‹ Études de morale positive (volume 2)Chapitre 79 sur 134 · Cette induction peut porter · texte numérisé non relu

Cette induction peut porter

A. — Sur nos jugements actuels; et elle montre que le jugement morcd n intervient quà l'égard d'un agent conscient, et cela dès lors seulement que sa conduite est considérée comme engageant V'intérêt des autres, et finalement celui du groupe social auquel il appartient.

B — Sur Tensemble des données historiques ou ethnologiques : et elle établit de même : T statiquement [par voie de coïncidence) ; 2° fh/namiquement [c est-à-dire par la concordance de l apparition ou delà disparition des deux faits), que les règles morales sont, pour une société donnée, les règles que la collectivité impose à r individu dans l'intérêt discerné ou seulement senti, réel ou seulement imaginé, de la collectivité même, qui les sanctionne.

La formation de ces règles trouve son explication, en dehors de la fiction d'un être socicd distinct, dans la pression exercée par tous sur chacun, dans la prépondérance progressive des volontés et des intérêts concordants sur les volontés et les intérêts inharmo?îiques.

13. — Les exceptions apparentes à cette inférence générale s expliquent suffisamment soit par les erreurs et illusions inévitables des sociétés sur leur réel intérêt, — soit par des survivances, — soit par /'extension et la végétation ;j/;/.s- ou moins indépendantes des règles déjà admises et des institutions dé/à établies.

14. — Celte conclusion indactivc se confirme déduclivement, si, en la prenant comme hypothèse, on constate quelle peut fournir une explication facile et satisfaisante de l'ensemble des pjhénomenes moraux, et pAus précisément des idées et des sentiments de la conscience morale .

Or aucune théorie générale de la moralité n'en rend compjte d'une manière aussi complète ; et dans chacune d'elles on voit s'introduire tacitement l'idée du fait social au fur et à mesure que se révèle l' inadéquation de ses hypothèses trop générales et arbitraires à la compAexité des faits.

Rien, en particulier, n'est plus aisé ni phis conforme aux faits f{ue d expliquer les devoirs dits individuels par la morcde sociale ; tandis qu'il parait impossible ou tout à fait factice de déduire une morale sociale des devoirs individuels supposés premiers ; — scuis parler de ce qu'il y a peut-être de contradictoire à supposer l'idée même d'un devoir moral chez tin individu qui ne connaîtrait, en dehors de son individucdité propre, aucun être plus ou moins semblable à lui par la sensibilité, la pensée ou la volonté, avec lequel il soit en rapport.

On est étonné d'avoir encore à répondre à l'objection tirée, contre une morale à base sociale, des devoirs individuels ; mais nous savons par expérience que cette objection renaît constamment. Distinguons ici le point de vue de la causalité et celui de la finalité.

1° Au point de vue de la causalité, c'est-à-dire de l'origine de ces devoirs, la remarque essentielle est que l'idée même d'un devoir moral ne peut s'acquérir que dans le rapport des personnes entre elles (| 12). Nous ne pouvons nous sentir d'abord obligés qu'à l'égard d'autrui ; la notion môme des devoirs envers Dieu à laquelle toute

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'moralité est si communément rapportée suffirait à le prouver. Ce ne peut être que grâce à un processus psychologiquement tardif que, nous plaçant au point de vue des autres, nous pouvons nous considérer nous-mêmes comme un autre à Tégard de qui nous sommes tenus à des obligations analogues. Par exemple, il serait absurde et contraire aux faits de dire que Thomicide est défendu parce que le suicide Test. Nous ne découvrons que le suicide peut être immoral que lorsque nous sommes arrivés à l'assimiler à un homicide (Cf. IV Étude). Toute rhistoire montre que la notion de devoirs envers soi-même est une notion toujours tardive et toute corrélative, dans son contenu, à Tidée qu'on se fait des devoirs envers autrui. 2" Au point de vue de la finalité que sont les devoirs dits personnels ? Ce sont des devoirs sociaux indirects. Ils consistent à nous préparer, dans notre manière d'être personnelle, à l'ensemble des exigences de la vie sociale, à faire de nous-mêmes des êtres sociables, à accroître la valeur que nous pouvons avoir pour la société. C'est ce qui fait que ces devoirs ont un caractère extrêmement général, et même en partie formel; nos vertus personnelles ne seraient guère que des facultés, des forces (àpsTa'l, virtûtes) indifïérentes au bien et au mal moral (par exemple le courage) si l'on n'en supposait un emploi socialement bon (p. 233). C'est donc parce qu'il y a des devoirs sociaux qu'il y a des devoirs individuels, et ce sont les premiers qui déterminent ce que seront les seconds; l'inverse est faux en fait et presque impensable. Kant dit, il est vrai • « S'il n'y avait pas de devoirs de cette espèce (envers soimême), il n'^^en aurait d'aucune espèce. » Pur sophisme, qui confond le sujet du devoir (évidemment c'est toujours nous) et son objet, par suite la raison, la fin du devoir.

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De ce que c'est nous qui sommes obligés, on ne peut en conclure que nous le soyons envers nous.

15. — La moralité^ considérée dans sa réalité, comme fait naturel et comme objet cV expérience, serait donc essentiellement un ensemble de règles imposées par chaque collectivité à ses me?Jibres en vue du bien présumé de cette collectivité , et, jmr suite, subjectivement^ elle consisterait dans F obéissance à ces règles, et la disposition à y obéir.

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