DILATATION VASCULAIRE ACTIVE
constaté, on put naturellement en inférer que ces nerfs à l'état normal exercent sur les vaisseaux une action de constriction en vertu de laquelle est constitué le tonus vasculaire; la section du nerf annihile cette influence, le tonus disparaît, le vaisseau se dilate passivement sous la pression du sang. Rien de plus simple, rien de plus logiquement déduit.
Mais lorsque les expériences de Schiff (1) eurent démontré l'existence d'une dilatation vasculaire active, c'est-à-dire produite par l'excitation de certains rameaux vaso-moteurs; lorsque les recherches de Czermak et de Cl. Bernard (2) sur la glande sous-maxillaire eurent établi que le nerf tympanico-lingual détermine ici une dilatation active, à l'égard de laquelle le fdet sympathique joue je rôle d'un nerf d'arrêt (expression de Czermak) ; lorsque les observations pathologiques de J. Simon et de Romberg eurent appris que la névralgie des nerfs spinaux sensitifs peut être suivie d'une hypérémie par dilatation vasculaire (3); lorsque, enlîn, Slilling fut amené par ses observations et ses expériences à admettre
(1) Schiff. Voyez surtout Unlersuchmgen iiber die Zuckerbildung in àer Leber. Wiirzburg, 1859.
(2) Czermak, Beilrage zur Kenntniss àer Beihiilfe der Nerven zur Speichehecretion {Silzungsb. der K. K. Wiener Akad., 1857).
Cl. Bernard, De l'influence qu'exercent différents nerfs sur la sécrétion de la salive {Gaz. méd. de Paris, 1857). — Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses. Paris, 1857. — Recherches expert^ mentales sur les ganglions du grand sympathique {ganglion sous-maxillaire) {Compt. rend, de VAcad. des se, 1862 ; — Gaz. hebdom., 1862),
(3) J. Simon, General Pathology. London, 1850.
Romberg, KHnische Wahrnehmungen und Beobachlungen. Berlin,
(4) Stilling, Spinal IiritaHon, Leipzig, 1840 {Jondische Annalen^ 1851).
deux formes dislinctes d'iiypérémie, dont l'une succède à l'excitation des nerfs spinaux sensibles; alors il fallut bien s'arrêter, et revenir en arrière. Or, comme ces faits tendaient à prouver que les muscles vasculaires sont normalement soumis à deux influences contraires, comme il était impossible d'assigner à une même espèce de nerfs deux fonctions absolument opposées, on en vint à admettre deux classes de vaso-moteurs, c'est-à-dire des nerfs constricteurs et des nerfs dilatateurs.
Dés 185A, Virchow (1) proposait une théorie qu'il a développée un peu plus tard sous le nom de théorie des 7ierfs modérateurs ; cette interprétation, qu'il a déduite de l'examen des diverses formes d'hypérémie, repose sur l'antagonisme fonctionnel des nerfs cérébro-spinaux et des nerfs sympathiques. L'excitation des premiers produit la dilatation des vaisseaux, l'excitation des seconds amène la contraction vasculaire et par suite l'ischémie ; la paralysie des filets cérébro-spinaux a pour effet le resserrement des vaisseaux par prédominance de l'action des filets sympathiques; la paralysie des nerfs sympathiques a pour résultat la dilatation des vaisseaux par prédomi-
(1) Virchow, Ueher die Erweilerung Meinerer GefUsse {Dessen Archiv, 1851). — Historisches , Krilisches und Posilives zur Lchre dcr Unterleibsaffeclionen (eod. loco, 1853). — Allgcnieine Stôningen dcr Ernithrung und des Blutes, in Virchow's Handbuch der Pathologie und Thérapie. Erlangen, 185i.
Déjà Henle, aussitôt après la découverte des vaso-moteurs, avait vu la difficulté de rendre compte de tous les phénomènes par une seule espèce de nerfs, et c'est à lui qu'appartient réellement l'Idée première de l'antagonisme entre les nerfs vasculaires et les nerfs cérébro-spinaux. 11 admettait, en effet, que l'excitation de ces derniers nerfs peut produire, par un elfet antagoniste, la paralysie des nerfs vasculaires. Cette idée fui reprise un peu plus tard par John Simon qui voyait dans la paralysie (dilalatiou) vasculaire un acte réflexe, produit par l'excitation des nerfs spinaux.
ANTAGONISME DES NERl-'S VASO-MOTEURS. 208
nance de l'action des filets cérébro-spinaux. En raison de son mode de production, la dilatation par excitation des nerfs cérébro-spinaux est nne dilatation active, la dilatation par paralysie des nerfs sympathiques est une dilatation passive (1).
Cette théorie ne présente en réahlé qu'un seul point hypothétique, c'est la répartition catégorique des deux ordres de nerfs vasculaires dans le système cérébro-spinal et dans le système dit sympathique; encore cette répartition a-t-elle été démontrée, pour une région limitée du corps, par les expériences de Bernard et de Gzermak sur la glande sous-maxillaire. Quant à la dilatation active, résultat primitif et direct de l'excitation de certaines parties du système nerveux central ou périphérique (2), elle ne peut être révoquée en doute, ce me semble, après
(1) Celle théorie gagnerqit peut-êlre en clarté à être exposée ea ces termes : Les vaisseaux reçoivent deux ordres de nerfs ; les uns dépenJent du système sympathique, les autres appartiennent au système cérébro-spinal. Les filets sympathiques ont pour fonction de resserrer les vaisseaux ; les filets cérébro-spinaux, au contraire, ont pour fonction de les dilater : à l'état normal, ces deux influences se compensent et se modèrent l'une l'autre, et de cet antagonisme résulte le tonus vasculaire. Si donc les vaso-moteurs spinaux sont anormalement excités, leur action devient prédominante ; de là, dilatation des vaisseaux, accroissement de la chaleur, elc; et le même effet sera produit, on le conçoit, si au lieu d'exciter le nerf cérébro-spinal, on paralyse le sympathique antagoniste ; les nerfs dilatateurs (cérébrospinaux) sont-ils paralysés, les constricteurs, délivrés à leur tour de toute influence modératrice, produisent le resserrement des vaisseaux et l'abaissement de la température.
(2) Sur des chats, Schiff a réussi dans quelques cas à élever la température du pied en soumettant à une excitation momentanée les racines postérieures du plexus scialiquc.
Schiff, Unlersuchungen iiber clic Zuckerbildung in der Leber. Wurzburg , 1859, — Les premières expériences de l'auteur sur la dilatation active datent de 1856. — Voyez Vcrhandlmgcn der Borner Nalurf. GoseUschaft, 185 G.
les recherches expérimentales dont il a été parlé, et elle doit être formellement distinguée de la dilatation passive ou paralytique, qui résulte soit de la section, soit do l'épuisement d'action des nerfs vaso-moteurs. Ces deux formes de dilatation vasculaire présentent d'ailleurs des caractères différentiels, qui ont été signalés par Schiff en ces termes : « 1° La dilatation active, d'après notre expérience, est toujours heaucoup plus considérable que la dilatation paralytique ; T la dilatation active cesse rapidement lorsque les nerfs vasculaires sont coupés; alors se produit la dilatation paralytique plus faible, maisplus durable; 3° même sans paralysie des nerfs vasculaires, la dilatation active ne persiste jamais longtemps au même degré; peu de temps après l'excitation (parfois Irès-rapidement), elle disparaît; /i" lorsque cette dilatation active a été produite une ou plusieurs fois dans le même point, l'excitabilité qui la détermine est diminuée ou abolie pendant un certain temps, de sorte que le stimulus reste sans effet (1), »
Cette dernière condition établit une remarquable analogie entre la dilatation vasculaire active et les phénomènes qui dépendent de l'innervation cérébro-spinale. Nous savons en effet que l'excitation trop prolongée de la moelle et des nerfs spinaux anéantit momentanément la propriété d'excitabilité, et cette analogie est peut-être un argument de plus en faveur des vues de Virchow et de Schiff. Pour moi, après une étude attentive des faits nombreux qui se rapportent à cette question, je me suis rattaché à la théorie des vaso-moteurs antagonistes, parce
(1) Schiff, loc, cit,