Lévy-Bruhl, op. cil., p. Iy
faire plus loin. Or pour le moment, ce qui nous frappe c'est que jusqu'ici on nous a donné de la « Science des mœurs » une idée qui est en dehors de toutes ces analogies. Cette idée semble être surtout d'établir la solidarité historique des phénomènes sociaux soit dans la succession, soit dans le simultané. Or toutes les sciences de la nature ont pour méthode précisément de décomposer la réalité en ses facteurs relativement simples et fixes, de diviser le déterminisme toujours insaisissable comme loi synthétique de la réalité concrète, en des déterminismes partiels ou élémentaires. C'est à cette condition seule que nous pouvons comprendre les choses. C'est à cette condition aussi que nous pouvons obtenir des prédictions qui sont toujours conditionnelles, et non catégoriques, qui portent sur les effets nécessaires de causes supposées et non sur des événements pris en bloc *. C'est par là aussi que les techniques sont possibles, et que les lois du réel sont en même temps utilisables pour nos fins, parce que la position des causes est supposée dépendre de nous, les effets seuls dépendant à leur tour de ces causes par une nécessité naturelle. Mais aucune science de la nature, et à plus forte raison aucune technique ne se place, comme on le fait ici, à un point de vue historique, où la réalité concrète apparaîtrait comme un ensemble massif où tout se tient, et do}it fait partie l'action elle-même qui est censée devoir la modifier, dont font partie les fins mêmes en vue desquelles on la modifierait". Or à ce point de vue, c'est en effet dans une sorte de fatalisme que l'on retombe d'une façon presque explicite, sinon avouée. Puisque nos institutions et nos juge-
1. Cf. notre article : Science et pratique sociales, /»ei'. pkilosop/iique, février 1893, p. 197 et suiv.