Didron, Hist, de Dieu, p
branches inscrite dans un cercle [c'est le nimbe crucifère des chrétiens] est le symbole du « Dieu invincible, » le soleil qui darde en tous sens ses rayons. — La symbolique plastique des Assyriens représente le soleil par un disque dans lequel une croix est inscrite quelquefois avec des rayons entre les branches. Au lu® siècle de notre ère, les Persans en mettaient l'image sur leurs étendards, et le roi signait ses messages du titre de Frère du Soleil. Mille ans auparavant, des rois assyriens, Samsi-Bin et Assur-Nasir-Habal, suspendaient à leur cou, comme le font nos évêques, une croix équilatérale [c'est-à-dire une croix grecque] qui signifiait le ciel et Dieu. Selon M. Oppert le nom de cette croix est Labar [d'où Labarum] '. »
Une enseigne assyrienne reproduite d'après Layard dans VHistoire de l'art (t. II, p. S16) et que nous reproduisons à notre tour nous montre une forme de labarum oii nous retrouvons ridée anthropomorphique qu'on a vue plus haut : « ....C'est le dieu lui-même qui, entouré d'un cercle ailé, tend l'arc et lance ses flèches redoutables contre les ennemis de son peuple. Il est représenté ainsi, monté sur un taureau en course , dans l'anneau
qui surmonte les enseignes militaires »
Ce qui pour nous est plus curieux est de trouver dans le christianisme des premiers siècles une image analogue à celle que nous avons signalée en Gaule. On sait que pendant la première partiç du moyen âge l'art, par respect et par crainte religieuse, évita de représenter Dieu le Père : lorsqu'il était nécessaire de le figurer, c'était par une main sortant des nuages, la main de Dieu, comme dit encore une expression familière*. « Dans les
1. Duruy, Eist. des Romains, t. VU, p. 41-42. ,2. L'image que nous donnons ici d'après Didron (p. 56) représente une
Fig. 23.
Enseigne assyrienne.
Layard, Monuments, l'Csér., pi. U.
Fig. 24. Main divine sur un nimbe crucifère.
Miniature du ix' siècle.
Bibl. Nat.
premiers siècles de TÉglise, dit Didron, jusqu'au xii', on ne voit pas de portrait de Dieu le Père. Sa présence ne se révèle que par une main qui sort des nuages ou du ciel. Cette main s'ouvre en entier et lance quelquefois des rayons de chaque doigt, comme si c'était un soleil vivant, pour ainsi dire.... Le plus souvent cette main est bénissante ^ » Ce rapport de mains avec les rayons du soleil est en quelque sorte rendu concret par un fait que Didron cite d'après Lelronne : « Dans l'Egypte on vient de trouver des peintures où le soleil est figuré lançant des rayons à l'extrémité desquels est attachée une main*. »
Cette adaptation au christianisme de symboles qui existaient avant lui n'est pas pour surprendre l'historien qui reconnaît partout le principe de la continuité. Le zèle passionné des premiers chrétiens d'abord, des apologistes ensuite, saisissait avidement ces rapports parce qu'ils y voyaient un concours de preuves en faveur du christianisme; ils allaient même jusqu'à voir la croix partout, dans l'attitude de l'homme qui nage, de . l'oiseau qui étend les ailes, dans les voiles du navire se dressant des deux côtés du mât, dans le visage humain même où la ligne des yeux forme une croix avec celle du nez, etc. '. « Saint Justin trouve dans l'agneau pascal des Juifs un signe précurseur de la croix, par cette raison que l'agneau, quand on le faisait rôtir, , était percé de tête en queue par la broche et assujetti au moyen d'une traverse sur laquelle les pattes de devant de la bètc étaient étendues; ce qui figurait évidemment Jésus-Christ sur la croix*. » Devant ce symbolisme puéril, on pourrait presque dire devant ces hallucinations de la vue, on comprend que des ennemis de la religion nouvelle aient parlé de « la folie de la croix », mot relevé avec tant de fierté par saint Paul. De sem-
main divine sur un nimbe crucifère : elle est tirée d*une miniature du IX* siècle.
1. Didron, Histoire de Dieu, p. 207. La main de Dieu persiste dans l'art jusqu'au xvii® siècle.