‹ Etudes de mythologie gauloiseChapitre 18 sur 57 · Wuttke, p · texte numérisé non relu

Wuttke, p

2. Kuhn, Die Herabkunft der Feuers, p. 95-96. Cf. un article de Simrock dans les Jahr bûcher der Vereins des Alterthumsfreunden im Bheinlande, t. XVIII, p. 205-213.

3. Grimm, Deutsches Wœrterbuch, s, v. Hagelrad. — Pfannenschmidt, Germanische Erntefesle, p. 184.

Si LE DIEU GAULOIS DU SOLEIL

Le premier dimanche de carême, les jeunes gens de Wanjjen (Molsheim) ont la coutume de monter sur la crête de la montagne qui domine le village et dont le point le plus élevé s'appelle Scheibenhuckel « butte aux disques :^, Scheibenplatz « place aux disques d, Scheibenfels a: roche aux disques ». Chaque garçon porte un fagot, une torche, un nombre plus ou ^noins grand de disques en bois de 8 à 15 cent, de diamètre, percés par le milieu et enfilés sur une corde portée en bandoulière, enfin une baguette flexible longue à peu près d'un mètre.

On arrive vers trois heures du soir et la fête commence aussitôt. Chaque enfant fixe un de ses disques au bout de sa baguette, et en la faisant tourner autour de sa tête prononce les paroles d'usage. Il fait partir le disque en le frappant de toutes ses forces sur le bord du rocher par un mouvement plutôt horizontal que vertical. Le joueur y met tant d'adresse que le disque se détache de la baguette, prend un mouvement rotatoire, monte d'abord vers le ciel et puis retombe, en décrivant une courbe allongée, au pied de la montagne, qui est très escarpée en cet endroit. Le jeu s'anime de plus en plus ; on rivalise d'adresse et de force ; mais le bouquet de la fête ne vient qu'avec la nuit. Les fagots sont entassés, on y met le feu, la flamme monte, les cris de joie redoublent. A partir de ce moment on ne lance plus que des disques enflammés qui décrivent dans les ténèbres leurs magnifiques orbites de feu et retombent comme une pluie continuelle d'étoiles filantes.

Au village, au pied de la montagne, la foule des spectateurs n'est pas moins bruyante : on applaudit les plus beaux coups, on s'extasie en suivant les lignes enflammées qui se croisent et se mêlent; par-ci, par-là, un père, une mère, attribue à son cher petit l'honneur d'avoir lancé les plus brillants de ces météores.

Enfin la flamme du bûcher commence à baisser, les joueurs ont lancé tous leurs disques, chacun allume sa torche et prend l'un des trois sentiers sinueux qui descendent du Scheibenplatz vers le village. Ici encore on rivalise de vitesse et la marche aux flambeaux devient souvent une dégringolade. Les bosses au front et les écorchures aux jambes couronnent la fête et longtemps après encore on se dispute à qui revient l'honneur du plus beau coup.

Les jeunes gens au-dessus de quinze ans ne prennent plus guère part à ce jeu; ils préfèrent se poster un peu plus près du village et tirer des coups de feu en l'honneur de leurs bien-aimées, en prononçant des vœux pour ces dernières et pour leur prochain mariage.

« Les paroles prononcées en lançant les disques commencent toujours par les mêmes mots :

« Schiwahkdiwak! »

puis les vœux et enfin les noms des personnes auxquelles ces vœux s'adressent et que les disques sont censés porter.

Grîmm a fait remarquer entre rAUemagne du Nord et T Allemagne du Sud une différence d'usages qui correspond à une différence de races. Dans rAUemagne du Nord les feux ont lieu à Pâques, dans TAUemagne du Sud à la Saint-Jean : quelques pays seulement fêtent les deux. Quelle que soit l'origine de cette différence, nous retrouvons toujours la même pratique. Wolf nous fournit un exemple de la roue flamboyante roulée du haut d'une montagne à Oberau, en Bavière, au dimanche de Pâques*.

Pour être complet et exact nous devons dire que l'Allemagne nous fournit encore des exemples de roue enflammée à la Saint- Michel (29 septembre)*, et à la Saint-Martin (H novembre)'; et qu'à la Saint-Pierre (22 février) les enfants en Westphalie vont de porte en porte quêter des offr^des en faisant tourner une vieille roue *. La roue de Saint-Michel peut s'expliquer par le voisinage de Téquinoxe d'automne, mais aucune explication de ce genre n'est possible pour celles de Saint-Martin et de Saint-Pierre. Faut-il y voir un rite transporté à ces dates pour faire honneur à ces saints, quand on n'avait plus conscience de leur valeur symbolique?

Le lecteur remarquera que nos exemples de la roue, comme symbole encore en usage, viennent seulement de la France, de l'Allemagne et d'un pays slave Nos lectures ne [nous en ont pas fourni d'exemples pour l'Italie ni pour la péninsule ibérique. Nous nous permettrons d'attirer sur ce point l'attention de nos confrères ultramontains en folk-lore; nous voudrions même que l'existence ou la non-existence de ces pratiques fussent constatées ailleurs encore. Quand les mille usages et pratiques de la vie populaire auront été classés systématiquement en chaque pays dans des manuels dressés avec soin et fournis de bonnes tables, on pourra

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