I. — LA MÉTAPHYSIQUE
Avant toutefois d'aborder directement cette question, il conviendrait d'établir l'impuissance réelle de la spéculation a priori à la résoudre et à constituer une « morale théorique ». La démonstration de M. Lévj'^-Bruhl sur ce point pourrait sembler suffisante pour nous dispenser d'y revenir. Elle est, croyons-nous, juste dans ses grandes lignes et persuasive dans sa forme. Peut-on dire qu'elle soit au même degré probante ? 11 me semble nécessaire de suivre plus docilement, je dirais volontiers, plus naïvement les métaphysiciens sur leur propre terrain, pour bien montrer par où pèchent leurs prétentions en morale. Il faut consentir à faire de la métaphysique j)Our empêcher d'une façon décisive les empiétements de la métaphysique, en se plaçant à son propre pointde vue. El ari œi.).oo-o»Y)':iov, stî. 'i'JvOa-osriTÉov. Une analyse critique du rôle que l'on prétend donner en morale aux concepts métaphysiques et à la méthode à priori n'aura peut-être pas toute l'élégance d'une étude historique et psychologique, ni même peut-être autant d'influence sur le jugement de la plupart des lecteurs. Elle n'en semble pas moins indispensable en dernier ressort, et seule rigoureusement topique.
La pensée métaphysique revêt deux formes principales : elle est ontologique et dogmatique; ou bien simplement formelle et critique. Distinguons pour plus de commodité ces deux formes de rajîriorisme en morale, bien qu'en réalité les concepts de la philosophie ontologique tendent de plus en plus à jouer un rôle purement formel qui a toujours été leur vraie raison d'être pour le pur philosophe, distino'ué du crovant.
§ 1. — Stérilité de la métaphysiuue
D'une morale fondée sur une métaphysique, dans le sens ontologique du mot, nous trouverons un spécimen assez approprié à notre discussion dans le livre récent de M. Dunan \ Xon seulement, en effet, l'auteur s'est fait connaître par ses écrits antérieurs comme un métaphysicien fort estimable, mais sa pensée, tant au point de vue métaphysique qu'au point de vue moral, est empreinte d'une certaine largeur et d'une réelle modération . Quoiqu'elle se maintienne dans la ligne générale du spiritualisme, elle est exempte de certaines étroitesses qui n'ont que trop souvent discrédité la critique spiritualiste ou même kantienne des doctrines empiriques. Sa métaphysique se réduit, pourrait-on dire, au strict minimun ; et en outre, loin d'être systématiquement hostile à toute doctrine d'immanence, elle pense pouvoir concilier, dans l'idée de la vie, l'immanence et la transcendance : « l'immanence nécessaire à la morale » si l'on veut maintenir « l'autonomie de la volonté humaine », avec la transcendance qui exprime la dépendance du relatif à l'égard de l'absolu -. Ce qu'il faudrait reprocher
1. Essai de philosophie générale, 3° fascicule, chez Delagrave.