ACTION SUR LA VESSIE
y a deux routes differenles pour les fibres nerveuses motrices de la vessie : l'une est dans les racines antérieures du troisième et du quatrième nerf sacré; l'autre est dans le plexus hypogastrique ; la première voie est unie au cerveau par un cordon nerveux qui, du pédoncule cérébral, descend dans les cordons antérieurs de la moelle épinière ; quant aux nerfs vésicaux moteurs contenus dans le plexus, ils viennent d'une partie très-limitée de la moelle lombaire.
Les choses étant ainsi, les fibres qui transmettent à la vessie l'impulsion volontaire, c'est-à-dire les fibres motrices du sphincter, doivent être exclusivement contenues dans le cordon cérébro-sacré, ce qui ne veut pas dire, qu'on y prenne garde, que ce cordon ne donne pas également des fibres au corps de l'organe ; quant aux fibres motrices qui, nées dans la moelle, se rendent à la vessie par le plexus hypogastrique, elles sont complètement étrangères à l'acte volontaire, et elles se distribuent aux muscles expulseurs de l'urine. Toute contradiction a cessé de la sorte entre le fait pathologique et le fait physiologique ; et pour les cas auxquels je faisais allusion plus haut, on conçoit parfaitement qu'une lésion puisse abolir la fonction dans le centre vésico-spinal, sans atteindre d'emblée et au même instant l'autre système moteur; le plus souvent, toutefois, celui-ci sera frappé consécutivement, en raison du voisinage immédiat des points d'émergence.
On peut observer, du reste, à l'état de santé, un fait qui démontre bien l'anlagonisme des deux ordres de nerfs vésicaux; l'acte musculaire complexe qui opère la miction, est un acte réflexe, ([iii succède à la sensation spéciab:"
iàk PHYSIOLOGIE DE Lk MOELLE.
produite par la plénitude de la vessie ; lorsque celte impression transmise à la moelle a excité le groupe moteur correspondant, et que la miction va se produire, la volonté peut déterminer une contraction puissante du sphincter vésical et de ses congénères, et s'opposer efficacement, pendant un temps plus ou moins long, aux efiets de la contraction réflexe des muscles expulseurs, autrement dit des muscles du corps de l'organe.
Il n'est pas sans intérêt de rapprocher de ce fait vulgaire un détail anatomique, dont nous devons également la connaissance aux travaux récents de Budge : les nerfs sensibles de la vessie, ceux-là, par conséquent» qui transmettent à la moelle l'excitation réflexe, sont contenus exclusivement dans le plexus hypogastrique, et ils gagnent le cordon rachidien par les rameaux anastoraotiques de ce plexus avec le tronc du sympathique lombaire, par les rami communicantes qui relient ce dernier à la moelle, enfin, par les racines postérieures lombaires.
En résumé, les recherches nouvelles sur l'innervation vésicale, nous donnent la raison de l'indépendance réciproque du sphincter et des muscles expulseurs, elles nous rendent compte de la double influence qu'exerce la moelle sur la miction, pour laquelle elle est à la fois un centre fonctionnel et un simple agent de transmission, et par là elles nous permettent de comprendre l'inertie fonctionnelle isolée de chacun des systèmes moteurs de la vessie.
Je ne puis quitter ce sujet sans rappeler une distinction qu'il importe de ne pas perdre de vue. Toute incontinence qui, chez les paraplégiques, succède à une rétention d'urine n'est point le fait de la paralysie du col de la
ACTION SUR l'intestin. 155
vessie; souvent l'incontinence n'est qu'apparente, en ce sens qu'elle résulte simplement de la distension de l'organe; il y a alors miction par regorgement; l'obslaclc opposé normalement par le sphincter à l'écoulement du liquide a été mécaniquement forcé, et le liquide accumulé s'écoule passivement jusqu'à ce que la diminution de la pression excentrique, dans la cavité vésicale, permette au muscle de revenir sur lui-même et de reprendre son rôle de constricteur; il n'y a pas dans ce cas Icà paralysie du sphincter vésical. Cette question se présentera de nouveau lorsque j'étudierai la sémiotique des paraplégies, car le médecin doit distinguer entre ces deux états différents.
Action SU)' l'intestin. — Les considérations qui précèdent me permettent de passer rapidement sur le rôle de la moelle dans les mouvements intestinaux et dans les mouvements plus complexes qui opèrent l'expulsion des matières fécales. La question, jusque dans ses moindres particularités, est identique à celle qui vient de m'occuper; et, si la solution anatomique n'est pas encore donnée, l'analogie physiologique la fait pressentir, et dicte la conclusion.
L'excitation de la moelle dorsale pratiquée par Mùller et Longet, mais surtout l'excitation du centre génito-spinal de Budge (1) provoque des contractions dans l'intestin grêle et dans le gros intestin; donc, la moelle exerce une influence motrice directe sur ces organes , et une lésion qui intéressera dans une épaisseur suffisante le segment correspondant de l'axe spinal, amènera la para-
Ci) Miiller, Longet, lîudge, /oc. cil.
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lysie de la lanique musculaire dcrinteslin, et l'aneslliésie de la muqueuse, double condition, qui se traduira chez les paraplégiques, surtout au début, par une constipation opiniâtre ; ces fibres motrices, complètement soustraites à l'action de la volonté, naissent dans la moelle et sont distribuées par les rameaux émanés du cordon sympathique.
Mais les sphincters de l'anus soumis à l'acte volontaire, sont animés par des fibres spinales qui leur arrivent directement par les nerfs sacrés ; aussi ne sont-ils pas toujours paralysés en même temps que les muscles intestinaux proprement dits, et à ce point de vue, la constipation des paraplégiques est complètement analogue à la rétention d'urine, dont je m'occupais il n'y a qu'un instant. 11 se peut faire, d'ailleurs, que les fibres motrices des sphincters soient elles-mêmes atteintes, alors on verra succéder à la constipation des évacuations involontaires, phénomène de même ordre que l'incontinence dans le cas précédent.
On le voit donc : double influence de la moelle, indépendance fonctionnelle des deux groupes de muscles antagonistes, isolement possible du trouble pathologique dans chacun des deux systèmes moteurs ; toutes les conditions sont identiques, et l'action de la moelle sur les intestins et sur la défécation, soit à l'état sain, soit à l'état morbide, est exactement la même que celle qu'elle exerce sur la vessie et sur la miction.
Action sur l'utérus. — L'action propre de la moelle sur les contractions de l'utérus, est nettement démontrée par l'accomplissement régulier de l'acte de la parturition pendant le somiTieil anesthcsiquc; une ancienne observa-