Nous écrivions cela en 1894, il ne faut pas l'oublier
2. Nous retrouvons une critique du même genre dans le récenl ouvrage de M. Fouillée. Les Éléments sociologiques de la morale, Paris. F. Alcan, 1905, p. 290-291.
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critérium objectif le plus sûr de Tutile. Le spiritualisme ne suivait guère les utilitaires sur ce terrain qui lui était relativement nouveau et même étranger. Confondant arbitrairement, comme Kant en avait donné l'exemple, Tutilitarisme et l'égoïsme', il visait surtout les dangers moraux d'une doctrine qu'il comprenait de travers. Il essayait sans doute de renverser cette construction « pseudo-historique » ; mais on sentait que sa sociologie et sa psychologie n'étaient guère ici que le docile instrument de ses scrupules moraux, respectables à coup sûr, mais plus ou moins bien placés. Il craignait, bien à tort suivant nous, que cette conception des origines de la conscience morale n'en compromît l'autorité, parce qu'enfin elle « rompait le charme » ■ ; comme si, avait déjà répondu Stuart-Miir\ les sentiments moraux perdaient leur valeur à êlre supposés acquis plutôt qu'innés. Les spiritualistes semblaient imaginer, bien illogiquement, cro3'ons-nous, que l'homme serait tenté de retourner vers ses origines dès qu'elles lui serait connues, et de reprendre sa conscience de sauvage, comme si la meilleure garantie contre une semblable velléité n'était pas précisément de
1. 11 est à ])('ine besoin d'expliquer ici que l'Utilitarisme s'oppose simplement, d'une manière générale, à toute doctrine qui admet un bien en soi, un devoir en soi, c'est-à-dire qui refuse de reconnaître comme morale une règle de conduite définie par la considération des résultats; ou encore aux doctrines qui, sacrifiant d'une autre manière la finalité, s'en tiendraient au mécanisme. L'Egoïsme loin de se confondre avec l'Utilitarisme, dont il serait seulement une espèce, pèche par insuffisance et non par excès d'Utilitarisme, puisque de toutes les utilités qui peuvent être engagées dans un acte, il ne considère que celles de l'agent. Quant à la démonstration de Kant, suivant qui tous les « motifs matériels », quels qu'ils soient, se ramènent au « désir du bonheur personnel », elle est d'une psychologie étrangement sommaire, et repose, en gros, sur ce sophisme : que ce qu'on fait avec i)laisir, on le fait par plaisir ou même uniquement en vue du plaisir.
2. Marion. Leçons fie morale, p. 88. Cf. Carrau. Eludes sur l'évolulion. V. En quête d'une morale posiiive, p. 84. note.