CHAPITRE PREMIER
DES CONDITJONS PATHOGÉNIQUES DES PARAPLÉGIES. LES PARAPLÉGIES ORGANIQUES.
Définition de la paraplégie. — Interprétation pliysiologique du symptôme. — Classification des paraplégies.
Conditions des paraplégies organiques. — Lésions de l'enveloppe osseuse.
Lésions des enveloppes membraneuses. — Méningites. — Hémalo-
rachis. — Tumeurs des méninges. — Lésions de la moelle. — Myélite et ramollissement. — Sclérose de la moelle. — Héniatomyélie. — Tumeurs de la moelle. — Congestion méningo-spinale. — Hydropisie rachidienne.
Influence du siège des lésions sur la production de la paraplégie. Paraplégies organiques par lésion de l'encéphale. — Paraplégies organiques par compression des cordons nerveux.
Les définilions peu précises et conlradicloîres que les anciens ont données du mot paraplégie, témoignent de l'obscurité qui a régné pendant des siècles sur les maladies des centres nerveux. Selon le témoignage de Galien, Hippocrate entendait sous le nom de paraplégies, les paralysies déterminées dans une pai'tie quelconque du corps par l'apoplexie : Paraplegias quidem vocat eas paralyses, quœ ex apoplexia in partem aliqmm dccumbimt. Arétée n'était guère mieux inspiré lorsqu'il écri-
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vail : Paraplegia est tactm motiisqiie remissio, sed in membro îmo, ni piita manu cruretie ; et il n'était pas môme d'accord avec Galien quant à l'interprétation hippocratique de cette désignation ; d'après lui, en effet, Hippocrale n'aurait point entendu par là toute paralysie suite d'apoplexie, mais Lien la paralysie qui occupe la jambe : Qiiod enim in toto corpore est vehemem apoplexia, illud in criire paraplegiam vocat ; cette acception est beaucoup plus rapprochée, on le voit, du sens actuel du mot (1). Quoi qu'il en soit, il est certain que jusqu'au commencement du xviif siècle les médecins n'ont pas établi de distinction rigoureuse entre la paralysie et la paraplégie. Mais à l'époque où Van Swieten écrivait ses Commentaires (2), la définition de Boerhaave était généralement accréditée dans les écoles ; cette définition est ainsi conçue: Paraplegia, immobilitas omnium musculorum sub capite, qui habent nervos a cerebro et cerebello sub cranio egressos; causa ideo plerumque hœret ad ventriculum quartum cerebri, vel ad initia spinalis medidlœ )' (3). Cette formule n'était pas moins erronée que celle des anciens, seulement elle péchait en sens inverse; les médecins grecs et latins avaient étendu outre mesure la portée du mot paraplégie ; le médecin de Leyde, en la limitant aux cas oii la paralysie occupe toutes les parties situées au-dessous de la tête, laissait en dehors de sa définition l'immense majorité des faits. Néanmoins, il
(1) Calicn, Commenlai'rei sur Hippocrale.
Arétée, De causis et signis morborum diulurnorum,
(2) En reproduisant la défiaition de Bocrliaavc, Vail Swîelen écrivait : Palet ergo quod Anliqui vocaverinl paraplegiam idem illud guod hodie diciinus paralysin.
(3) Boerhaave, InslilUliones medicœ, Lugduni llalavorum, J73â.
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faut le reconnaître, cette interprétation marquait un progrès, car la condition anatomique de la paraplégie était pour la première fois mise en lumière, et l'influence de la moelle sur la production de ce symptôme était clairement indiquée.
Les choses allèrent ainsi jusqu'au moment où Jean- Pierre Frank fit ressortir dans un mémoire spécial (1) le rôle considérable de la moelle épinière dans la genèse des phénomènes paralytiques ; alors aussi, des connaissances anatomiques et physiologiques plus précises, des observations cliniques plus complètes amenèrent une réaction contre la définition restrictive de Boerhaave, et bientôt les travaux de Hafner, Harless, Brera, Copland et Bergamaschi, préparèrent pour l'histoire des paraplégies une transformation scientifique, que devait accomplir, quelques années plus tard, l'œuvre monumentale d'Ollivier (2).
Il semblerait donc, que rien ne doive être plus facile que de formuler aujourd'hui une définition de la paraplégie ; et, pourtant, je ne puis la donner immédiatement, quelques considérations préalables sont nécessaires. La
(1) J. p. Frank, Oralio de verlebralis columnœ in morbis dignitale. Ticeni, 1791.
(2) Hafner, Dissertalio de vieduUœ spinalis inflammalione. Marburgi,
Harless, Ueber die Enlzundung des RUckenmarks. Nurnberg, I8ià.
Brera, Délia rachialgilide cenori palhol. Livorno, 1810.
Copland, Observations on the Symptoms and Trealment of Uie diseased Spine, etc. London, 1815.
Bergamaschi, Osservasione sulla injlammazione délia spinale viidolla e délie sue membrane. Pavia, 1810. — ■ Sulla mielitide stenica e sul Iclano. Pavia, 1820.
OllWier, Traité des maladies de la moelle épinière. Paris, 1827-1837.