‹ Etudes de mythologie gauloiseChapitre 40 sur 57 · LA ROUE, ANTÉCÉDENT DU LABARUM ET DU CHRISME · texte numérisé non relu

LA ROUE, ANTÉCÉDENT DU LABARUM ET DU CHRISME

Nous n'avons pas la prétention de nous engager dans l'histoire de Tarchéologie chrétienne, mais il appartient à notre sujet de rappeler que l'image de la roue est un des antécédents des symboles par lesquels s'est affirmé le christianisme quand il approcha de son triomphe. L'un est le chrisme ou monogramme du Christ, provenant de la roue à six rais, l'autre le Labarum, provenant de la roue à quatre rais. L'origine pré-chrétienne de ces symboles n'est plus à démontrer*. Ces deux signes ont été plusieurs fois confondus entre eux et confondus aussi avec la croix; mais le premier n'était pas une image de la croix-, il n'était que la représentation et la combinaison de lettres; le second a été plus aisément confondu avec la croix quoiqu'il ne fût pas une croix à proprement parler. Quant à la croix ellemême qui est comme le confluent des symboles les plus anciens et des origines les plus diverses, nous la laissons en dehors de cette étude, quoique nous puissions plus d'une fois trouver la roue parmi ses prototypes éloignés^. Il nous suffit de retenir ici le ohrisme et le Labarum.

Le chrisme ou monogramme est, comme on le sait, un sigle formé d'un X et d'un P (^) ; c'est une roue à six rais sans la cir-

i. Sur tous les symboles si variés qui sont nés en Orient, on peut voir le travail de L. Muller : Religiose Symboler of Stieme-, Kors-, og Cirkel-Form hos Oldtidens Kulturfolk, Kjobenhavn, 1864.

2. Sur celte question on peut voir ; Mûnter, Sinnhilder der alten Christ, ï, 33 et suiv.; Letronne et Raoul-Roc h ette, dans le t. XVI, 2® partie (1846) des Mém. de l'Acad. desinscr.'y Rapp, das Labarum und der SonnenctUtus dans les Jahrbùcher des Ver, von Alterth, im Rheinlandey i. XXXIX et XL, p. 116-145; Duruy, Hist, des Romains, t. VIT, p. 36 et suiv. — Comme nous voyons par une citation de Krauss dans sa Beal-Encyclopœdie der Christl. Alterth., i, II, p. 230 a, le Père Garrucci reconnaît que la croix équilatérale a été un symbole religieux avant le christianisme.

conférence et avec une boucle au sommet de la haste du milieu, Sa valeur hiératique vient de ce qu'il contient les deux premières lettres du nom du Christ XPtoroç. On trouve quelquefois le chrisme sans cette boucle, c'est-à-dire simplement les six rais; on y voyait alors les initiales des noms de Jésus-Christ f Itjuouî XpKrcoç); mais ce monogramme est rare et n a pas eu la vogue et la dififusien du premier*. Le premier se rattachait à la fois à la roue à six rais y et le signe complet avec la boucle figurant la tète du rho (P) se trouve même dans des monnaies de l'antiquité grecque.

Fig. 20. Fîg. 21.

Croix diverses à forme grecque. Diverses croix de forme latine et grecque.

Sculptures des anciens sarcophages, premiers siècles. Monuments des Catacombes, premiers siècles.

Nous reproduisons ici trois gravures de Didron; les n"* 20 et 21 présentent les principales formes du chrisme; dans le n** 22

Fig. 22. Croix grecque en étoile, à six branches égales. Sculpture de Saint-Démétrius, à Salonique, it« siècle.

le chrisme paraît sous la simple forme de roue, et Didron remarque que « Viota et non le rho coupe le chi. »

1. Martigny, JDicf. des antiq. chrét,^ éd. de 1877, p. 478 a.

L'appropriation de symboles pcaens auxquels les zélateurs de la foi nouvelle donnaient un sens chrétien est le fait général . de l'ancienne archéologie chrétienne et nous n'avons pas à nous y arrêter. Comme Ta dît Didron, « TÉglise appliqua à ses besoins Fart de l'antiquité ». Nous reprenons l'expression, mais en la changeant un peu; c'était moins l'Église, qui se fût bien passée de ces souvenirs du paganisme, que le peuple, le peuple qui avait besoin de symboles matériels et qui tout en devenant chrétien gardait instinctivement ses habitudes d'esprit et nous dirions presque de piété. Remarquons seulement que tout l'Occident latin se trouvait ainsi écrire le monogramme du Christ en lettres grecques (XP), non en lettres latines (CHR); en effet, le vieux symbole dérivé de la roue ne permettait pas l'application de l'alphabet latin à ce calembour des yeux, à ce rébus.

Le labarum est simplement le X, c'est-à dire la roue à quatre rais, la roue équilatérale disposée diagonalement. Le labarum était, au sommet d'une pique, un X entouré d'une couronne. Dans cette disposition l'archéologue entrevoit l'atavisme de la roue *. Le labarum est un doublet du nimbe crucifère, c'est-àdire une circonférence avec quatre rais que les chrétiens ont emprunté à l'art du paganisme pour le donner aux personnages divins de la nouvelle religion ; et cette croix, qui forme le fond du nimbe, n'est pas un souvenir de la Passion de J.-C. car dans ce cas, elle ne devrait pas figurer dans le nimbe des autres personnes de la Trinité. Si elle y figure, c'est qu'elle est simplement un signe divin». Faut-il rappeler que le nimbe est une image de la lumière, et de la lumière du soleil? Le nimbe crucifère est la forme complète du symbole dont la croix est l'abrégé; et il n'est qu'un doublet de la roue.

Voici en quels termes M. Duruy a résumé l'histoire du Labarum : « On la voit (la croix) sur des monnaies de rois akhéménides et sur des monuments assyriens où la croix à quatre

1. Le signe X, qui se rencontre dans toute l'antiquité, se trouve aussi sur des briques gallo-romaines et sur divers objets de la même époque, vases, bagues, têtes d*épingle, etc. (Baudry et Ballereau, Puits funéraireSfP, 28i.)

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