‹ Études de morale positive (volume 2)Chapitre 76 sur 134 · Ainsi, tant qu'on se place au point de vue strictement · texte numérisé non relu

Ainsi, tant qu'on se place au point de vue strictement

J. Barone. Gioniale der/li Ecoiwmisli. 1894, d'après Revue socialiste, octobre 1894. p. 467.

économique, et dans l'hypothèse du régime économique réellement donné, on voit qu'il est extrêmement difficile de condamner le luxe d'une manière vraiment décisive. On peut cependant faire valoir certains arguments applicables au moins à certains cas.

1" Dabord certaines formes du luxe immobilisent et stérilisent une quantité relativement excessive de capital. Celui qui possède plusieurs maisons ou châteaux, dont chacun ne lui sert que quelques mois et peut-être quelques jours par an, détient une possibilité de jouissances dont personne ne profite. Un mécanisme social ainsi monté a évidemment un rendement très faible. Il ressemble à une usine qui aurait deux ou trois fois plus d'immeubles et de machines que sa production n'en peut utiliser. De même, si l'on enlève à la culture des étendues considérables de terre pour les consacrer à des parcs d'agrément ou à des réserves de chasse, il paraît clair qu'on restreint la production des objets de première nécessité, de la nourriture, au profit de satisfactions égoïstes, qui pour l'individu même sont tout à fait à Farrière-plan, et qui sont surtout sans portée sociale. On a fait renchérir la vie du pauvre. Le luxe à donc à cet égard des effets très analogues à ceux de l'avarice. Encore l'avarice a-t-elle cet avantage qu'elle se cache, et n'irrite pas les moins fortunés par le spectacle d'une richesse dont ils seraient si heureux de jouir quand elle ne profite à personne. Moralement, l'avarice, que nous n'avons d'ailleurs l'intention de défendre, niau[)oint de vue moral, ni au point de vue économique, est peut-être moins féconde en mauvais sentiments que certaines formes ou un certain degré de luxe.

â** Ce qu'on dit du capital, on peut aussi sur certains points l'appliquer au travail. C'est au gaspillage de tra-

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vail que M. Gide rapporte avec raison les principaux méfaits du luxe. « Le mauvais luxe ou la prodigalité, écrit-il, consiste dans une disproportion entre la quantité de travail social consommé et le dcLï,"ré de satisfaction indi\iduelle obtenue ^ « La c[uestion, rcmarque-t-il, n'est pas dans la quantité d'argent dépensée pour une satisfaction donnée, mais dans la matière ou le travail consommés. Celui qui se paye le luxe d'une domesticité surabondante, par exemple, immobilise des forces humaines plutôt qu'il ne les emploie. Un valet de pied, qui passe des heures à attendre des visites dans une antichambre, est du capital humain bien mal employé, sans parler de Fexemple immoral d'une oisiveté grassement payée.

Eu outre, il y a tel travail que nous ne voudrions jamais commander nous-mêmes, de (juelque argent que nous puissions disposer pour le payer. Nous souffrons de penser à l'existence des mineurs accroupis dans la noire galerie, nous tremblons pour le couvreur (jui s'expose tous les jours à des chutes mortelles. Le sentiment d'une inéluctable nécessité rassure pourtant ici notre conscience. Mais qui voudrait envoyer un homme chercher au péril de sa vie les nids d'hirondelles au creux des rochers abrupts des îles de la Sonde, comme le font les Chinois, pour la simple satisfaction d'une curiosité bizarre de leur palais blasé ? Qui voudrait, pour son compte, envoyer au fond de l'Océan le pécheur de perles malais, le filet à la main, pour les coquilles, le poignard aux dents, pour les requins? Au point de vue économique, des cas de ce genre sont peut-être assez insignifiants, mais ils sont bien propres à mettre en lumière un coté moral de la question, je veux dire Tinconscience avec laquelle, grâce à la com-

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