‹ Etudes de mythologie gauloiseChapitre 6 sur 57 · LES FÊTES DU SOLEIL. LES SOLSTICES. LA SAINT- JEAN · texte numérisé non relu

LES FÊTES DU SOLEIL. LES SOLSTICES. LA SAINT- JEAN

Si nous nous sommes un peu étendu sur le symbolisme solaire de la roue dans llnde, c'est parce que la signification primitive de la roue y éclate clairement, et qu'on voit aussi par l'exemple bouddhique comme une signification primitive tend à s'effacer et à s'oublier quand le symbole, devenu en quelque sorte concret et matériel, entre dans le culte et devient par là un simple objet de dévotion. Revenons en Europe et interrogeons les usages populaires. Bien qu'ils s'effacent tous les jours, nous avons assez de textes, et cela dès le moyen âge, pour en esquisser le tableau.

Sans entrer ici dans l'histoire intéressante, mais immense, des fêles chrétiennes, nous devons rappeler que les principales' d'entre elles se sont substituées à des fêtes bien antérieures au christianisme, et à des dates qu'avaient déjà consacrées de longs siècles du culte populaire. La nature elle-même semblait indiquer quatre grandes dates pour le culte du soleil, dates dont la régularité absolue donnait des fêtes régulièrement observées, les deux solstices et les deux équinoxes. Les deux solstices surtout frappaient l'imagination; au solstice d'hiver (25 décembre) le soleil semblait renaître de sa décrépitude et de sa faiblesse ; au solstice d'été (25 juin) il paraissait condamné à une lente diminution de forces. La grande fête de Mithra, sol invicliiSy lorsque le culte de ce dieu arriva d'Orient dans l'Occident classique, avait déjà été pour cette raison instinctive placée au 25 décembre, et lorsque le christianisme devint la religion victorieuse et universelle, il plaça à cette même date la fête de la Nativité du Sauveur, de même qu'un général vainqueur établit son quartier général dans la place prise sur Tennemi.

Nombre de païens, mal renseignés sur la religion chrétienne arrivée de l'Orient comme celle de Mithra, et interprétant cer-

tains actes du culte des chrétiens, comme de prier en se tournant vers rOrient, s'imaginaient de bonne foi que le dieu des chrétiens était le Soleil, et les chrétiens eux-mêmes acceptaient le rapprochement comme métaphore (50/ verus) et comme argument de propagande. L'art et le langage reçurent en plus d'une circonstance l'empreinte de cette confusion *. Cette confusion mena insensiblement l'Église, quand elle voulut fêter la Nativité du Sauveur (dont la vraie date était inconnue) à la date du Lies Natalis Invicti Solis déjà consacrée par le calendrier romain, c'est-à-dire au 2S décembre*. Les apologistes chrétiens ne furent pas embarrassés pour justifier cette mesure, et aux rigoristes qui voyaient là une concession au paganisme, saint Augustin répondait : « Nous solennisons ce jour, non comme les infidèles à cause du soleil, mais à cause de celui qui a fait le soleil. » (Sermon 190, hi îiataL Dont.) Quel est donc ce politique qui a dit : « On ne détruit que ce qu'on remplace? » C'est la loi de l'histoire, surtout de l'histoire des religions ^ Ces concordances de dates, que l'Église subit sans doute plus qu'elle ne les choisit, purifiaient en apparence des pratiques de la dévotion populaire antérieures au christianisme lui-même, que l'Église essayaen vain de détruire*, mais qu'elle dut tolérer, et qui avec le temps, arri-

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