‹ Études de paléontologie tunisienne. I-[II]Chapitre 27 sur 84 · V. Éch. PI. VI. fig · texte numérisé non relu

V. Éch. PI. VI. fig

Ma détermination est basée sur la description et les figures de Kossmat, bien plus que sur celles de Forbes, qui sont insuffisantes ; mais Kossmat a eu en mains le type de Fobbes ; c'est pourquoi son travail peut nous servir de point de départ pour notre élude.

Les mesures ci-dessus montrent que VAmm. dlphylloides varie très peu avec rage ; il me suffira donc de rappeler les caractères de l'adulte : coquille épaisse à section subrectangulaire, un peu plus haute que large ; flancs presque plats ; région ventrale largement arrondie ; ombilic très petit à paroi verticale, mais à bord arrondi. Flancs marqués de sillons (7-9) fortement onduleux, formant un angle presque aigu en avant. Ces sillons sont l'objet de nombreuses variations qu'il est impossible de rattacher à la taille, car de jeunes exemplaires (PI. IV, fig. 4» 5) ont déjà des sillons bien nets, comme l'adulte ; d'autres (PI. VI, fig. s, 7) ont des sillons à peine marqués ; d'autres, enfin, sont complètement lisses (PI. VI, fig. i). Comme tous les autres caractères sont constants, même ceux de la cloison, on ne peut songer à séparer spécifiquement les individus à sillons de ceux qui en sont dépourvus, ni à plus forte raison à séparer les individus à sillons très forts de ceux à sillons faibles. D'ailleurs, quiconque a eu en mains une série de Puzosia du Crétacé inférieur a pu constater des variations analogues. Néanmoins, il m'a paru utile de figurer les diverses variétés de cette intéressante espèce, pour éviter les méprises (^).

La cloison (fig. 5a) est extrêmement compliquée, mais peut être suivie sur plusieurs de nos spécimens. Si l'allure générale est un peu celle des Phylloceras (ce qui a parfois prêté à confusion), il suffît d'examiner les selles d'un bon exemplaire pour voir qu'on a affaire à un Desmoceratidé ; en fait, cette cloison rappelle beaucoup celle de Puzosia latidorsata. Les selles, très nombreuses (une dizaine), sont toutes divisées en deux parties subégales par un profond lobule ; elles décroissent régulièrement. Les lobes sont tous trifides et un peu asymétriques ; ils sont grêles et allongés. Le lobe siphonal, sensiblement de môme longueur que le premier latéral, possède une forme très caractéristique : il se termine de chaque côté par une petite branche courte, bifide, au-dessus de laquelle s'allonge une autre branche oblique beaucoup plus développée ; dans l'ensemble, ce lobe siphonal est très étroit et n'atteint pas la moitié de la largeur de la première selle. La partie interne de la cloison est difficile à suivre ; il me semble voir 5 selles, remarquables par leur forme phylloïde.

Rapports et différences. — La cloison montre tout de suite que ÏAmm, dlphylloides né se rattache pas aux Heierophylli (Phylloceras), comme le pensaient FoRBEs et Stoliczka. Ce dernier auteur a fait observer que la ressemblance serait plutôt avec VAmm, inornatus d'Orb. qu'avec VAmm. diphyllus d'Orb.; mais la cloison permettra immédiatement la distinction.

L'analogie réelle est avec Puzosia latidorsata, ainsi que Kossmat l'a déjà avancé,

(1) Je n*avais pas su m*cn affranchir moi-même, car l'ammonite que j'ai citée dans mon Étude géolo- C^quc (p. i38), comme Phylloceras voisin de Ph. Nera Forbes, n'est en réalité qu'un de ces Puzosia,

Fio. 52. - Puz. dlphylloides X 6,8 (éch. PI. VI flg. 7 ; r = 6).

l4a ÉTUDES DE PALÉO.MOLOGIE TUNISIEI^NE

et plus encore avec Puzosia inanis Stol. (^). C'est à tel point que la distinction peut être difficile à faire (*) ; celle ci repose sur la section trapézoïdale des tours de Paz. inanis, Touverture un peu plus grande de l'ombilic, le moindre développement de la cloison, tant comme nombre d'éléments que comme indentation. Au surplus, il n*est pas douteux que Paz. diphylloides du Sénonien descende directement de Paz, inanis du Génomanien.

De Grossouvre a réuni sous la désignation de Desmoceras Pyrenaicam deux ammonites qui appartiennent incontestablement à deux espèces difi*érentes. L'une d'elles (de Grossouvre, PI. XXXVII, fig. 9) est précisément VAmm, diphylloides (') ; l'autre (PL XXV, fig. 2) qui, d'après le texte,* doit être considérée comme le type de Desm, Pyrenaicam, se distingue immédiatement de la précédente par un ombilic beaucoup plus large (*), par des tours plus épais, par des flancs plus bombés (et, par suite, une section plus arrondie), par des sillons plus droits. Ëtant donné le peu de variabilité des espèces de ce groupe, on ne peut réunir deux formes aussi diff'érentes.

Nous retrouvons encore à Vancouver l'ammonite qui nous occupe sous le nom â!Amm. Selwynianas Wuiteaves. Kossmat, qui a pu examiner un échantillon de cette espèce, envoyé par son auteur, nous apprend que la principale différence par rapport à VAmm, diphylloides gît en ceci : les sillons sont un peu moins profonds et décrivent un chevron plus aigu sur la région externe. Ce que j'ai dit plus haut montre que la première différence n'a aucune valeur ; quant à la deuxième, elle n'est pas de nature à permettre une séparation spécifique. Paz. Mayoriana nous offre des variations de même ordre et je les retrouve, au surplus, sur mes divers échantillons d*Amm. diphylloides, qui sont loin d'avoir des sillons semblables, non seulement quant à l'intensité, mais même quant au tracé.

Enfin, KossMAT a séparé, sous le nom de Desm. phyllimorpham (•), une ammonite bien voisine de VAmm. diphylloides et dont il a insuffisamment donné les caractères différentiels. Ces caractères consistent en une moindre épaisseur relative, une légère courbure

(i) STOLICZI.A : Cret. S. India, p. lai, PI. LIX, fiff. i3.

(a) C'est un fait bien remarquable que cette réapparition au Sénonien d'csiKîccs à i>eine distinctes de celles du Génomanien inférieur, tandis que, dans l'intervalle, elles n*ont eu aucun représentant, ayant été remplacées par une faune totalement difTércntc. Les ancêtres des ammonites sénoniennes doivent donc être cherchés ici dans le Génomanien et non dans le Turonien. Outre le cas de Paz. inanis-diphylloides, je rappellerai ceux de Phylloceras Whiteavesi-Forbesianum et de Lytoceras Timotheanum-epigonum. Gette différence de faune est d'autant plus singulière qu'il n'y a eu aucun mouvement appréciable de la mer d'une époque à l'autre ; toutes les couches sont présentes et en continuité. On ne peut guère invoquer une diminution de profondeur au Turonien, car on s'expliquerait mal pourquoi le faciès à Ostracés et Ëchinidcs, si développé dans le Sud au Génomanien et au Sénonien, ne se serait pas établi au Turonien ; or, je ne possède pas 10 huitrcs turonicnnes, et elles appartiennent à une seule espèce plate et lisse. D*autre part, la question de température est liée principalement à celle de profondeur. Ce problème de distribution attend donc encore une solution.

(3) 11 est surprenant que de Grossolvre n'ait pas classé cette ammonite dans son genre ScMûtcria^ puisque Tune des espèces qu'il y faisait entrer est i>eut être la plus remarquable de toutes par son faux air de Phylloceras. C'est une des raisons qui m'ont empoché d'adopter le genre Schlûleria.

{h) Voici d'ailleurs les dimensions du type : diamètre : 78 (i) ; hauteur du dernier tour: 87 (o,5i); épaisseur: 87 (o,5i) ; ombilic: 30 (0,37). J'ajoute que l'ombilic paraît en entonnoir parce qu'il n'a pas été dégagé complètement, mais ses parois sont verticales.

(5j Kossmat : Sûdind. Kreidef., p. 176, PI. \\V, (ig. loa-c.

des flancs et un amincissement de la région ventrale. Le plus grand échantillon que je figure (PI. VI, fîg. 3 a c) a sensiblement les caractères et les dimensions de cette nouvelle espèce; aussi le lui aurais-je rapporté si une difficulté n'était née de la cloison. D'après le texte de Kossmat, la cloison de Desm. phyllimorphum ne diffère en rien de celle de Desm. dipylloides ; s'il en est bien ainsi, notre exemplaire devrait sans doute être attribué à Desni, phyllimorphum, mais le dessin donné par ce même auteur (PI. XXV, fîg. lo) est tellement différent de celui de Desm, diphylloides que je me demande s'il n'y a pas eu une erreur ; la cloison est, en effet, beaucoup moins découpée et montre un lobe siphonal extraordinairement large, au lieu d'être très étroit. Dans ces conditions, je préfère rapporter mon ammonite à Puz. diphylloides.

Or, il existe une ammonite qui présente exactement la forme de Desm. phyllimorphum avec la cloison de VAmm. diphylloides : c'est Desm. Larteti Seunes (^), dont j'ai le type en mains. L'analogie de cette espèce avec Desm. phyllimorphum n'avait pas échappé à Kossmat; cependant cet auteur crut devoir séparer les deux formes, parce que Desm. Larteti a des sillons plus accentués et plus infléchis en avant. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai déjà dit plus haut, mais j'ajoute que le burin n'est pas étranger à la profondeur des sillons visibles sur le type de Seunes. Reste le fait que les sillons sont plus flexueux et parfois suivis d'un léger bourrelet. Or, l'étude des Desmoceras du Crétacé inférieur a montré que sillons et bourrelets se remplacent souvent.

La conclusion de cette longue discussion est la suivante : si l'on veut distinguer par un nom spécial la forme mince de Puz. diphylloides (ce qui est admissible), il faudra lui appliquer le nom de Desmoceras ou plutôt de Puzozïa Larteti Seunes, qui a la priorité sur celui de Desm. phyllimorphum et auquel la description de Kossmlat s'applique entièrement ; réserve est faite en ce qui concerne la contradiction existant entre le texte et le dessin de la cloison. En tout cas, l'espèce des Pyrénées a exactement la cloison de VAmm. diphylloides avec son lobe siphonal étroit, à branche supérieure très développée; la cloison est encore plus découpée que sur les figures que je donne ici, ce qui tient à la différence de taille.

Quant à Desm. Sugata Forbes {'), qui a sensiblement la même forme et les mêmes sillons, il se distinguera immédiatement grâce à la présence d'une carène.

Gisements. — Une douzaine d'échantillons pyriteux. Ceux que j'ai recueillis viennent tous du niveau pyriteux à ammonites du Dj. Selbia (Santonien supérieur) et de Pont du Fahs (Campanien ?). Le type provient des couches de Pondichéry, c'est-à-dire du Campanien, mais se trouve aussi dans les couches de Trichinopoly, que DE Grossouvre range dans le Santonien. Les plus grands spécimens ont été ramassés au Chirich par le Commandant Fuck. ; leur étiquette porte « Crétacé, couche x »; or les fossiles de cette couche x sont en général vraconniens (Turr. Morrisi^ etc.). D'autre part, Stoliczka attribue à VAmm. diphylloides des ammonites d'Odium (c'està-dire du Cénomanien) que Kossmat se refuse à classer dans la même espèce, parce \ qu'elles ont des flancs un peu plus bombés et des sillons dessinant une moindre \

(i) Sburbs : Géph. Crél. supérieur France, p. 19, PI. III, fig. a ; IV, a a-b.

(a) Forbes: Foss. Tnvcrl. S. India, p. ii3, PI. X, fi^- 2.

convexité en avant ; mais voilà que le grand spécimen du Chirich présente précisément des flancs un peu incurvés. Que conclure ? Que cette espèce existe à deux niveaux en Tunisie, comme dans Tlnde? Peut-être, mais néanmoins je serais plus porté à croire qu'il y a eu mélange. Le Dj. Chirich se trouve dans la région où le Sénonien renferme un niveau à ammonites pyriteuses, tellement semblables d*aspect à celles du Vraconnien sous-jacent qu'il est impossible de trier les unes des autres, s'il y a eu mélange (^).

Cette ammonite devient donc intéressante par sa large distribution, puisqu'on la connaît désormais dans l'Inde, en Californie, en Tunisie et même en France ; elle sera précieuse pour les parallélismes.

Puzosia (Latidorsella P) Snamensis Pervinquiere 1907

PI. VI, flg. 8 ab

I II

Diamètre 5,5 (1) 18,5 (1)

Jlauteur du dernier lour 2,2 (0,40) 9 (0,49)

Épaisseur du dernier tour 2,45 (0,44) 7,75 (0,42)

Largeur de l'orabilic 1,4 (0,19) 3,5 (0,19)

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