TRAITÉ DliS MALAD1KS VK.MîUUïN.VKS
canal de l'urètre, et une reptation fourmillante dans les testicules. Lorsqu'on presse sur le point qui est le siège de la gonorrhée spécifique , une goutte de mucus se montre à l'orifice de la verge.
14. — Dans la seconde période > la sensation de prurit se transforme, au bout de deux jours à peu près, en un picotement douloureux et une sensation de brûlure insupportable , surtout pendant l'émission des urines. Cette douleur se fait sentir principalement au niveau du frein et dans la fosse naviculaire, qui est le siège ordinaire de la blennorrhagie virulente (1).
15. — Tant que la gonorrhée reste limitée à ce siège qui lui est spécifique, le malade ne ressent des douleurs qu'au moment où l'urine arrive à un pouce ou à un demi -pouce de l'orifice de la verge.
16. —Un mucus blanc, visqueux, coule par goutle hors du canal ; les bords du méat sont congestionnés; le gland est brillant, rouge comme une cerise et transparent. Toute la verge, ou au moins le gland paraît plus volumineux et plus épais que dans l'état ordinaire de relâchement ; la verge est dans un état de demi-érection, L'urine (2) est d'un jaune foncé. La
(■]) Coçkbum (1717) est, je crois, le premier qui ait assigné ce siège à la gonorrhée, et qui ait ainsi jeté un jour véritable sur la nature de la matière sécrétée. Sous ce rapport, il a été beaucoup plus précis que ses devanciers et que plusieurs de ses successeurs, lesquels regardaient les vésicules séminales et la prostate comme le siège du mal, et croyaient que l'écoulement (qui peut s'élever, en quantité, jusqu'à U onces en vingtquairc heures) était composé de liqueur prostatique. Cockburn a donc donné de la maladie une explication beaucoup plus physiologique.
(2) Le gonlîcmcnl de la verge, peut-être aussi le rétrécissement résultant de l'inflammation du ranal , la crainte que cause au malade la douleur qui accompagne rémission des urines, et le spasme qui en est la conséquence, font que le jet est mince et petit ; souvent même il s'éparpille aussitôt après sa sortie, sans doute à cause <fes inégalités qui se forment à l'intérieur du canal.
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nuit, le malade éprouve des érections (1) fréquentes et douloureuses, souvent accompagnées d'éjaculalion.
17. — Ordinairement, peu de temps après l'apparition de la brûlure (2) en urinant, il commence à couler (3), pan goutte, du canal de l'urètre, une matière semblable à de l'eau mêlée avec du lait.
18. — Le malade rapporte le siège de la douleur qu'il éprouve pendant l'érection à la partie postérieure du gland (4), dans le canal de l'urètre ; et Ton remarque que celui-ci paraît écorché intérieurement, un peu en arrière de son ouverture.
(1) Les érections douloureuses el Ja douleur de brûlure en urinant sont les deux symptômes qui distinguent la gonorrhée primitive des écoulements secondaires el des autres suintements urélraux.
(2) Cette douleur et les symptômes qui raccompagnent peuvent durer pendant quelques jours et môme pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce que le virus, cause de l'irritation, ait été entraîné par l'écoulement. Il arrive môme quelquefois que ce symptôme incommode, el même dangereux, dure pendant quelque temps sans que l'écoulement persiste. C'est à celle variété qu'on a donné improprement le nom de blennorrhagie sèche.
(3) A l'étal sain, la surface inlerne du canal de l'urètre est lubrifiée par un liquide transparent, visqueux , ténu , qui est excrété par les orifices des vaisseaux sudoiiparcs el des glandes muqueuses. Ce mucus a pour effet d'empêcher les parties irritantes de l'urine d'agir sur les tissus qu'elle touche pendant son émission. La nature irritante du virus vénérien fait que celui-ci augmente la sécrClion de ces glandules, ce qui est un effet de la prévoyance de la nature, puisque, par ce moyen, le virus se trouve atténué et entraîné. En même temps la force constrictive du canal de l'urètre fait que ce liquide ne coule que par poulies.
(4) Le siège ordinaire de la gonorrhée se iiouve à un pouce el demi ou deux pouces de l'orifice de l'urètre ; mais dans les cas les plus graves l'inflammation s'étend à toute la longueur de ce canal, dont la face inlerne esl d'un rouge érysipélateux. Il n'est pas aisé de dire pourquoi la matière gonorrhéique arrive exactement à celte place. Peut-être agit- elle d'abord sur l'ouverlure même du méat, pour arriver peu à peu au point qui est le plus sensible a son action, et d'où l'urine a le plus de peine à
l'enlever.
19. — Tant que dure l'écoulement, la douleur de brûlure (1) diminue peu à peu. Avec le temps, souvent par intermittence, le liquide excrété qui élait d'abord aqueux et laiteux, s'épaissit, prend l'aspect du suif fondu, puis devient jaune et purulent (2), répandant une odeur désagréable, tout à fait spécifique.
20. — Lorsque les douleurs et les accidents inflammatoires sont abandonnés à eux-mêmes, la maladie passe à la troisième période. La blennorrhagie simple tend alors d'elle-même à la guérison, sans le secours de Fart. Les érections cessent d'être douloureuses ; le malade retient ses urines plus facilement, et le jet est
(1) 11 y a des blennorrhagies dans lesquelles ia douleur de brûlure esl presque nulle, tandis que l'écoulement est très abondant , et d'autres où la douleur précède l'écoulement de plusieurs semaines. H y a aussi quelques cas assez rares dans lesquels le mal semble rester toujours à la seconde période : c'est la gonorrhée sèche, où il existe de la brûlure et de la dysurie sans aucune apparence d'écoulement. Cette espèce peut se guérir sans que ce dernier symptôme paraisse jamais. Celte soi-disant gonorrhée sèche est dangereuse, parce que le tissu propre de la verge s'enflamme souvent, ce qui amène fréquemment des fistules.
(2) L'écoulement purulent pourrait paraître le signe de l'existence d'un ulcère dans le canal. Ce serait une erreur; car dans la gonorrhée simple cette lésion n'existe jamais. 11 y a, en effet, des cas où une matière purulente peut être sécrétée sans qu'il existe de perte de substance, c'est-àdire d'ulcère. On a trouvé la surface extérieure des poumons, les intestins couverts de pus, sans la moindre trace d'exulcération. On voit dans i'ophtlialmie scrofuleuse ou autres, dans un coryza violent, un véritable écoulement de pus, sans qu'on puisse découvrir la présence d'aucun ulcère. Si la matière jaune delà gonorrhée provenait d'un ulcère, on ne pourrait expliquer comment, en supposant môme que toute l'étendue du canal soit ulcérée, celte surface pourrait fournir l'énorme quantité de pus qui s'écoule pendant le cours d'une gonorrhée; et comme la gonorrhée reconnaît pour cause le virus vénérien, on ire pourrait expliquer, dans l'hypothèse d'une ulcération, comment elle guérit sans mercure,puisque tout ulcère syphilitique ne peut être cicatrisé sans l'intervention de cet agent. Cependant la gonorrhée simple peut guérir par les seuls efforts de la nature, ou du moins après un traitement simple, dans lequel le
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plus large et plus fort. L/écoulement, qui était d'abord épais et coloré, prend peu à peu une teinte blanchâtre et finit par devenir incolore. ( rarement reste-t-il coloré jusqu'à la fin) : il devient semblable à du blanc d'oeuf, visqueux, formantdes fils quand on Ta écrasé entre les doigts , transparent et d'une nature (1) moins irritante. 21. — Cet écoulement diminue chaque jour davantage, en même temps que le malade éprouve au gland et dans le canal une sensation pruriteuse, accompagnée d'une tendance non désagréable aux érections. Enfin, il ne se forme plus que des flocons filamenteux qui nagent dans l'urine, et qui ne tardent pas à disparaître
mercure ne tienl aucune place. Chez les personnes qui onl été guéries d'une gonorrhée, il arrive souvent qu'une goutte de mucus jaune et purulent reparaît à rentrée du canal après que le malade s'est échauffé, qu'il a fait abus de boissons spiritueuses ou du coït, etc. Cependant c'est principalement pendant la période inflammatoire que l'écoulement gonorrhéique est purulent, tandis que, dans l'hypothèse d'un ulcère, ce devrait être aussitôt après que l'inflammation commence à diminuer. Du reste, l'ouverture des cadavres donne de nombreux exemples qui viennent k l'appui de cette opinion, soit qu'on examine le canal de l'urètre d'hommes qui ont succombé pendant qu'ils étaient atteints d'une blennorrhagie, soit qu'il s'agisse de sujets qui avaient eu celle maladie longtemps avant leur mort. On ne trouvait chez ces derniers aucune cicalrice, excepté dans des cas très rares; et, chez les autres, on ne remarquait aucune trace d'ulcère sur les points atteints par la maladie. Ceux-ci étaient seulement rouges et comme excoriés; la matière colorée pouvait être exprimée de la membrane interne du canal , tandis que le pus était libre et réuni dans les lacunes qui séparent l'orifice des canaux excréteurs des glandules muqueuses; mais sans qu'il y eût d'ulcération. Les vaisseaux lymphatiques étaient comme distendus et injectés par une matière blanche. Pou, Morgagni, Ilunter, Sloll professaient celle opinion.
(1) La matière qui s'écoule dans une gonorrhée paraît être de lu lymphe coagulable. On reconnaît qu'elle devient d'une bonne nature, lorsque (les autres symptômes ayant diminué) elle forme sur le linge umc tache qui ne traverse pas l'épaisseur entière des tissus, tache que l'on peut enlever par le frottement, sans qu'il en reste aucune trace. Tant que celle matière est virulente, elle colore fortement le linge et l'imbibe entièrement.
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avec les dernières traces de chatouillement. La blennorrhagie guérit ordinairement de la sorte en quatre ou cinq semaines.
22. — Telle est la marche ordinaire de la blennorrhagic, mais les variétés en sont innombrables.
23. — Lorsque l'irritation causée par la matière blennorrhagique se rapproche davantage de l'inflammation, les sensations douloureuses ressenties par le malade ne sont plus bornées au siège primitif du mal.
24. — Une sensation de pesanteur étendue à tout le bassin , une sensibilité extrême des bourses , des testicules, du périnée, du sacrum et des hanches, des élancements dans le gland, une atroce brûlure pendant l'émission des urines , la rougeur de celles-ci, des érections fréquentes et douloureuses , des garderobes pénibles, sont les symptômes qu'on observe généralement en pareil cas. Les glandes de l'aine s'engorgent aussi assez souvent.
25. — Si l'inflammation est encore plus forte, tout le canal de l'urètre devient d'un rouge érysipélateux ; il semble raccourci , des érections non interrompues (priapisme) amènent le renversement de la verge (cordée), qui est accompagné des plus vives douleurs et de l'écoulement d'un peu de sang (1). L'émission fréquente du sperme cause une véritable torture. L'urine est d'un rouge foncé, Acre, brûlante ; le malade est obligé de la rendre a chaque instant, encore n'obtient-il chaque fois que la valeur d'une cuillerée à thé de ce liquide. Quelquefois même l'urine ne coule que goutte à goutte, et encore au milieu des contractions involontaires des
(1) Celui-ci csi fourni par de pelils vaisseaux, qui se trouvent ainsi rompus pendant que les érections congestionnent la membrane muqueuse de l'urètre.
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muscles du visage, surtout au moment où paraissent les dernières gouttes. Souvent le malade ne peut rester tranquille pendant plus d'un quart d'heure, et il arrive fréquemment que la rétention devient complète. Le membre viril est très douloureux extérieurement , les lèvres du méat se collent. On observe aussi le gonflement de quelques glandules le long du canal de l'urètre, et un gonflement douloureux du périnée, souvent accompagnés d'envies d'aller à la selle. L'écoulement est clair, acre, d'une mauvaise couleur verdàtre ou grisâtre (1), souvent strié de sang; il imbibe le linge et forme des taches de la même nuance que lui. La douleur est violente, elle accélère le pouls ; il y a des frissons et de la chaleur tout à la fois, surtout vers le soir ; le sang que Ton relire de la veine est souvent couenneux.
26. — Cette marche de la maladie n'est jamais naturelle; il faut ou que le sujet porte avec lui quelque mauvaise disposition organique, ou, ce qui est plus fréquent, qu'il commette quelque faute de régime, ou qu'il lui survienne quelque accident, comme un accès de fièvre, un refroidissement, un accès de colère, une violente frayeur, qu'il se livre à la danse et à Téquitation, qu'il s'abandonne au coït, à l'usage des boissons irritantes, qu'il prenne des purgatifs, qu'il fasse des injections irritantes, etc., pour que la maladie arrive à un tel degré d'intensité. Lorsque de semblables complications se présentent, la maladie marche d'un pas rapide, si on ne lui oppose pas un traitement convenable, et l'on peut voir surgir les symptômes les plus graves.
(1) Cetle teinte dépend presque toujours de la présence d'un peu de sang.
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27. — Le priapisme amène facilement la gangrène ; l'inflammation des glandules du canal de l'urètre cause des abcès qui s'ouvrent soit à l'intérieur de ce canal, soit à l'extérieur. Le gonflement du périnée et probablement celui des glandes de Cowper forment aussi des abcès, qui donnent naissance plus tard à une fistule périnéale entretenue par le passage anormal de l'urine. La prostate s'enflamme et s'indure, elle suppure rarement. Le prépuce s'enflamme, surtout par le contact de la matière gonorrhéique qui s'insinue entre lui et le gland ; de là résulte, comme conséquence, des chancres du prépuce ou une balanite. Ou bien le prépuce se gonfle , et il se fait un phimosis ou un paraphimosis. Quelquefois l'écoulement cesse brusquement, et alors il survient une orchite sympathique ou un engorgement des glandes de l'aine.
28. — Après que le malade s'est plaint d'une sorte de colique dans le bas-ventre, d'une sensation de faiblesse dans les lombes et le bassin , de douleurs dans les os du coccyx et dans toute l'étendue de l'urètre, d'envies de vomir, on voit le cordon testiculaire s'engorger, puis l'épididyme et enfin le corps môme du testicule participer à cet état. Il est rare que la maladie paraisse des deux côtés à la fois ; elle est généralement limitée à un seul. Cette orchite s'accompagne d'une fièvre symplomalique : le pouls est vile, plein et dur. Le testicule malade forme une tumeur molle (chaudepisse tombée dans les bourses), qui durcit peu à peu ; mais l'épididyme reste toujours plus dur, sensible; il est le siège d'une douleur pressive sourde, accompagnée d'élancements. Ces souffrances paraissent insupportables au malade.