‹ Études de mythologie grecque [microform]Chapitre 29 sur 45 · EXPLICATION DE LA PLANCHE I · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA PLANCHE I

Le miroir étrusque, reproduit à la page o^ est sans doute le même qui figure dans Overbeck, n° o7. Mais la comparaison montre combien le dessin qu'avait sous les yeux le savant Allemand était défectueux. Outre certains détails infidèlement copiés, et qu'il serait superflu de relever, la partie inférieure manque totalement, quoique le miroir original soit dans cette partie comme dans le reste d'une parfaite conservation. Toutefois Overbeck avait assez bien compris la scène en général et interprêté les noms avec certitude.

Au centre est la figure de Circé assi.se sur im siège ou plutôt sur sa couche. Ses traits indiquent l'effroi. Les mains sont dans le mouvement delà supplication. On doit remarquer que la tête est d'un travail moins élégant que le reste, notamment que la tête d'Ulysse, qui est d'un beau caractère. Elle est à peu près ronde, comme la lune, et on peut supposer qu'il y a là une intention. Circé porte au cou un collier de grosses perles. Sa longue robe sans ceinture, est retenue aux bras par deux boutons. Les avant-bras sont nus et les pieds chaussés de sandales.

A gauche de Circé est Ulysse, dont la main droite, armée de l'épée nue, menace le flanc de la déesse. La main gauche, par iin mouvement de menace, peut être symbolique, s'étend sur la tête de Circé. Cette main tient le fourreau de l'épée. Ulysse est vêtu d'un simple peplos retenu sur la poitrine par un bouton. Le vêtement rejeté en arrière ne se manifeste que par quelques légers traits, si ce n'est sur la poitrine même. Le Dieu est représenté dans la maturité de l'âge. Ses membres annoncent la force. Sa barbe, d'une coupe particulière, laisse les lèvres et le menton rasés. Sa chevelure est flamboyante, sans doute aussi avec intention. Ulysse est debout; mais son genou gauche s'appuie sur la couche.

A droite de Circé, et faisant un pendant hiératique à Ulysse, est Elpéuor, debout comme son chef, et appuyant le genou droit sur la couche de Circé. Sa main gauche tient un arc. détendu, autour duquel

la corde est enroulée. Sa main droite dirige une (lèche empennée contre la main de la Déesse. Il est vêtu d'un peplos affectant la même disposition que celui d'Ulysse. Sa tête est couverte d'un casque, ayant la forme du bonnet phrygien, mais pourvu d'un cimier dentelé, auquel pend une crinière. Ses formes gracieuses et sa figure imberbe sont d'un adolescent.

Les noms des trois personnages sont écrits dans des cartouches : Circé (KEPKA) ; Ulysse (V02TE) : Elpénor (FEAn-APVN) . Le premier n'offre point de difficulté : CERCA. Le second VOSTE paraît une leçon fautive pourVQVSE, UTHUXE qui est dans Welcker. On est induit à se défier de cette forme par la considération que le troisième nom FEAIIAPVN est aussi fautivement écrit pour FEAIIANVP. La leçon VOSTE ne pourrait pas s'expliq\ier.

Un quatrième personnage est placé au bas de la scène, au pied de la couche, entre les deux héros. C'est un pourceau, allusion aux sortilèges de la magicienne. Dans d'autres représentations antiques, les compagnons d'Ulysse portent des têtes d'animaux sur des corps humains. Ici la victime est bien un pourceau, avec cette particularité que le pied gauche de derrière est remplacé par une jambe humaine, du genou au pied. On ne peut admettre que la métamorphose n'est pas complète ; il faut croire plutôt que le pourceau, bénéficiant déjà de l'intervention d'Ulysse, reprend la forme humaine. On remarquera, touchant à la queue enroulée, une sorte de crinière d'un caractère indécis.

L'intérêt qui s'attache au miroir que nous reproduisons d'après l'original du Louvre, regarde spécialement Elpénor, l'éphèbe si effacé dans le poëme homérique, et qui parait ici comme un dédoublement d'Ulysse; avec un costume et un geste qu'on peut croire caractéristiques. Mais un seul dessin ne suffit pas à donner à Elpénor le rôle qu'il a joué dans la légende primitive : et son nom lui-même est une obscurité. Toutefois, on peut dès maintenant établir l'hypothèse qu'Elpénor, le jeune acolyte d'Ulysse, armé de l'arc et des flèches, et qui périt d'une chute, n'est pas sans analogie avec Phaëton.

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