M. Durkheim, op. cit., p
et extrinsèques : par exemple le Juif ci'oyait que laveh protégeait son peuple et que tout blasphème, toute offense aux prescriptions religieuses, menaçait la nation entière de toutes sortes de veng-eances et de cataclysmes matériels ou politiques, comme il croyait que la bonne observance du culte lui vaudrait Tempire du monde, « Quand on mutila, écrit Bagehot, les statues d'Hermès qui décoraient les rues, les Athéniens furent épouvantés et exaspérés; ils pensaient qu'ils seraie?it tous minés, parce que quelqu'un avait mutilé la statue d'un Dieu et l'avait ainsi irrité. » De même
'lors du sacrilège commis à Saint-Sulpice le 28 juillet 1648, « les habitants de la pieuse paroisse furent saisis d'horreur. . . Les divertissements cessèrent aussitôt et chacun s'ingénia, en s'imposant des mortifications personnelles, à apaiser la justice divine ». Le danger que l'on redoute ainsi ce n'est donc pas seulement le danger de voir s'affaiblir une croyance « à laquelle on tient énergiquement » ; c'est un danger qui est conçu comme une conséquence de l'acte impie. Sans doute l'attachement aux croyances traditionnelles a quelque chose d'instinctif. Mais dès qu'on veut le justifier et se
• l'exphquer ne faut-il pas invoquer quelque raison plus matérielle, et distincte de cet attachement même? D'un autre côté nous verrons qu'au fur et à mesure que la réalité objective de tels dangers ou de telles utilités est démentie par l'expérience, les pénalités à l'aide desquelles se maintiennent les cro3'^ances ou les pratiques en question sont réprouvées par l'opinion et disparaissent précisément de la législation ; elles cessent graduellement d'intéresser la morale, lorsque le sentiment de l'utilité sociale s'en est retiré.
Ainsi l'utilité attribuée à certaines institutions ou à certaines coutumes pouvait n'être qu'illusoire ; mais il n'en
saurait résulter que le sentiment de l'utilité n'3' fût pour rien.
Dans bien des cas même, Tillusion serait de croire qu'une telle utilité eût été totalementabsente. Il est vraiment troj) simple de dire que l'abstinence de porc n'était pas nécessaire à la société juive; il faudrait pourtant se demandersi cette interdiction s'est établie d'une manière absolument arbitraire, ou si ceux qui l'ont introduite n'avaient pas, par exemple, quelque motif d'hygiène, comme cela semble certain pour l'interdiction musulmane du vin. Il en était probablement ainsi pour le mode d'abatage des animaux particulier aux Juifs, et qui en pays très chaud, pouvait être plus favorable à la consiTvation des viandes. On comprendra aisément d'ailleurs que chez les peuples primitifs il fallait bien que les prescriptions de ce genre fussent imposées et généralisées par le pouvoir « spirituel » composé des hommes réputés les plus éclairés et les plus expérimentés. La religion qui ne nous paraît aujourd'hui embrasser que le côté le plus idéal, le plus intérieur de la vie humaine, s'applique à l'origine aux questions les plus matérielles. D'autre part le primitif distingue mal, on l'a souvent montré, la connaissance positive de la magie la })lus fantaisiste. La médecine et la religion sont constamment associées ; et A. Comte avec une réelle largeur d'esprit insiste à mainte reprise sur les services relatifs rendus à la science par le fétichisme. Il nous est loisible de déclarer que toutes sortes de pratiques superstitieuses sont effectivement inutiles aux peuples qui les adoptent ; mais elles ne le sont pas à leurs yeux. Ils croient à des dieux, et d'ordinaire à des dieux nationaux, qu'il s'agit de se concilier, dont il faut par des prières et des sacrifices obtenir la faveur ou détourner la colère.
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Il en est de même du culte des morts '. Aujourd'hui, il peut nous paraître purement sentimental ou esthétique. Mais ce serait en oublier les origines et témoigner d'une critique bien subjective que d'en méconnaître le caractère primitivement fort utilitaire. Les morts pour l'homme primitif forment une société réelle, quoique invisible, à côté de la société visible, ou plutôt morts et vivants ne forment qu'une même société. Cette idée que le philosophe moderne peut, avec A. Comte, entendre dans un sens tout idéal, le sauvage l'entend dans un sens matériel. Sa croyance à la persistance au delà de la mort, a d'ailleurs à l'origine des raisons et un cai'actère tout physiques. Le mort a des besoins auxquels il faut pourvoir, sous peine d'encourir une vengeance d'autant plus redoutée qu'elle est entourée de mystère. Les sacrifices qu'on offre au mort sont composés des objets ou des êtres qu'on suppose devoir lui être utiles ou agréables, et l'on pense ainsi se mettre en règle avec des esprits volontiers malveillants et jaloux. Si plus tard ce culte prend une valeur en partie symbolique, si le sacrifice cesse de plus en plus d'avoir le caractère d'une fourniture pour devenir un signe de soumission et de dévouement, la préoccupation de l'utilité publique ou personnelle ne disparaît pas pour cela. On persiste à croire que ces témoignages sont agréables au dieu. Ce sentiment est encore sensible dans les religions les plus épurées, et s'il domine quelque part, c'est toujours chez les moins cultivés de leurs adhérents. L'homme du peuple ne prie guère que pour demander ; les mysticités de « l'amour pur » lui sont inconnues. 11 mendie des grâces qui ne sont pas souvent des grâces spirituelles. Le culte j)ubric qui est l'expression des croyances mo3'^ennes et non des plus élevées, comporte des prières où Ion demande