REMARQUES SUR LE TRAITEMENT DES BUBONS
cations de composés mcrcuricls (I), et ceux de bubons qui ont été produits par le mercure renfermé dans des onguents avec lesquels on ferait des frictions, prouvent à l'observateur qu'il doit se tenir en garde contre une fausse théorie et rechercher une meilleure méthode de guérir, s'il ne veut pas se laisser entraîner à l'erreur par certaines circonstances secondaires.
390. — On allie souvent l'usage du mercure donné à l'intérieur avec son application externe dans le traitement des chancres. Il est tout naturel alors que les avantages des premières préparations ne permettent pas de reconnaître combien les secondes seront nuisibles et inertes. C'est ainsi qu'on essaie de résoudre des bubons avec des frictions mercurielles pratiquées dans le pli de la cuisse; mais on n'attend pas les effets de la répercussion inévitable du virus , et Ton poursuit le traitement interne. Comme il est arrivé plusieurs fois que le malade a été guéri 7 on a voulu généraliser celle méthode , et elle a été suivie souvent de véritables succès.
391. —Si la syphilis générale avait pu disparaître sous l'influence de ces petites quantités de mercure, on aurait dû certainement observer ce résultat dans le temps qui sépare la disparition d'un bubon de la cessalion des frictions. Or, chaque fois que Ton suspendait ce traitement aussitôt après la disparition du bubon (afin de s'assurer que le mercure ne détruit pas le virus
(1) L'expérience a prouvé maintes fois que si le virus n'étiiît pas repoussé dans le torrent circulatoire pendant que l'on faisait des applications de composé* mcivuriels, il restait sans faire éprouver aucune modification favorable; car il devait être très rare que la petite plaie pût absorber assez de mercure pour produire une action égale à celle de la masse de métal qui peut être absorbée lorsqu'on donne le médicament à l'intérieur, c'està-dire pour faire naître la fièvre mercurielle.
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par une simple action de contact), ou lorsqu'on la continuait parce que la fièvre mercurielle n'avait pas paru rapidement, la guérison restait incomplète, et la syphilis générale ne manquait pas d'éclore, alors même que le bubon avait disparu depuis longtemps.
392. — L'expérience a montré qu'en faisant les frictions sur une parlie dont les vaisseaux absorbants ne communiquent pas avec le bubon , celui-ci disparait plus lentement qu'avec un traitement local , mais que la guérison est incomplète. On aurait dû tirer de ce fait un enseignement, c'est que, dans ce cas, la disparition de la tumeur est le résultat de la destruction préalable du virus, et qu'il n'est pas logique de se priver d'un signe pronostic aussi important en faisant disparaître l'effet local de la maladie, ce qui est parfaitement inutile. Le virus vénérien reste en effet toujours maître de l'organisme , lorsque la disparition de la tumeur dépend d'un traitement local; tandis que sa persistance à la suite de l'emploi exclusif du mercure à l'intérieur donne la certitude que la cause du mal existe encore, certitude qui fait complètement défaut au médecin dans le premier cas et J'oblige à donner au malade de trompeuses espérances. Qui peut en effet avertir alors le malade et le médecin que la cure n'est pas complète ? Rien, lorsque le traitement local vient d'être terminé ; mais l'apparition de la syphilis générale, au bout de quelques mois, détruit toutes ces illusions, et montre que le médecin, avec son traitement conforme à la théorie, n'a fait que diminuer l'intensité du mal, et que celuici a continué sa marche dans l'ombre et se trouve près d'arriver à son but.
393. — On n'objectera pas, je pense, qu'il ne faut ni plus de temps ni plus de mercure pour guérir une syphilis
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secondaire récente, que pour faire disparaître un chancre ou un bubon, et qu'il importe peu, par conséquent, d'avoir à combattre le virus vénérien réuni sur un point, ou ce même virus généralisé; car s'il était démontré qu'il faut encore moins de temps et de médicament pour guérir une syphilis constitutionnelle qu'une affection vénérienne locale, il n'en resterait pas moins établi , comme un résultat de la pratique la plus vulgaire, que la syphilis secondaire est toujours plus difficile à détruire. Celte difficulté tient aux formes obscures de cette affection, à l'accroissement qu'elle peut prendre avant de faire reconnaître sa présence par des signes certains. Ces caractères eux-mêmes disparaissent souvent sous l'influence d'une petite dose de mercure, longtemps avant que la guérison soit complète. Le mercure doit être continué jusqu'à ce que la guérison soit achevée; mais on peut se demander alors à quels signes il sera possible de reconnaître que ce virus est détruit?
394. — Comment serait-il indifférent de combattre le virus vénérien sous la forme d'une syphilis secondaire, d'un chancre ou d'un bubon, de tirer entre ces deux symptômes seulement une ligne de démarcation entre une guérison complète et une guérison incomplète, lorsque ceux-ci ont été traités pardes médicaments internes sans le secours d'aucune application locale (1), et qu'ils ont guéri sans laisser aucune trace, tandis que la syphilis secondaire ne peut rien offrir de semblable?
395. — On comprendra maintenant combien il est inutile de se préoccuper, avec quelques auteurs, de la difficulté de trouver une région assez vaste pour faire les
(1) J'ai montré ailleurs combien peu il fallait se fier aux symptômes que le mercure est capable de faire naître du côté de la bouebe, et comment il était impossible de les considérer comme des signes de guérison.
frictions, de manière que celles-ci aient lieu sur un point dont les vaisseaux absorbants puissent porter le métal à travers le ganglion malade. Il y a, en effet, un grand nombre de malades où il serait impossible de rencontrer celle région si importante. Dans quel endroit , en effet , faudrait-il étendre l'onguent lorsque le bubon existe chez Tliomme tout auprès du membre viril ou profondément sous le pubis, et quand il se trouve chez la femme sous les ligaments ronds ou entre la vulve et la cuisse?
396. — De plus , le succès de ces frictions n'était pas certain , et l'on était loin d'obtenir toujours la résolution de la tumeur, même lorsque l'application locale avait pu se faire sur la partie la plus favorable (par exemple sur la cuisse, quand la tumeur existait sous le ligament de Poupart). On voit souventalors la tumeur rester dure et tendue, sans paraître disposée à la résolution ou à la suppuration ; tantôt la syphilis générale vient se joindre à ce symptôme, tantôt elle ne paraît pas. Le virus sommeille parfois dans ce bubon induré jusqu'au moment où le traitement, ayant causé une irritation prolongée et des évacuations abondantes, est abandonné pour un moment. C'est alors, en effet, que les symptômes les plus graves de la maladie peuvent éclater, se compliquant même d'une disposition scrofuleuse dont le traitement a favorisé le développement.
397. — Ce mode de traitement est donc parfois inefficace, ce qui ne devrait pas être s'il était conforme à la raison. D'un autre côté, on rencontre souvent des bubons que le partisan le plus sincère du traitement local ne peut promettre de guérir, en détruisant tout le virus, sans faire absorber une assez grande quantité de mercure pour porter atteinte à l'organisme d'une manière durable.