Ihid., p
3. P. 145. « Son autorité (celle de la morale d'un peuple donné) est donc toujours assurée, tant qu'elle est réelle. » Cette formule n'est peut-être que trop lumineuse.
4. On remarquera l'interversion qui semble s'être produite dans l'attitude des diverses théories. 11 n'y a pas plus de vingt-cinq ans, c'étaient les morales positives et scientifiques qui passaient pour «subversives » tandis que les morales philosophiques et rationnelles ne faisaient guère, en France du moins, que revêtir l'intuition morale commune de formules plus ou moins abstraites. Aujourd'hui, comme si un certain équilibre devait se maintenir entre les forces socialps, c'est la morale aprioristique qui se tient volontiers pour révolutionnaire (cf. Cantecor. article cité, p. 387), et par compensation la morale positive qui fournit un appui au conservatisme.
rationnel », dont on nous parle sans nous donner nulle part la moindre description, le moindre exemple de ce qu'il pourrait être ? Comment peut-il en être question là où l'on paraît enlever toute prise à l'action, et supprimer jusqu'au désir même de rien faire?
Dira-t-on que cette idée du changement viendra du progrès scientifique lui-môme ? Mais outre que la science future ne sera pas plus normative que la science présente, comment susciterait-elle cette indépendance critique, s'il est vrai que « l'esprit humain se trouve toujours satisfait de la conception intellectuelle du monde, quelle qu'elle soit, qui lui est transmise ^ » ? Si l'esprit scientifique est aussi conservateur, aussi enchaîné à la tradition sociale que les sentiments pratiques, d'où viendra l'autonomie critique sans laquelle une technique sociale scientifique serait sans usage?
On se défend, il est vrai (et cela même est presque un aveu), de tomber dans le fatalisme : « Admettre que cette réalité [sociale] a ses lois, analogues à celles de la nature physique, n'équivaut nullement à la considérer comme soumise à une espèce de fatum et à désespérer d'y apporter aucune amélioration. Au contraire c'est l'existence même de ces lois qui en rendant la science possible rend aussi possible le progrès social réfléchi. . . Quand les sciences sociales auront faits des progrès comparables à ceux des sciences physiques on peut penser que leurs applications seront aussi très précieuses " ». Fort bien ; mais on ne s'appuie ici que sur l'analogie de la « science des mœurs » et des sciences de la nature, pour conclure à l'analogue possibilité de techniques correspondantes. On n'a nulle part critiqué cette analogie présumée, et nous aurons à le