VI AVANT-PROPOS
lapplicabilité do la (•onc(>i)tioiiquel on propose dune science (les mœurs et dune technique morale qui s y appuierait. Nous ne voyons pas qu'on ait guère fait ni l un ni laiitre ^. et l'on avoue en lin de compte, en répondant à ceux c[u on accuse d'être dupes de leur impuissance à <.< modifier leur attitude mentale « et de leur conliance dans la « méthode dialectique », que l'analogie sur laquelle on sappuie« reste jusqu'à présent presque purement idéale ». Il nous paraît pour notre compte plus conforme au véritable « esprit scientifique » de maintenir des réserves inspirées par l examen des faits, alors même qu'elles auraient pour conséquence de restreindre, selon les exigences d une critique vraiment exempte de préjugés, le caractère scientifique attribuable à la morale. C'est pourquoi nous avons sans hésitation écarté le terme de « morale scientifique ».
Mais à supposer même cpiaucune difficulté ne compromît la validité intrinsèque dune telle idée, on reconnaît unanimement, chez ses partisans comme chez ses adversaires, combien on est loin de ])ouvoir la mettre en œuvre. C'est au contraire un premier pas nécessaire, et dès à présent faisable, que d'esquisser et peut-être même de constituer une morale affranchie de toutes les incertitudes de la métaphysique et des dogmes religieux, c'est-à-dire une morale positive. Soyons donc modeste et tâchons de travailler à l'œuvre qui apparaît immédiatement j)ossible puisqu'elle est, en tout état de cause, la condition inévitalde de l'autre, i)lus lointaine et plus définitive, que l'on attend de 1 avenir. Si ce n'est (pi une étape, c'est du moins celle (|ui se propose tout d'abord à nos pas encore mal assurés. Aucune école plus que l'école sociologique n'a insisté — que l'idée soit vraie ou fausse — sur la lenteur des évolutions sociales et leur continuité, sur la corrélation des croyances d une société avec son organisation, sur l'impossibilité pour
I. .M. Lévy-Brulil, daii^ .son récent article dclu Ileiuel'hilosop/iii/ne, juillcl 1!(06. (III il iL'iXind à ses diffC'renl.s critiques.
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un lioininc de nrlrr pas de son temps. Aucune ne serait donc nioin.s en droit de leproclier à notre tentative de s adapter en ([uelqiie mesure à des idées encore vivantes, d'ailleurs soimiises à la critiipie. à 1 état réel des consciences, d'ailleurs conviées à rétlécliir et à se rectilier. H y aurait une nuance de vanité et de pliarisaïsme intellectuel de la ])art de celui tpii, à force d'.insister sur la ténacité des préjugés ([u'il cliO((ue el des habitudes d esprit ([ui lui résistent, donnerait à entendre que la nouveauté de ses idées fait une révolution dans la science et quOn ne les critique cpie faute de les pouvoir comprendre. De telles prétentions sont fort éloignées de notre jiensée. Nous serions heureux si seulement nous pouvions aider, en y participant, à un mouvement déjà commencé dans les esprits, (le serait déjà sui\ant nous, un assez diflicile. mais bien désirable progrès dans le sens de l accord des esprits, et de l'harmonie pratique des volontés, si. à défaut d'une certitude sociologi(pie que nous ne |)Ouvons ni fournir ni j)romettre. on en venait sim[)lement à reconnaître avec nous 1 humanité autonome, maîtresse de lixer la destinée (]u elle se choisit et créatrice de |)lus en plus consciente dvi^ règles qui lui paraîtront le plus |)ropres à (Mi assurer l'accomplissement.