‹ Etudes de mythologie gauloiseChapitre 35 sur 57 · Caylus, Recueil d'Antiquités^ t. III, pi · texte numérisé non relu

Caylus, Recueil d'Antiquités^ t. III, pi

une femme qu'il protège pendant que son cheval foule aux pieds un ennemi vaincu dont on ne voit que la tête. Le bras droit du cavalier passait dans une roue à six rais^ L'authenticité du

Fig. 13. stèle funéraire.

Meiz.

Fig. 15. Fragment en pierre.

Fig. 14. Main du cavalier de Luxeuil.

monument a été contestée, mais la particularité de la roue est trop originale pour qu'on voie là l'œuvre d'un faussaire. On n'a pas essayé d'expliquer celte roue ; il nous semble que l'on pourrait y voir un hommage au Dieu qui aurait protégé le héros à la guerre ; in hoc signo vicerit. Ce trait et cette attitude ne sont pas isolés, car M. Maxe-Werly a cité un objet analogue trouvé dans le département de la Meuse, c'est « une rouelle en pierre formée de quatre rayons, à travers lesquels est passée une main brisée au poignet*. » Cette main (peut-être une main divine) passée dans une roue, nous rappelle involontairement, quoique peut-être à tort, ces monuments de l'archéologie chrétienne qui représentent la main de Dieu appliquée sur un nimbe crucifère, c'est-à-dire sur une véritable roue. Cette image chrétienne, dont nous donnons un exemple plus loin, dériveraitelle, comme tant d'autres, d'une image de l'antiquité psuenne? Il ne faut pas oublier de noter que ces rouelles sont trouvées

1. Nous figurons ce bras sous notre n'» 14 d'après une gravure empruntée à M. Maxe-Werly.

2. Nous figurons cette rouelle sous notre n* 15; sa dimension est de 14 cent, et elle est aujourd'hui déposée au musée de Baivle-Duc. M. Maxe- Werly nous écrit à ce sujet : « Je l'ai retirée du puits des Ronchers telle, c'est-à-dire ayant encore une partie de la main fixée à la circonférence, et

en grand nombre dans les rivières et surtout près d'anciens gués. La grande rouelle de bronze de douze centimètres de diamètre que nous citions plus haut d'après M. Hucher a été trouvée dans la Saône. On a trouvé également des rouelles dans la Mayenne au gué Saint-Léonard et dans la traversée de la Vilaine à Rennes*. Ces rouelles étaient jetées là en offrande au génie du fleuve ou de larivière comme Font été plus tard des monnaies ou des armes, ou des objets précieux. Pour être moins célèbre que le Clitumnus, chaque fleuve avait son dieu*. Traverser le fleuve, c'était pénétrer sur le domaine de ce dieu, et il fallait se le rendre favorable par un acte pieux dont l'offrande était le gage. Aujourd'hui, chez les Cafres, avant de profaner les eaux d'un fleuve en le traversant, on demande la permission au fleuve. Ce culte, aussi ancien certainement que Thumanité, explique pourquoi rétablissement d'un pont devait être accompagné d'une cérémonie religieuse, j'ai presque dit d'une expiation. Quand Virgile parlait de TAraxe s'indignant d un pont qu'on établissait sur ses ondes {pou-tem indignatus Araxes), ce n'était pas pour lui comme pour nous une simple figure de rhétorique ; l'image reposait sur une croyance religieuse. Ainsi à Rome, lorsqu'on reconstruisait le fameux pons Sublicius^ c'était avec un accompagnement de cérémonies religieuses ; et le nom que les Romains donnaient à leurs prêtres, pontifex, ne signifie très probablement que « faiseur de ponts » : le rite étant indispensable à l'établissement du pont, le sobriquet de « faiseur de pont » s'appliqua vite à ceux qui étaient regardés comme les . intermédiaires entre la divinité et l'homme.

Les rouelles en bronze trouvées dans le curage de la source

je suis porté à croire qu'elle faisait partie d'une statue; en raison de sa forme il serait difficile d'y voir un ex-voto destiné à être suspendu. »

1. M. Mowat, dans le Bull. Épigr» de la Gaule, t. I, p. 59. Dans un article du Bulletin monumental, U XXXVIÏI (1872), p. 196. M. l'abbé Desnoyers parle de 500 rouelles en plomb et d'une en fer trouvées dans le draguage de la Loire à Orléans; mais, p. 198, il ajoute que ces rouelles étaient dépourvues de tout rayon. Ce n'étaient donc pas des rouelles, mais simplement des anneaux.

2. Ergo et flumina et fontes sunl dii. Cicéron, De Nat. Deorumy III, 20.

sacrée de Bourbonne-les-Bains étaient des ofifrandes analogues K Une fois ce fait acquis (que la rouelle était un amulette) nous ne nous étonnerons pas de la voir employée comme parure, et même comme objet de toilette. La transition est aisée entre ces diverses conceptions, et parmi lesfemmes que nous voyons aujour-

Fig. 16 et 17. Casques gaulois de l'Arc d'Orange.

d'hui porter une croix au cou, il en est certainement qui sont peu ou point chrétiennes ; c'est du symbole religieux qu'elles se préoccupent le moins, surtout si la croix est un bijou de prix, d'or où brillent des perles ou des diamants. On portait ces rouelles sur les armes ou sur les vêtements comme on porta plus tard la croix. Deux casques de guerriers gaulois que Ton voit sur le célèbre Arc d'Orange portent la rouelle en cimier' . M. Hucher explique très justement cet emploi des rouelles dans Tornement et dans Fhabillement : « Dans cet ordre d'idées reli-

1. Chabouillel, Notice sur des inscriptions et des antiquités provenant de Bourbonne-les-Bains f dans la Revue Archéologique y de 1880 et 1881, p. 15 du tirage à part.

2. Nous les reproduisons ici d'après une gravure de VHistoire des Romains, de M. Duruy, t. III, p. 103, dont nous devons la communication à l'obli* geance de MM. Hachette* Ce sont nos n" 16 et 17.

gieuses et militaires tout s'explique : et le disparate de ces monuments fc'est-à-dire des rouelles et de leurs différents formats] dont Tusage devient dès lors multiple, et la complexion délicate de quelques-uns d'entre eux qui peuvent, étant cousus à la coiffure ou àThabit, acquérir une certaine consistance à la manière des amulettes de plomb ajourées, que les pèlerins du moyen âge attachaient à leurs personnes et aux tentures de leurs appartements * . » Le moyen âge a eu ses croisés, c'est-à-dire des chevaliers ou des pèlerins portant la croix sur leurs vêtements; l'antiquité gauloise peut avoir eu ses roués.

Ainsi s'explique que des rouelles aient pu être employées comme objets de toilette, voire comme fibules; c'était donner un caractère utilitaire à un « porte-bonheur », c'est-à-dire l'employer à une double fin. Tel est le cas d'une rouelle-fibule, sorte de broche analogue à celle que les femmes emploient dans leur toilette, qui a été trouvée à Metz en 1865*. C'est le seul exemple que nous en ayons rencontré dans nos lectures, mais nous serions étonné qu'il fût isolé.

Nous n'avons étudié sous le nom de rouelles que des objets circulaires avec moyeu et rais, c'est-à-dire des images bien caractéristiques de la roue. Nous n'avons pas étendu ce nom, comme on Ta fait quelquefois, aux rondelles découpées et divisées en compartiments qui forment aussi une série de petits antiques très fréquents. Ces rondelles ont été étudiées avec soin par M. Henri de Longpérier ' qui voit dans la plupart d'entre elles des instruments de suspension, des sortes de porte-trousseau. La question est hors du cadre de notre étude et nous n'avons pas à nous en occuper; il nous semble pourtant que bon nombre de ces rondelles ont pu être des plaques d'ornementation ou des phalères de chevaux.

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