‹ Études de morale positive (volume 2)Chapitre 84 sur 134 · Cette morale est en outre d'une efficacité durable · texte numérisé non relu

Cette morale est en outre d'une efficacité durable

ESQUISSR d'une MORALE POSITIVE 51b

elle est sûre, en ce quelle ne s appuie sur aucun dogme incertain^ sur aucune croyance arbitraire^ ni même sur aucune doctrine scientifique contestable [% 25) dont la chute ou l'instabilité pourrait entraîner la ruine de la doctrine morale et, qui pis est, compromettre les résultats de l'éducation morale elle-même.

Ici ta doctrine et C éducation sont aussi voisines que possible ; et notre [jédatjoqie morale n'est pas réduite à commencer par Cane ou l'autre de ces dfux immoralités radicales, ou d'enseigner ce que nous ne croyons pas (§ 2), ou d'affirmer ce que nous ne savons pas (| 2 bisK Nous n avons ni à opprimer la raison d' autrui ni à abdiquer la nôtre.

Dans toute morale religieuse ou métaphysique le rapport entre la doctrine et l'éducation est nécessairement tout à fait indirect. Qu'on ouvre encore le catéchisme : il débute par toute une théorie sur Dieu, sur la Création, etc. ; et la morale n'occupe que le second plan. Il a donc fallu faire d'abord connaître et accepter à l'enfant tout un système de croyances dont — sans même nous demander s'il peut en comprendre la portée — on peut assurer qu'elles n'ont avec les exigences de la vie réelle aucune espèce de rapport intrinsèque. Il est vraiment heureux que l'hérédité, l'habitude, l'imitation, le sentiment, l'adaptation pratique consolident alors la conscience naissante de l'enfant. Car si la théorie était vraie, si la morai'ité n'était vraiment fondée en fait, comme on le prétend de la morale, que sur la doctrine métaphysique qu'on prétend lui donner pour base, on se demande vraiment comment jamais on en tirei-ait une éducation, comment jamais on pourrait faire surgir la morahté. Ce serait à désespérer du problème de

Téducation morale, si vraiment la moralité ne pouvait pénétrer que par de telles voies, si, pour la susciter, il fallait vraiment que le dogme fût d'abord connu, compris et accepté, puis que la morale en fût déduite. Heureusement que, dans ce sens encore, « la vraie morale se moque de la morale ». La vie rétUe fait son œuvre indépendamment et môme en dépit des irraliunnels procédés par lesquels on croit l'aider ou la remj)lacer.

Seulement, loin d'avoir consolidé cette œuvre, on l'a rendue singulièrement caduque en prétendant la faire reposer sur des bases aussi précaires. On se plaint que la morale chancelle parce q-iie la foi tombe. Si même cela était, à qui s'en prendre, sinon à ceux qui, sans être en état de garantir les dogmes contre les inévitables assauts du doute, ont si longtemps travaillé à persuader l'enfant que la morale déjtend des dogmes. Si cette dépendance était vraie, une telle vérité serait si dangereuse qu'on serait bien tenté de la dissimuler par prudence ; et Ion crée artificiellement ce danger, on suscite de propos délibéré la conviction d'une telle solidarité du dogme et de la morale, quand il est aussi conforme à la vérité des choses qu'aux intérêts de la pratique de rendre à la morale son autonomie !

Ici au contraire, il n'y a pour ainsi dire rien de plus dans la docirine que ce qui est utilisable dans l'éducation. Ce n'est plus par des chemins indirects ni in(;ertains que procède l'éducation morale. Les secours que l'éducation tire, nécessairement, de l'habitude, du sentiment, etc., sont cohérents avec l'origine et la nature que la doctrine attribue à la moralité. On ne fait qu'imiter et perfectionner par une pédagogie consciente, à l'égard de l'individu, les causes et les conditions qui ont présidé à l'éclosion spon-

KSUUISSK 1) I.M-: MdlVM.K l'OSITlVi: :ii7

fanée de la moralité dans l'espèce : les raisons auxquelles on fait appel pour justifier la règle morale et éveiller la conscience sont un fond identiques à celles qui les ont réellement suscitées; on se contente d'en éliminer précisément toutes les interprétations arbitrain^s ou erronées superposées à la réalité, par Timaginalion primitive ou la spéculation métaphysique, pour en laisser clairement transparaître le contenu viai. '

35. — Celle inonde esi pratique .>>Yf//.v di/z/in/ter le rôle (le la vie intérieure. Car elle [>rO[iose à l ai ticilé une iHurre e.rtèrieiire à réfiiisei\ i ondilion nécessaire ijonr e.ieÀler rt sofi tenir loale vulonté ; et elle ne lui f ter met fias de sf^ cnii/iner dons une s^nrilnalilé inactirr et dans an ini/slicisi/ieslrrile. Mais elle sait i/ae la socirlé re/iasr aca/it loal sur des relations co/iscienles entre des iihertés réfléchies .^J5 'M). Elle reconnaît donc à la fois le. pri.r des institutions e.rtérieares consciemment étahlies et celui da déreli^iijieinenl de la jiersiinnalité i(\L ^ \i .

36. — Elle est prudente rt pourtant progressive. Conservatrice et non utopi<iue iiuisi/u' elle cxitje (fiie faction [irenne un jioinl d'uiipui iluns la réalité donnée, dont elle reul cju'on sml in/(niné, (die ne. relui aucune hardiesse dans la t onception des fins ni aucune confiance dans lu rohinlé créatrice de Ihoinme social (§§ 20 et ril\ V esprit^ libre et novateur en tant ijitil jinje et propose des fins {rationalité), est prudent et réservé en tant (ju' il connaît [réalité ., et quil cherche ses moyen traction dans le présent, ifui est donné .

37. — Elle est souple et cepeiulanl rigoureuse. Purl'olijectivité de ses principes directeurs elle évite m effet le

■Xi>.

ol8 KTl'DKS IIK MOliAl.K l'OSlIIVi:

rigorisme, souvent fiulirc t't nuisible à la justesse ef n lu spontanéité de i' action, t/ui fuit consister le devoir dans robservance de certaines formules Cf. [). V-VX).

Pur cela même elle permet Pextensimi des régies, jnin'ules ù desûus et à des problèmes que lélroitesse de ces fof//tules sunples (lu devoir laisse ordinairement en dehors de ces . règles. La rmu-alité gagne ilcmc déjà en pénétration pratiquement utile ce qu'elle perd en raine rigidité de forme.

Mais cette sitiiplessc n est qié aduptution ù la complexité du réel ; elle n'est pas iléformatrilité arbitraire des règles au gré de fantaisies subjectires. Les sop/iis/nes de f intention, les déviations du sens moral, auxquels les sqstèmes à /nincijtes abstraits sont si exposés, ont relativement j)eu de prise sur une conscience décidée à se déterminer' essentiellement d'après la valeur des résultats poursuivis, et à estimer cette valeur uu point de vue du bien social ; car cette estimation a, elle-même, une base sociale ordinairement réelle, souvent aussi idéale en partie ; et par suite elle ne dépend jjus. même dans ce second eus. d' uni' préférence purement indiriduelle.

Page 1