi grand plaisir à voir cet auteur s'élever contre l'emploi si nuisible du sublimé corrosif, ce poison si injustement vanté , et recommander avec instance un régime alimentaire fortifiant pendant qu'on suit un traitement mercuriel et après sa cessation, tandis qu'on prescrit en France le traitement affaiblissant; et aussi qu'il ait montré combien les évacuants étaient nuisibles dans un traitement mercuriel. Je suis heureux qu'il ait montré le non-sens de la syphilis larvée, et l'impuissance des moyens recommandés comme préservatifs de l'infection vénérienne. Je l'ai vu soutenir avec succès l'opinion de la transmission de la syphilis au fœtus par le sperme, et son infection possible pendant la gestation , comme aussi celle de l'enfant par le lait de la nourrice , ce qui fait qu'il exige un traitement mercuriel, même pour les nouveau-nés; opinions qui ont toutes une très grande imporlance relativement au bien de l'humanité Souvent déjà j'avais désiré avoir sur ce point l'assentiment d'un médecin inslruit ; car je devais espérer que toutes les recherches tentées avec un esprit pratique arriveraient à une vérité générale, de même que tous les rayons d'un cercle aboutissent au centre, quelle que soit la distance qui les sépare.
J'ai mis en note toutes les remarques qu'il m'avait été donné de faire sur l'ouvrage de Girlanner, n'ayant pu leur donner place dans le texte de mon livre.
! ♦ octobre 1788.
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