‹ Études de morale positive (volume 2)Chapitre 49 sur 134 · NOMBRE DE SURVIVANTS SUR 1 000 NAISSANCES · texte numérisé non relu

NOMBRE DE SURVIVANTS SUR 1 000 NAISSANCES

1. Nous emi)runtons ces données à Levasseur, Population de la France, t. II, p. 295. Voir aussi le tableau graphique très frappant qui rend cette statistique sensible au.\ yeux, p. :297. Aux chiffres que Levasseur nous donnait en 1894, nous ajoutons aujourd'hui ceux que nous fournit la StaHsfique Qe'nérale pour 1898-1903. Ils confirment encore nos conclusions. Nous les trouvons dans les articles de M. L. March, directeur de la Statistique générale. Journal de la Société de Statistique de Paris, sept, et oct. 1906.

\ge.

Duvillard.

Statistique générale il8Cl-

Ce n'est qu'aux âges extrêmes entre 90 et 100 ans que les chiffres de survie apparaissent supérieurs dans les anciennes tables. Mais cette apparence même n'infirme pas notre thèse. Car il faut bien finir par s'en aller ; au terme naturel de la vie la courbe de mortalité se précipite donc et d'autant plus vite que l'élimination aura été moins accentuée auparavant \ Ainsi malgré les entraves apportées à la sélection infantile, la vitalité de la race à tous les âges, au lieu d'être en décroissance, s'est au contraire constamment accrue. C'est ce qui montre la part énorme qu'a dans la mortalité humaine, comme dans tous les genres de malheur (le malheur aboutissant toujours à quelque affaiblissement vital), le pur accident qu'on peut éviter ou réparer sans avoir à payer plus tard ce salut. C'est ce qui montre surtout que si quelques-uns sont « artificiellement » sauvegardés, ce n'est pas fatalement au prix d'un abaissement du niveau moyen de la vie "-.

11 n'y a donc finalement aucune raison de ne pas avoir égard, lorsqu'on veut apprécier le niveau du bien-être général, aux souffrances individuelles supprimées ou diminuées, même tout momentanément. A tout prendre, le bonheur de la société n'existe que dans ses membres, quelque tendance qu'ait la nouvelle sociologie à réaliser' la Société en dehors d'eux. Assurément il ne faudrait pas s'appliquer à assurer la prospérité des purs parasites ^ comme un

1. Ces résultats sont absolument conrirniés par les recherches (le M. Leclen; pour la Belgique, Tables de mortalité et de survie, et tables de population pour la Belgique; Bruxelles. Hayez, 1893. Comparant les tables de Quételet aux résultats de ses propres recherches, M. Leclcrc constate également qu'à lous les âges, sauf, comme tout à l'heure, à l'âge limite, la survie est en faveur du temps présent. Voir le tableau, p. 51.

t. L. Weber, dans son article sur Dégénérescence de M. Nordau, i\evue de Métaphysique et de Morale, mai 1894, p. 359 et suiv.. 3. Et c'est précisément ce que ferait et fait déjà en partie la sélec-

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malade qui, pour se soigner, veillerait au bon développement de cellules cancéreuses ; mais tout ce qu'on pourra faire pour entretenir les cellules normales atrophiées n'est-il pas un gain pour le corps? C'est à ces dernières qu'il faut comparer les vraies misères à secourir. A moins de considérer a priori ces éléments comme étrangers au système, ces individus comme forclos de la société, ce qui est précisément la question, comment ne pas faire entrer en ligne de compte le niveau de leur vie à eux ?

Le bonheur et la vitalité des êtres sains eux-mêmes y sont intéressés. Car il ne faut pas oublier ce que le spectacle continuel de la misère a de douloureux et d'énervant pour eux. Le pessimisme qu'il engendre ne peut avoir que des effets déprimants et nous paraît de nature à faire perdre à la sociéié beaucoup plus que ne lui coûtent les sacrifices qu'elle s'impose de ce chef. Directement ces sacrifices ont l'air improductifs ; indirectement ils aboutissent encore à un profit.

Ce bénéfice est d'autant plus réel que dans toute application intelligente de la charité le bienfait coûte beaucoup moins à celui qui le fait qu'il ne profite à celui qui le reçoit. L'n sacrifice insignifiant pour celui qui a beaucoup peut, s'il est bien placé, être le salut moral ou physique de toute une existence. Ce rien peut être tout pour celui qui n'a rien. On a trop souvent une tendance à traiter mathématiquement les facteurs sociaux et psychologiques. Xous sommes dupes ici de notre matérialisme inconscient qui objective

tion opérant sur les bases fournies par l'évolution historique, le laisserfaire et la concurrence faussées par les injustices du passé et la contingence des institutions. Encore une fois qui sont les « incapables » ^I] y en a beaucoup parmi ceux qui vivent le plus aisément. Oublie-l-on que s'il y a des parasites en loques, il y en a aussi qui roulent carrosse ? El lesquels rongent le plus la substance vive de la société ?

Ténergie dans une chose, ridée dans le mot. la réalité vivante dans le signe. Un billet de banque se transporte, et nous croyons que la valeur n'a pas changé, parce l'objet est resté le même ; nous traitons ces quantités comme des grandeurs invariables qui ne font que changer de place. Mais il n'en est point ainsi de tout ce qui touche à la vie et à la conscience. Certains mathématiciens nous parlent d'espaces non-euclidiens où les figures changeraient de forme et de grandeur par le seul fait de changer do lieu. C'est bien du milieu social et ps3'chologique qu'on peut dir-e qu'il n'est pas euclidien pour les réalités qui s'3' meuvent.

On voit donc à quel point il faut restreindre cette « vérité incontestable, si bien démontrée » par M. Spencer et « contre laquelle il n'y a pas de subtilité dialectique qui puisse prévaloir ». Ce ne sont pas des subtilités dialectiques, ce sont des faits que nous lui opposons. Il n'en reste guère que l'observation d'un fait malheureusement trop fréquent, mais dont personne ne méconnaît ni la réalité ni le caractère fâcheux ; observation ensuile indûment généralisée à la lumière d'une formule commode, à allure scientifique, vraie d'ailleurs in ahstracto, mais dont les applications infiniment diversifiées ne peuvent être appréciées en bloc et demandent une analyse minutieuse par espèce. Rien, dans tout cela, ne nous permet de conclure, ni, comme y tend M. Spencer, que l'assistance en général et par essence soit mauvaise, ni, comme le voudrait M. Durkheim, que son existence et ses progrès attestent la fausseté du critérium de l'utilité sociale.

A considérer cette évolution de plus près, nous ne voyons pas qu'elle puisse non seulement justifier, mais même suggérer cette dernière conclusion. On méconnaît ici, en effet, trop visiblement la différence du subjectif

et l'objectif, du sentiment charitable et des applications qu'il icçoit. Ce qui g'randit assurément, en dépit des leçons de Spencer et de Bastiat, c'est le sentiment ])hilanthropique, mais quant aux institutions, elles tendent do plus en plus à se conformer au critérium de Futilité sociale. Des philanthropes en vue et qui ne sont guère suspects d'avoir un faible pour* la sélection naturelle ne cessent de nous rappeler les dangers d'une charité inconsidérée, et en ce sens ont dépensé peut-être plus d'encre et déplo3é plus d'esprit contre la charité que pour elle ; des moralistes plus voisins d'un idéalisme même un peu mystique que de l'utilitarisme même le plus large, condamnent avec énergie le système de « l'aumône » sous toutes ses formes \ L'ancienne charité considérée avant tout comme vertu individuelle ayant j)Our corrélatifs la pauvreté volontaire, la mendicité systématique également éi'igées en vertus, ce double contresens moral a disparu ou achève de disparaître. Le critérium subjectif de la vertu, du renoncement, de l'esprit du sacrifice, fait place au critérium objeclif du bien efTectivement réalisé, des résultats positifs obtenus. Quelque distance qu'il puisse y avoir encore en fait entre la pratique charitable et l'intérêt social, du moins l'idéal d'une charité vraiment utile est généralement accepté. A ce point de vue il ne faut donc pas dire que les leçons de Basiiat ou de Spencer aient été perdues. On peut même remarquer que le progrès de l'utilitarisme social et du sentiment chaiitable sont naturellement solidaires. Car, d'un coté, la charité est inconséquente si, voulant le bien de quelques-uns, elle reste indifférente au bien de tous ; et d'autre part les sentiments généreux ne peuvent manquer d'être décou-

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