Cf. Duruy, Histoire des Romains , t. VIT, p
2. Notons que cette date du 25 décembre pour la fête de la Nativité de J.-G. est celle de l'Église d'Occident. L'Église d'Orient encore, au iv« siècle, fêtait cet événement le 6 janvier. On verra par la suite de cette étude quel rapport intime unit ces deux dates, 25 décembre et 6 janvier (aujourd'hui Noël et Epiphanie) dans le culte solaire.
3. Un célèbre jésuite, le P. Hardouin, est un des premiers écrivains qui aient reconnu l'origine solaire et païenne de la date fixée à la fête de la Nativité de Jésus-Christ. Voici en quels termes les BoUandistes ont résumé son opinion : « Johannes Arduinus noster in Antirrhetico suo de Nummis antiquis, suspicatus diem vigesimum quintum decembris, qui nunc apud omnes colitur ut Natalis Domini, a primis quidem temporibus institutum, non quia evangelistarum aut apostolorum aliquis eum Romanos docuerit, vel eumdem ipsimet eruerint ex libris censualibus, sed alio prorsus consilio et ratione; nempe ut quoniam dies ille ab ethnicis Natali Solis dedicabatur, ob reditum ejus a bruma seu tropico capricorni ad nos, idem tribueretur Jesu Christi, Domini ac veri solis nostri natali, cujus alioquin verus natalis latebat. » (BoUandistes, juin, t. IV (1707) p. 702, b.)
4. Elle la combattait encore comme chose impie au vii<^ siècle lorsque
vèrent à n'être regardées que comme de simples amusements. Le solstice d'été (25 juin) devait être en quelque sorte recouvert par une fête chrétienne qui lui donnât un vernis chrétien et fît oublier au peuple Fancienne fête naturiste. Saint-Jean en fournit le sujet, et la date du 23 décembre adoptée pour la Nativité de Jésus, on se rappela que d'après TÉvangile de saint Luc (I, 26) saint Jean était né juste six'mois avant Jésus. Un symbolisme poétique, interprétant par une figure les paroles que TÉvangile met sur les lèvres du Précurseur du Christ : « Il faut qu'il croisse et que je diminue*, » plaça la fête de saint Jean au solstice d'été, au moment où les jours vont insensiblement diminuer. Et qu'on remarque le parallélisme : c'est la nativité de saint Jean que Ton fête à ce moment, comme la nativité de Jésus-Ghrist au 25 décembre. Or l'Église ne fête les saints qu'à la date de leur mort; saint Jean est l'unique exception à cet égard. Dès le ivc siècle, selon les recherches de M. Breuil, la nativité de saint Jean était une fête de l'Eglise chrétienne*. Saint Augustin s'étendait avec complaisance sur le parallélisme de ces deux fêtes : « A la nativité du Christ le jour grandit, à la nativité de Jean il diminue. C'est un progrès pour le jour, lorsque naît le Sauveur du monde ; c'est un affaiblissement pour lui , quand naît le dernier des prophètes'. » Anciennement on célébrait trois messes à la Saint- Jean, aussi bien qu'à Noël*. Le nombre trois a toujours été un nombre consacré et mystique, et dans les
saint Éloi, dans un sermon célèbre contre les superstitions, disait en vain : « Nullus in festivitate S. Johannis vel quibuslibet sanctorum solemnitatibus solstitia aut vallationes, vel saltationes aut caraulas, aut cantica diabolica exerceat. »
1. Évangile selon saint Jean, IH, 30 : « Illum oportet crescere, me autem ininui. »
2. Mémoire de la Société des antiquaires de Picardie, t. VIII (1845), p. 161* C'est vers le milieu du iv« siècle que la fête de la Nativité du Christ a été fixée au 25 décembre. (Ibid,, p. 201.)
3. (( In nativitate Christi dies crescit, in Johannis nativitate decrescit. Profectum plane facit dies, quum mundi Salvator oritur; defectum palitur quum ultimum prophetarum nascitur. » (Saint Augustin, Se7*mo XII in Nativitate Bomini.)
4. Cf. Breuil, loc. cit,y p. 163, et Alcuin cité par les Bollandistes, jum, IV, p. 098, a.
croyances populaires, on croît qu'à certaines fêtes (dans tel pays c'est à Noël, dans tel autre à la Saint-Jean, dans tel autre à Pâques) le soleil fait trois sauts de joie ou s'arrête trois fois dans sa marche en Thonneur du Christ ou de saint Jean; c'est l'explication chrétienne d'une croyance pré-chrétienne. On ne dit plus trois messes à la Saint-Jean ; mais aujourd'hui encore à Rome on célèbre la messe à Saint-Jean de Latran à minuit, comme le jour de Noël*.
Nous ne voulons pas faire ici l'histoire (œuvre immense) de la fête de la Saint-Jean ; nous voulons seulement rappeler qu'elle est simplement la continuation, avec une étiquette chrétienne, de la fête du solstice d'été, que la roue, symbole de notre dieu gaulois, a joué un grand rôle dans ses rites, et que le souvenir n'en est pas encore perdu, quoiqu'il s'efface tous les jours. Rappelons aussi au lecteur, pour qu'il comprenne mieux les exemples que nous allons citer, que l'idée maîtresse d'une cérémonie religieuse, dans ce qu'on peut appeler les religions de la nature ou naturistes^ est de représenter aux yeux et d'une façon en quelque sorte tangible l'action divine que l'on célèbre et que l'on adore. Ce besoin instinctif d'évoquer la vie divine d'une façon matérielle devant les yeux du corps se retrouve aussi dans la dévotion populaire de la religion chrétienne, et, pour n'en citer qu'un seul exemple, c'est là l'origine des mystères de notre moyen âge. Un usage d'apparence puérile conservé par la tradition dans nos campagnes est un ancien rite, et ce rite était la représentation d'une action divine ; son instrument était comme l'image de l'objet adoré, du dieu.
LA ROUE DAxNS LA FÊTE DE LA SAINT- JEAN
Nous avons déjà vu au vn® siècle saint Éloi prêcher contre les
1. Mon garant ici est le pieux journal Xe Pè/6?*in, dans son numéro du 23 juin 1884, p. 404.
fêles des solstices. Pendant les premiers siècles de l'Eglise nous n'avons que de rares notions sur les pratiques populaires ; nous ne les connaissons que par de courtes prohibitions des conciles. Mais elles n*en subsistent pas moins, et plusieurs siècles plus tard, lorsque l'Église, ne pouvant les détruire, les a tolérées comme amusements traditionnels ou les a acceptées en leur donnant une apparence chrétienne, alors les écrivains commencent à nous donner quelques détails. Il nous faut arriver au xii* siècle pour trouver mention de la fête populaire de la Saint- Jean.
Jean Beleth, théologien du xii* siècle, dans sa Summa de divinis officiis^ parle des feux et des brandons de la fête de saint Jean-Baptiste, et ajoute qu'en plusieurs lieux on fait rouler une roue. Au siècle suivant le célèbre Durand de Mende (appelé aussi Durand de Chartres) reproduit ces détails dans son Ratiotiale divinorum officiorum. Le sens de ce rite n'est pas perdu pour ces théologiens : cela signifie que le soleil est arrivé au point le plus élevé de sa course, et qu'il ne peut que redescendre, et ils appliquent ce rite, par symbolisme, au culte de saint Jean-Baptiste*. En Angleterre, un moine de l'abbaye de Winchelscumbe, qui vivait sous le règne d'Henri VI (première moitié du xv* siècle) a laissé dans un manuscrit, conservé au Musée Britannique, la description de fêtes et d'usages de son temps. Il parle de trois sortes [tria gênera) d'amusements qui se pratiquent la veille de la Saint-Jean. L'un d'eux est de faire rouler une roue*. Un autre écrivain anglais du siècle suivant, qui écrivait sous le nom de Thomas Naogeor-
1. « Rota in quisbusdam locis volvitur, ad significandum quod sicut sol ad altiora sui circuli pervenit, nec altius potest progredi, sed tune sol descendit io circulo , sic et fama Johannis , qui putabatur Chrislus, descendit secum quod ipse testimonium perhibet dicens : Me oportet minui, illum aulem orescere. » Cité par Grimm, Deutsche Mythologie, 2° éd., p. 587. — Le lecteur remarquera ces trois mots, qui putabatur Chnstus; Tégale importance des deux solstices, d'hiver et d'été, amène le théologien à faire de saint Jean presque un dédoublement du Christ.
2. « Tertium de rota quam faciunt volvi. » Cité dans Hampson, Medii 3Bvi calendarium, I, 300.
gus, décrit la fête avec plus de détails dans son poème Regnum papisticum : « D'autres prennent une vieille roue pourrie et hors d'usag-e ; ils l'entourent de paille et d'étoupe qui la cachent entièrement; ils la portent au sommet de quelque montagne : quand la nuit devient obscure ils y mettent le feu et la font rouler avec violence. C'est un spectacle étrange et monstrueux : on dirait que le soleil est tombé du ciel. » Je fais grâce au lecteur des réflexions de l'écrivain protestant sur l'esprit supertitieux des papistes*.
Nous allons à notre époque avoir des récits plus circonstanciés de cette fête où son caractère naturiste et où la signification symbolique de la roue ne laisseront place à aucun doute. La cérémonie de la Basse-Kontz, arrondissement de Thionville, mérite surtout de nous arrêter, par les détails avec lesquels Ta racontée M. Tessier, sous-préfet de Thionville*. Le village de la Basse-Kontz est bâti à mi-côte sur la rive gauche de la Moselle et il est dominé par la montagne du Stromberg; il a dépendu longtemps du bourg de Sierk.
Ce fut le dimanche 23 juin 1822, raconte M. Tessier, que je traversai la Moselle, et gravis le Stromberg, à neuf heures, par la nuit la plus obscure... Enfin nous parvenons au sommet, nous voyons le maire, le curé... la réunion était nombreuse, tout individu mâle s'y était rendu. Remarquons bien qu'il n'y avait que des hommes ; femmes et filles sont obligées de se tenir isolées à une grande distance '. Nous aperçûmes la roue mystérieuse; la paille est disposée avec solidité et de manière à faire disparaître entièrement la roue; l'on ne voit qu'un cylindre de paille pesant de 4 à 500 livres dont le centre est traversé par une perche sortant de trois pieds de l'un et de Tautre côté ; cette perche est le gouvernail que saisissent les deux conducteurs de la roue. Tous les habitants ou chefs de famille, avertis préalablement, avaient fourni et porté sur le