‹ Études de morale positive (volume 2)Chapitre 85 sur 134 · LUi" est ù la /ois j)i-éciso et élevée · texte numérisé non relu

LUi" est ù la /ois j)i-éciso et élevée

Elle comjiorte en effet toute f étendue qu'on coudra lui donner ou qui' du iiioius romportera la représentation d'un sqstème possible de rapjiorts sociaux ; et pourtant elle commence en réalité dès le pcj'rnt ofi entrent en eontact deux spdières d'acticilé humaine. A cluujue niveau elle permet de définir des deroirs corresponduuts d' une man'ière relativement précise et concrète.

Elle pénètre donc le détail de la vie, sans i esser de- les comprendre, pur une sgnthèse graduellement étendue.

KSnUISSK I) LNK .MORALK l'OSITlVF. til^»

iiKiU smis (lisconltniiitr . sous des fuis de jtlus m /dits rtistes § 27 .

Les pruidijcs les i)Ihs i-irvrs /i\// siutt donc pas. commidans la jjIk part des si/slèmes. des abslrac fions hctnogènt's aux applicaiions les plus jjar/iculirres et s<tns communication dé jinissable avec elles.

39. — ■ ('"r.sV uni' morale g'i'aduelle. qui prend l homme tel qu il est. suns utopie sur sa nature et lui permet de s'élever procjressivement.

Certaines morales semblent supposer que la moralité préexiste, dans son essence et sa perfection, en un point de Tâme humaine, d'où il s agirait de la faire raxonner sur tout le reste. C'est ce qu'impliquerait, par exemple, la conception kantienne de la conscience ( v. p. 3*1-41 et p. 157). On est alors conduit, au point de vue anthropologique, à considérer la conscience comme primitivr et éternelle dans riiumanité; au point de vue pédagogique, à lui donner des ordres au lieu de lui fournir des forces. L'erreur scientifique et l'erreur pratique sont ici équivalentes et corrélatives. Suivant nous, au contraire, la faculté morale, historiquemeni, se forme peu à peu dans riiumanit»!-, quia dû la découvrir autrement que dans la table du Sinaï, et de même il est nécessaire et possible, p(''dagogiquement. de la susciter et de la réaliser chez l'enfant au lieu de se borner à l'accabler d'impératifs. (Cf. §^ 32 et 34-.}

40. — C est une morale intégrale en ce sens qu^elle englobe l'activité humaine sous tous ses aspects, qu'elle coordonne . Elle expliiine d'une part et détermine les devoirs appelés individuels (^ 14). Elle fait ensuite com-

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muniquer enin' cii-r t'I paii/niix'r à la iiinralilr les d'i/frfi'nfs domaines de l'activité erth'it'iin'.

La iilnjHii'l (les conceijfions mmalfs rrtj/tajttrs srparent l'homme moral de l'homme jjliysiijae, de l'homme économique, de l'homme jjro/essio/inel, etc., en sorte que la moralité semble planer dans une sphère de plus en plus séparée de la vie réelle, et que celle-ci se /rauvr, en effet, abandonnée sur bien des points à l mipulsinn des passions^ au gouverneinent des traditions, à la Inttr des intérêts. La morale y perd en autorité réelle ce qu'on a voulu lui faire r/açjner en sublimité apparente (Cf. p. 63).

C'est évidemment le contrai ri' ipù arrive ici en vertu du 12-].

41. — C'est la morale la plus capable d' obtenir l'ananimilé. de rallier les esprits et les volontés; car en même temps qu'elle repose sur des méthodes rationnelles et des bases positives, on peut dire que su fin consiste esse/tf'iellement dans la réalisation même de cette entente- et de ce ridliement {%% 30 et 31 .

Mais il ne s'agit pas de cette unanimité abstraite et vide, qu Un prétend trouver dans la raison pure, mais d'un accord réel impliquant coopération ; il s agit de rallier les hommes éi un idéal qui serait le même pour tous, non en ce sens qu il serait hlent'ujue pour chacun {morale de /"extension , tnais en ce se/is </u' il leur propose une *.ituvre coiiiiniine [morale de la compréhension i. C'est , dans la pratique, le résultat de la synthèse de la « ratmnalité » et de la « réalité ».

Sur l'opposition de la morale de Texlension et de la morale de la compréhension, voir p. 'li), J43, 303.

F.SnlîSSi: DÏNK MORALE POSITIVK 021

A elle seule la « Rationalité » ne pourrait produire que ï homogénéité des esprits, et encore une homogénéité plutôt formelle que réelle, la similitude d'une méthode, d'une attitude. C'est déjà beaucoup sans doute (Cf. P' Etude, Conclusion, p. 183j. Mais cela serait insuffisant à produire ïwiion des volontés s'il ne s'y joignait une coopération à une œuvre sociale réelle. Or celle-ci requiert une certaine diversité de fonctions, une « Division du Travail » qui demande à son tour une certaine spécialisation. Mais inversement cptte division du travail et celte spécialisation perdraient socialement leur efficacité pratique, moralement toute valeur pour le développement de la personnalité (Cf. Il 34 et 3oj, si, poussées à l'excès, elles absorbaient la vie individuelle, si par là elles amenaient l'individu à perdre de vue l'ensemble de la vie sociale et par conséquent aussi à ne plus sentir l'intérêt de sa tâche. Il est faux, et, quand on considère certaines réalités économiques, amèrement dérisoire, de nous dire que Ton regagne en profondeur, dans la spéciaUsation, ce que l'on pe'rd en étendue. Cela n>st vrai et non encore sans forles réserves que de certains travaux privilégiés comportant un vaste domaine et une grande variété intrinsèque '. Mais quelle « profondeur » peut acquérir le travail machinal d'un puddleur, d'un tisserand, d'une brocheuse ? C'est pourquoi le monde ouvrier réclame avec tant de force et

1 Par exemple les travaux scieiitifiqucè el artistiques. Encore le savant et Tartiste gagnent-ils souvent en originalité et en force, par suite en profondeu\, quand ils possèdent plusieurs arts plusieurs sciences : seule leur habileté technique peut y perdre. C est toujours sur les confins des spécialités classées que se trouvent les nouveautés Stéressantes. Des classifications sociales trop "gides sont dangereuses nourtout progrès. Or comment pourraient-elles s assouphr et^etianstormer sans Tes esprits plus ou moins encyclopédiques, ou du moms capables d' embrasser des ensembles étendus ^

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de raison, pour le loisir, la vie sociale complète, et la culture générale, un temps au moins égal à celui du travail professionnel. Ainsi une conciliation est nécessaire entre la dilïerencialion et rhomogénéité. La coopération sociale suppose et doit produire également Tune et l'autre.

On voit par là combien il serait erroné de considérer comme tout indiv^idualiste notre conception mor-ale, en raison de la part qu'elle fait à l'esprit critique d'une part et au contrat, de l'autre (§§ l et 31, contre-sens déjà prévenu d'ailleurs | 30). Elle est à égale distance d'un humanitarisme vague et d'un personnalisme étroit. Elle tient l'unité d'un groupe social défini pour le milieu naturel de la personne morale et pour la condition nécessaire de la moralité ; aussi bien dans l'qrdre de la finalité que dans celui de la causalité, un ordre n'est possible que dans un système fini. Par là, cette morale fait à la Patrie une place précise et nécessaire entre l'individu et l'humanité. Celle-ci ne peut vraiment se réaliser que moj^ennant des groupements limités, et ces derniers doivent être consolidés pour que l'Humanité acquière une existence vraiment organique, de même que les personnes doivent être solidement constituées pour que l'Etat présente de l'ordre et de la stabilité. Ainsi la Critique et le Contrat, que l'on présente si volontiers comme des principes anarchiques, nous paraissent au contraire, plus que la contrainte, plus même que l'histoire et la tradition, les principes organisateurs les plus sûrs (Cf. p. 11, 184, 308).

42. — Par ces deux caractères surtout la morale que nous avons (lêcrite, à la fois rationnelle et positive, apparaît hiei} comme la morale propre dune démocratie

ESQUISSE DLNE .MORALE POSITIVE 5i?3

(Cf. I 31) sans doute en ce sens déjà qu'elle en dérive. mais surtout en ce sens qu'elle en prépare l'achèvement (I 21). Elle organise en effet les fonctions de l'individu (Il 27 et 40) comme elle organise entre eux les individus (I 41). Elle forme la personne^ suivant les belles vues de Comte, par le même travail qu'elle ordonne la collectivité (| 30 et 35) et elle tend à réaliser l'unité et la vie de la collectivité, non par l'asservissement, mais par la liberté des individus.

Elle le peut : car elle fait vivre la représentation de la collectivité dans chaque conscience individuelle, que cette représentation, à l'état clair, remplirait de plus en plus, — et elle fait de plus en plus consister la vie propre et la volonté de cette collectivité dans les rapports conscients et consentis des individus. En sorte que cette société serait comme un monde de monades à la fois différentes et semblables, où le tout serait représenté dans chaque élément et chaque élément manifesté dans le tout.

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